publié le 14/11/2018

Iran : Surenchère et engrenage guerriers des États-Unis

En rompant de manière unilatérale l’accord sur le nucléaire, les États-Unis ont pris une décision irresponsable et lourde de menaces alors que l’Iran s’est, selon l’AIEA, constamment soumise à ses obligations depuis sa ratification. Dans un même mouvement, Donald Trump a annoncé une vague de sanctions, les plus dures de tout leur arsenal, assorties de douze conditions, irrecevables, pour retrouver les voies de la négociation.

L’escalade des sanctions

En août, Washington prohibait aux entreprises et aux États commerçant avec les États-Unis d’opérer des transactions financières, de procéder à des échanges de matières premières dans les secteurs des métaux précieux, de l’automobile ou de l’aviation civile. Aujourd’hui les sanctions frappent la construction navale, le transport maritime, la Banque centrale iranienne, les exportations de pétrole et de gaz, soit la moitié des recettes budgétaires. D’autres mesures pourraient suivre. L’objectif de Donald Trump, de ses alliés israéliens et des pétromonarchies du Golfe, vise à mettre à genoux Téhéran en provoquant son asphyxie économique tout en escomptant un soulèvement populaire afin de changer le régime. Cela s’accompagne d’une tentative d’isolement diplomatique, de la volonté de créer une OTAN “arabe”, d’agressions militaires de l’État hébreu sur les positions iraniennes en Syrie ainsi que de tentatives de déstabilisations internes comme en témoigne le récent attentat d’Ahwaz ou l’activisme de réseaux salafistes aux frontières.

De lourdes conséquences

Les conséquences de ces mesures ne se sont pas fait attendre sur une économie déjà fragilisée. Le chômage, les pertes de pouvoir d’achat, les privatisations, le clientélisme, la corruption et la captation de la rente au profit des élites du régime creusent les inégalités. La politique étrangère milicienne de l’Iran la conduit à intervenir sur plusieurs théâtres d’opérations, grevant lourdement le budget. Alors que les autorités ne cessent de demander des sacrifices à la population, les colères s’attisent et les protestations se font plus nombreuses, mettant en mouvement les couches moyennes mais aussi les milieux populaires. L’annonce des sanctions a amplifié un mouvement de crise endogène précipitant la dévaluation du rial de 70% par rapport au dollar, accélérant l’inflation, plongeant le pays dans la récession et la pénurie. Les investisseurs, notamment européens (Total, Air France, British Airways...) partent, occasionnant la fermeture de nombreuses entreprises. La paupérisation s’aggrave et le peuple iranien en est la première victime. Les produits de première nécessité commencent à manquer et plus particulièrement les médicaments venus de l’étranger pour traiter les hépatites, le Sida ou les cancers. Immanquablement, cette politique de sanctions aura des conséquences politiques. Un raidissement du régime se produit risquant d’accentuer la répression contre les mouvements sociaux et les démocrates qui remettent en cause la légitimité des institutions. À cela s’ajoute la possibilité de relance du programme nucléaire iranien si les avantages économiques de l’accord se dissipaient totalement.

Une nouvelle déflagration au Moyen-Orient?

Le contexte mondial a cependant changé. Si, sous l’administration de Barack Obama, une grande partie du monde s’était rangée derrière les sanctions, la donne s’est complexifiée. Aujourd’hui, Donald Trump tente d’imposer au reste du monde une politique dont la plupart des pays ne veulent pas conscient qu’un sale jeu s’édifie au Moyen-Orient pouvant jeter à nouveau la région dans le chaos meurtrier et destructeur. Les dirigeants européens et asiatiques prétendent vouloir maintenir l’accord. Cependant l’alignement des politiques européennes sur celle de Washington réduit l’UE à l’impuissance. Prendre ses distances avec les États-Unis serait le seul moyen de contourner les effets de cette politique. Téhéran a saisi la Cour internationale de justice (CIJ) afin de faire condamner cette politique de sanctions. Le CIJ a ordonné d’y mettre un terme pour les biens humanitaires (médicaments, matériels médicaux, denrées alimentaires, produits agricoles ou pièces détachées de l’aviation civile). Sans possibilité de contraindre un État, cette décision constitue un camouflet pour Washington. Si les sanctions frappent durement le peuple iranien, Téhéran a déjà démontré sa capacité à survivre aux sanctions d’autant que les protestations actuelles disparates auront, dans ce contexte, du mal à se transformer en mouvement sociopolitique amenant un changement important. Enfin, le discrédit qui pèse sur l’Arabie Saoudite, fer de lance de l’offensive anti-iranienne ne facilite pas les choses. Le Parti communiste français condamne la politique unilatérale de sanctions des États-Unis. Il appelle au maintien de l’accord sur le nucléaire et demande à la France et à l’Union européenne de prendre les dispositions qui s’imposent pour ne pas appliquer des sanctions injustifiées et soulager la souffrance du peuple iranien. Le PCF participera aux initiatives du “Comité de soutien au peuple iranien contre les sanctions, pour la paix et la démocratie en Iran”. Tous les peuples du Moyen-Orient aspirent à la paix. Les communistes sont à leur côté.

Pascal Torre
Secteur international du PCF
article paru dans Communistes du 14 novembre 2018

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