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Syrie : « Processus politique, seul chemin susceptible d'arrêter les violences »

le 30 September 2013

Syrie : « Processus politique, seul chemin susceptible d'arrêter les violences »

La 68e Assemblée générale de l'ONU, qui vient de se tenir, a été marquée par des avancées sur les questions de sécurité et des droits des peuples du Proche et Moyen-Orient.

D'une part, la porte du dialogue s'entrouvre entre les États-Unis et l'Iran pour la première fois depuis 34 ans. Ensuite, un an après l'admission de la Palestine comme membre observateur de l'ONU, le leader palestinien Mahmoud Abbas a réaffirmé la nécessité de mettre un terme à la colonisation pour construire une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens pendant qu'Israël s'enferme dans son refus et s'isole un peu plus.

Enfin, une résolution a été adoptée à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité pour la destruction de l'armement chimique syrien sous contrôle international.

Après l'annonce, rejetée par une opinion internationale refusant la politique du pire, de frappes aériennes françaises et américaines sur la Syrie, la diplomatie a repris ses droits et a permis de déboucher sur un accord qui constitue un succès pour l'ONU et une perspective pour la paix.

Cet accord confirme qu'il y a bien une voie diplomatique pour mettre fin à la guerre en Syrie.
C'est le but annoncé de la Conférence Genève II. La poursuite des violences menées par le régime, la présence dominante de groupes djihadistes, rendent plus qu'urgent d'entamer un processus politique, pour faire taire les armes et venir en aide aux populations.
C'est le seul chemin susceptible d'arrêter les violences des deux côtés, d'assurer le retour des réfugiés, et permettre la mise en place d'un gouvernement transitoire, possédant tous les pouvoirs de l'exécutif.
C'est la responsabilité de l'ONU et de son représentant, des membres du Conseil de sécurité, dont la France, d'aider à engager ce processus.

La voie politique devra conduire à ce que s'ouvre un dialogue entre une opposition syrienne rassemblée et des représentants du régime. Il s'agira de créer les conditions pour que le peuple syrien puisse écrire une nouvelle page de son histoire, dans une Syrie démocratique et souveraine.

Le PCF reste déterminé à soutenir tout effort allant dans le sens de la paix et de la justice en Syrie, réaffirme son engagement aux côtés du peuple et des forces progressistes syriennes, et appelle l'opinion française à se faire entendre pour avancer sur ce chemin.

Pas d'escalade militaire en Syrie - P. Laurent invité de Bourdin le 13 septembre 2013

Par Pierre Laurent, le 13 September 2013

Syrie : Donner sa chance à la solution politique

le 10 September 2013

Syrie : Donner sa chance à la solution politique

La proposition de la Russie de placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international en vue de sa destruction, représente une initiative nouvelle et importante pour sortir de la crise actuelle. Le régime syrien a exprimé son accord avec cette proposition, les États-Unis et la France se déclarent « ouverts » sous conditions, la Chine apporte son soutien, l'Iran s'y dit favorable. De son côté, le Secrétaire général Ban Ki-moon déclare vouloir engager l'ONU pour une destruction rapide des stocks chimiques. Cette proposition permet de surseoir aux bombardements annoncés par les États-Unis et la France.

Si des garanties sont nécessaires pour assurer l'application rapide de ces mesures, tout doit être mis en œuvre pour y parvenir. C'est bien la preuve que le poids de l'opinion internationale et le bon usage de la diplomatie peuvent permettre d'ouvrir un chemin conduisant à des solutions pacifiques et à faire baisser les tensions internationales.

Le Parti communiste français soutient tous les efforts allant dans ce sens. Reste que la guerre continue sur le sol syrien avec son cortège de victimes, de réfugiés et de destructions. Il est plus que temps d'y mettre un terme. Tout doit être entrepris, sous l'égide de l'ONU, pour que se tienne dans les plus brefs délais la conférence de Genève 2 afin d'aboutir à un accord politique entre toutes les parties, stopper les violences et ouvrir un processus de transition démocratique en Syrie.

