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International publié le 26/04/2019

Les sanctions américaines aggravent les conditions de vie du peuple iranien

Depuis le 19 mars dernier, l'Iran est frappée par des inondations exceptionnelles touchant 25 des 31 provinces. Cette catastrophe naturelle a fait près d'une centaine de victimes, a contraint 500 000 personnes à se déplacer tandis que deux millions d'individus ont besoin d'aides humanitaires. Un immense mouvement de solidarité traverse le pays d'autant que les services de l’État peinent à faire face et que le Croissant Rouge ne peut recevoir aucune aide financière étrangère en raison des sanctions américaines depuis le retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire.

Ce fléau d'une ampleur rarement égalée s'ajoute à la déstabilisation économique généralisée qui affecte désormais l'Iran. Depuis de longues années, les politiques néolibérales et les vagues d'austérité ont accru les difficultés structurelles. Le chômage, les pertes de pouvoir d'achat, les privatisations, le clientélisme, la corruption, la captation de la rente au profit des élites du régime ont partout creusé les inégalités. La décision récente de Donald Trump de réduire à néant les exportations de pétrole, en mettant fin à des exemptions pour certains pays, plonge Téhéran dans une récession profonde et durable. L'inflation est repartie à la hausse (+25%), l'économie s'est contractée de 3,8% de mars à novembre 2018 alors que le rial a perdu 70% de sa valeur face au dollar. Les pénuries de nourriture et de médicaments aggravent la vie des populations d'autant que le régime éprouve des difficultés à mettre en œuvre des stratégies de contournement. D. Trump et ses alliés saoudiens et israéliens, qui en demandent toujours plus, entendent asphyxier l'économie afin de mettre à genoux le régime.

De profonds mouvements de contestations ont ces dernières années érodé l'assise du pouvoir. Les grèves et les manifestations demeurent une constante du paysage social. Dans une société en mutation, les idéaux et les principes de la République islamique, l'exclusion des femmes, le puritanisme de façade sont remis en cause alors que les dirigeants s'arc-boutent sur des structures théocratiques. Le système politique apparaît aussi totalement bloqué. Le président Hassan Rohani avait misé sur l'accord nucléaire pour attirer les investisseurs étrangers qui se sont depuis retirés. Il nourrissait l'espoir de faire évoluer le régime afin de garantir sa pérennité. L'échec de cette politique a suscité une immense déception à la hauteur des espoirs qu'elle avait fait naître. La politique étrangère milicienne en Irak ou en Syrie, l'appui donné au Hezbollah libanais et dans une moindre mesure aux houthistes yéménites grèvent les budgets et suscitent de fortes critiques d'autant que l'Iran apparaît de plus en plus sous influence russe et chinoise. Les dissonances entre le régime et la société émergent donc crûment témoignant de l'effritement idéologique et social du système et de sa capacité à survivre dans sa forme actuelle.

En dépit de ces difficultés, le régime tient bon et les sanctions ne l'ont pas fait fléchir. Il peut compter sur un appareil sécuritaire solide qui se renforce avec les pressions extérieures. La mainmise des Pasdarans sur le complexe militaro-industriel permet de gérer une vaste clientèle. Dans le contexte de crise, l'Iran continue de respecter ses engagements en matière nucléaire mais les forces les plus conservatrices se mobilisent et accroissent leur unité dans cette adversité. Les Gardiens de la Révolution sont présents dans toutes les régions sinistrées palliant à la désorganisation de l’État. La politique de sanctions provoque aussi un effacement de l'opposition et notamment celle de certains milieux d'affaires. Le raidissement du régime a accentué la répression des mouvements sociaux avec plus de 7000 arrestations en 2018 mais aussi des exécutions par pendaison dans les régions kurdes. Les femmes sont désignées comme les boucs émissaires des échecs récurrents du pouvoir des mollahs. La condamnation de l'avocate Nasrine Sotoudeh témoigne de la volonté d'écraser tout mouvement féministe. L'Iran est également parvenue à affermir son influence en Irak, au Liban et en Syrie même si des tensions récentes avec Moscou ont pu survenir.

La politique de sanctions masque mal une impasse car Washington n'est pas parvenue à entraîner derrière elle les autres pays signataires de l'accord sur le nucléaire. De plus, le régime a toujours réussi à survivre aux sanctions. A n'en pas douter, l'embargo pétrolier aura des conséquences déstabilisatrices pour l'économie mondiale avec de nouvelles tensions sur le prix du baril. La Corée du Sud, l'Inde, la Chine ou la Russie protestent contre ce diktat qui intensifiera les guerres commerciales et la montée des tensions au Moyen-Orient. La France doit donc en tirer toutes les conséquences en cessant de s'aligner sur la volonté hégémonique américaine à contre-sens de l'Histoire.

Le Parti communiste français condamne cette politique de sanctions qui accentue la souffrance du peuple iranien. Il appelle la France et l'Union européenne à ne pas céder aux injonctions de D. Trump en n'appliquant pas les sanctions et en maintenant leur engagement en faveur de l'accord sur le nucléaire.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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