TRACT - POUR LE PEUPLE SYRIEN

Par Communication nationale, le 06 September 2013

TRACT - POUR LE PEUPLE SYRIEN

POUR LE PEUPLE SYRIEN Intervention de Pierre Laurent
Sénat sur la Syrie – 4 septembre 2013 - extraits

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Mes cher(e)s collègues,
Face à la tragédie dans laquelle s'enfonce la Syrie, au martyr subi par son peuple, la France est aujourd'hui devant une alternative cruciale : soit préparer la guerre en soutenant les visées de l'administration américaine en Syrie et au Proche-Orient, soit définir un rôle propre, indépendant et positif, contre les illusions de la force et les dangers de l'intervention militaire, pour une solution négociée garantissant l'arrêt des massacres et une transition vers la démocratie. Ce choix mérite et appelle un vote du Parlement, ainsi que je l'ai demandé au président de la République dès le 27 août.
Quelque deux Français sur trois se déclarent aujourd'hui opposés à une intervention militaire. En Europe et aux États-Unis, des constats semblables témoignent aussi d'interrogations, de réticences et d'hostilités massives à la guerre. Le choix de la guerre ne peut être le choix d'un seul homme.
La crise syrienne est devenue une terrible guerre civile, déclenchée, il y a plus de deux ans maintenant, par la répression brutale et sauvage du régime de Bachar El Assad contre son peuple
Le bilan de cette crise est épouvantable : plus de 100 000 morts ; plusieurs millions de réfugiés et déplacés, des villes en dévastation et un patrimoine culturel anéanti ; une société pulvérisée par la violence des affrontements, par les divisions politiques et confessionnelles, par les atrocités de groupes salafistes, pour l'essentiel des corps étrangers à une société syrienne profondément laïque, et armés par des puissances régionales dont certaines font, paraît-il, partie de nos alliés...
Cette guerre civile a été amplifiée par l'internationalisation et l'ingérence militaire croissante des puissances régionales et internationales dans le conflit. La France n'a malheureusement pas été en reste. Le drame syrien est aussi une crise géopolitique internationale, dans une région, celle du Proche-Orient, où tous les conflits s'entremêlent. Dans un tel contexte, ce qui est attendu de la France c'est la capacité à proposer une perspective, une solution, un mode de règlement politique. Or, ce qui se prépare, ce que vous nous invitez à soutenir, c'est l'inverse : une intervention militaire dont les risques sont énormes et qui, on le sait, ne résoudra rien. La France ne doit pas s'y engager.
Or, quel est le sens de l'entreprise de guerre que vous envisagez? « Punir » le régime de Bachar Al Assad ? Le « punir », dîtes-vous, pour empêcher que se renouvelle l'usage des armes chimiques. Quelle est la pertinence de ce choix, son efficacité réelle ? Quelles seront ses conséquences, son utilité à faire progresser l'indispensable solution politique dont le Président de la République dit lui-même qu'elle reste la seule véritable issue ?

Est-ce que l'on peut bombarder la Syrie, des objectifs militaires, des infrastructures civiles, comme ça, pour « marquer le coup », juste « pour voir »... Comme au poker ? Sans la légalité du droit international et d'un mandat de l'ONU ? Sans évaluer les risques d'embrasement régional, notamment au Liban où dans les faits il a déjà commencé avec une succession d'attentats, de représailles et de vengeances ? Sans mesurer les conséquences pour les civils syriens, les représailles possibles du régime ?
Face à l'amplification du conflit et l'usage inacceptable des armes la France doit inlassablement travailler à trois objectifs : tout faire pour que cessent les hostilités ; ramener tous les belligérants, syriens et internationaux, autour de la table des négociations ; imposer une solution politique négociée qui garantisse une transition de la Syrie vers la justice et la démocratie exigée par son peuple.
Au contraire, l'escalade guerrière que vous nous proposez tourne le dos à ces trois exigences. Elle rajoutera de la guerre à la guerre et nous éloignera de la solution politique et négociée incontournable. Les autorités françaises mesurent-elles avec suffisamment d'attention et de prudence les expériences désastreuses, que personne ne peut oublier dans le monde, des guerres en Irak, en Afghanistan ou en Libye ? Chaque fois, on a prétendu imposer, par la force, une prétendue solution en prenant -selon la formule consacrée- « toutes les mesures nécessaires ». Mais les gouvernements coalisés dans la guerre n'ont finalement recueilli que la poursuite de la crise, une déstabilisation profonde, voire le chaos.
Alors, oui, il faut arrêter ça ! Il faut arrêter ça pour le peuple syrien. Il faut arrêter ça pour toutes celles et ceux qui, en 2011, avec courage, ont lancé des mobilisations pacifiques contre le régime. Ce n'est pas par la guerre que l'on peut protéger les peuples et gagner une sécurité humaine.
La France doit d'urgence prendre un autre chemin, définir une vraie vision politique et prendre une forte initiative. Il y a une alternative ! Nous appelons donc les autorités françaises à proposer dès la réunion du G20 qui se tient demain une réunion au sommet des belligérants et des principales puissances impliquées, les États-Unis et la Russie bien sûr, mais aussi la Turquie et l'Iran notamment, afin de définir les conditions d'un arrêt de l'escalade dans la confrontation militaire, et d'une transition démocratique en Syrie.
La France, Monsieur le Ministre, a mis jusqu'ici son énergie dans l'option militaire, nous vous demandons de l'investir dans une issue politique. Au lieu d'imposer la guerre, il faut, avec détermination, avec vos alliés, avec la Russie, emmener les protagonistes syriens aux conditions d'un règlement politique, avec un calendrier et de vraies décisions qui puissent constituer une réelle avancée dans la voie de la transition démocratique attendue par le peuple syrien. La France se grandirait en agissant ainsi.
La crise géopolitique syrienne sollicite donc, avec insistance, la France et le rôle qui devrait être le sien dans le monde d'aujourd'hui. L'urgence n'est pas de faire la guerre. Elle est de construire un avenir commun pour tous les peuples dans cette région cruciale de la Méditerranée et du Proche-Orient. Saurons-nous, en Syrie et ailleurs, commencer à relever ce formidable défi ? Nous pensons pour notre part que la France, si elle le décide, en a la force.

Voir l’intervention intégrale de Pierre Laurent au Sénat : http://www.pcf.fr/43590

Une action de la France en Syrie sans le mandat des Nations-Unies serait d'une extrême gravité

Par André Chassaigne, le 05 September 2013

Une action de la France en Syrie sans le mandat des Nations-Unies serait d'une extrême gravité

Intervention d'André Chassaigne pour le groupe Front de gauche lors du débat sur la Syrie à l'Assemblée nationale.

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Monsieur le Premier ministre,

Le 21 Août dernier une attaque chimique de grande ampleur a été perpétrée à la Goutha en Syrie. Depuis la diffusion des vidéos insoutenables de ce massacre, les canons américains et français sont braqués sur la Syrie et n’attendent que le feu vert des Etats-Unis pour se faire entendre.
En ce moment d’Histoire, les députés du Front de gauche, fidèles à leurs convictions, se veulent porte-voix de la Paix face aux pulsions guerrières et aux passions vengeresses. Porte-voix de la Raison qui commande, dans le conflit qui déchire la Syrie, la recherche d’une solution politique et non militaire.

Or, notre chef de l’Etat, mu en chef de guerre s’est engagé dans un discours qui fleure bon l’expédition punitive, discours d’un autre temps, discours synonyme d’impasse et d’échec. Les leçons du passé n’ont pas été tirées.
Cette posture isole notre pays et son Président. Elle n’est partagée ni par la grande majorité de la Communauté internationale ni par la communauté nationale. Ce double isolement devrait inciter le Président de la République et son Gouvernement à plus de considération pour les arguments développés contre une intervention militaire en Syrie et pour sortir le peuple syrien de la tragédie dont il est victime.

D’abord, une telle intervention serait illégale - car injustifiée et infondée - sur le plan du droit international.
Faut-il rappeler qu’il existe un principe de non-intervention qui interdit à un Etat de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un autre Etat souverain ?
Faut-il rappeler que seul le Conseil de sécurité des Nations-Unies peut lever cette obligation de non-ingérence, en vertu du chapitre VII de la Charte qui gouverne l’action du Conseil de sécurité en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix ou d’acte d’agression ?
Faut-il rappeler que la décision de recours à la force, seulement autorisée sous certaines conditions, nécessite l'accord d'au moins neuf de ses quinze membres et l'absence de veto d’un de ses membres permanents ?

Aucun des scénarios prévus par le chapitre VII de la charte de l'ONU, consacré à l'emploi de la force, ne s'apparente à celui de la Syrie: il ne s'agit ni d'une agression entre États, ni de légitime défense. 
Enfin, toute tentative de valider une intervention militaire en Syrie par une résolution du Conseil de sécurité se heurte, de facto, au veto inévitable de la Russie et la Chine.

Dans ces conditions, comment imaginer que la France serait prête à lancer une attaque militaire illégale et violer ainsi ses propres engagements et ses valeurs ?
La France est-elle prête à violer la Charte des Nations Unies qui nous lie à la Communauté internationale ?

Au-delà du caractère illégal d’une telle intervention, c’est sa justification et sa légitimité mêmes qui sont en cause.
L’option militaire n’offre nulle solution de règlement du conflit, nulle perspective de paix pour le peuple syrien.
Le chef de l’Etat s’entête dans une logique militaire, ignorant la situation d’urgence humanitaire et les options alternatives. Il veut engager notre pays dans une entreprise aventureuse et illusoire conduite par les Etats-Unis. Sauf à renier notre attachement à l’indépendance nationale, un feu vert du Congrès américain ou de la Maison Blanche ne saurait remplacer un mandat international, ni commander notre propre conduite, notre propre politique étrangère.

Alors que les chancelleries occidentales ont, les unes après les autres, abandonné l’option militaire, l’entêtement du Gouvernement à s’isoler sur la scène européenne, sur la scène internationale et à s’isoler de son peuple est troublant.
Pourtant, la manipulation et la propagande médiatico-politiques qui ont ouvert la voie à la guerre contre l’Irak, en 2003, demeurent dans toutes les mémoires et ont largement entaché la crédibilité de ses instigateurs.

Le crédo néo-conservateur de « la guerre au nom de la démocratie » a semé la mort et le chaos en Irak. Et c’est encore en son nom que le président de la République et le Gouvernement veulent nous convaincre de mener une expédition punitive meurtrière en Syrie.
Le règlement du conflit interne syrien ne sera pas résolu par quelques missiles. Les conflits, au Moyen-Orient ou ailleurs, prouvent que jamais des bombardements n’ont permis d’installer la démocratie ou de pacifier un pays.

Sans même attendre les conclusions des inspecteurs de l’ONU, des preuves que les attaques chimiques auraient été commises par le régime de Bachar al-Assad sont brandies pour justifier la guerre. Ces preuves seraient prétendument irréfutables selon notre Gouvernement. Tout comme l’étaient les preuves brandies par Colin Powell devant le Conseil de l’ONU, en février 2003, sur la possession d’armes chimiques par le Gouvernement Irakien !

Mais même si ces preuves étaient déclarées irréfutables – et nous ne doutons pas que Bachar Al Asad est capable du pire – comment lancer une guerre sans nous en donner les objectifs précis, si ce n’est la volonté de « punir » ?
Pas plus tard qu’hier soir, le secrétaire général de l'ONU,                             Ban Ki-moon, a mis en garde contre les risques d'une                        « action punitive » en Syrie. Il nous a demandé de considérer « l'impact qu'aurait une [telle] action sur les efforts pour empêcher d'autres effusions de sang et faciliter un règlement politique du conflit ».
Comment, en effet, lancer une guerre sans en évaluer les conséquences ? Sauf à dire explicitement que cette guerre est menée pour asseoir la domination des grandes puissances occidentales pour satisfaire leurs intérêts géo-stratégiques et économiques ou ceux d’autres puissances régionales ?

La population syrienne est aujourd’hui prise en otage entre un dictateur cynique et sanguinaire et une opposition désunie, dont certains de leurs membres ont su faire preuve des exactions les plus effrayantes. C’est d’ailleurs pourquoi les minorités religieuses syriennes sont paniquées à la perspective de la victoire de certains rebelles syriens.
Une intervention militaire aujourd’hui ne mettrait pas fin à l’escalade de la barbarie.
Elle risquerait aussi de plonger, un peu plus, la région du                  Moyen-Orient dans le chaos généralisé. 
Tirons les leçons des expériences passées de l’Afghanistan et de la Libye. Gardons en mémoire le fiasco Irakien et des centaines de personnes qui meurent chaque mois, depuis, dans des attentats meurtriers. Pensons également aux pays voisins qui paieront en vies humaines la moindre déflagration.

Une société riche et fragile comme le Liban n’est-elle pas déjà la proie des confrontations communautaires qui nourrissent le conflit syrien ?
Certes, la France a la responsabilité d’agir. Mais dans le seul intérêt des peuples ! Le chaos de la guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples. Il est dans celui des djihadistes.

Quant au Peuple de France, il ne veut pas de cette guerre !   Ecoutons-le ! Entendons-le ! C’est notre devoir de démocrates.
Si malgré cela, le Gouvernement s’entête à entrer dans cette guerre illégale, un vote de la représentation nationale s’impose.                    A moins que la gauche n’adhère définitivement à la pratique présidentialiste de la Ve république, jadis critiquée et combattue ?
L’esprit démocratique et le sens des responsabilités politiques l’exigent.

L’argument constitutionnel avancé par le Gouvernement est utilisé parce qu’il craint le camouflet infligé au Premier ministre britannique. Notre Gouvernement se cache derrière l’article 35 de la Constitution pour justifier ce déni de démocratie. Or, si le Président de la République le décide, il peut laisser les parlementaires se prononcer demain, sans se justifier, et rompre ainsi avec les pratiques qu’il dénonçait, en 2008, au nom de la dignité de notre démocratie.

Par ailleurs, comme le rappellent de nombreux constitutionnalistes, l’article 49 alinéa 1 permet ce vote. C’est d’ailleurs la solution qui avait été retenue par le Gouvernement Rocard au moment de la guerre du Golfe. Le gouvernement peut aussi s’appuyer sur le nouvel article 50-1 de notre Constitution.

Le Président Barack Obama a, lui-même, demandé le vote du Congrès alors que la Constitution ne l’y obligeait pas.
En France, l’absence de vote témoignerait de la volonté de cantonner les parlementaires français dans une position de simples spectateurs, réduits à palabrer mais non à décider.

Notre attachement à la paix ne nous fait pas renoncer à notre sens des responsabilités. C’est en cela que s’exprime notre solidarité avec le peuple syrien.

La prudence que nous préconisons n’est pas synonyme d’inaction. Il faut réagir et apporter une solution au drame vécu par le peuple syrien, qui a eu le courage de se lever contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad.

Notre « responsabilité de protéger les populations civiles », notre solidarité envers le peuple syrien doit d’abord se traduire par un renforcement significatif de l’aide humanitaire. Une telle action - qui relève de l’urgence - doit elle-même être prolongée par la recherche d’une solution politique supposant un engagement plus volontariste de notre diplomatie. La France doit, ainsi, peser de tout son poids diplomatique et symbolique pour obtenir la réunion d’un sommet réunissant les belligérants et les principales puissances impliquées afin de mettre fin à l'escalade de l’horreur.
Je le dis et le redis : ne cédons pas à la tentation de la guerre et de l’aventure militaire. Empruntons la voie politique qui, aussi étroite et difficile soit-elle, reste la meilleure qui soit pour le peuple syrien et la sécurité internationale. Mais aussi la plus digne pour notre pays qui en sortirait grandi.

André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Président du groupe des députés Front de gauche

Intervention de Pierre Laurent au Sénat sur la Syrie, le 4 septembre 2013 (CRC)

le 04 September 2013

Intervention de Pierre Laurent au Sénat sur la Syrie, le 4 septembre 2013 (CRC)


Syrie - “Ce n’est pas par la guerre qu’on peut... par CN-PCF

 

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,

Mes cher(e)s collègues,

 

Face à la tragédie dans laquelle s'enfonce la Syrie, au martyr subi par son peuple, la France est aujourd'hui devant une alternative cruciale : soit préparer la guerre en soutenant les visées de l'administration américaine en Syrie et au Proche-Orient, soit définir un rôle propre, indépendant et positif, contre les illusions de la force et les dangers de l'intervention militaire, pour une solution négociée garantissant l'arrêt des massacres et une transition vers la démocratie. Le choix qui doit être fait est d'une grande portée pour la Syrie, pour toute la région, pour la France. Il mérite et appelle un vote du Parlement, ainsi que je l'ai demandé au président de la République dès le 27 août .

 

Quelque deux Français sur trois se déclarent aujourd'hui opposés à une intervention militaire. En Europe et aux États-Unis, des constats semblables témoignent aussi d'interrogations, de réticences et d'hostilités massives à la guerre. Le choix de la guerre ne peut être le choix d'un seul homme. Devant un enjeu si crucial, dans un monde devenu si complexe, nos institutions, qui réservent au seul chef de l’État le pouvoir d'engager nos armées, témoignent de leur archaïsme. Je réitère ici notre demande solennelle : aucune décision ne doit être prise sans un vote du Parlement.

 

La crise syrienne est devenue une terrible guerre civile, déclenchée, il y a plus de deux ans maintenant, par la répression brutale et sauvage du régime de Bachar El Assad contre son peuple, et amplifiée depuis par l'internationalisation et l'ingérence militaire croissante des puissances régionales et internationales dans le conflit. La France n'a malheureusement pas été en reste. Le drame syrien est donc aussi une crise géopolitique internationale, dans une région, celle du Proche-Orient, où tous les conflits s'entremêlent. Dans un tel contexte, ce qui est attendu de la France c'est la capacité à proposer une perspective, une solution, un mode de règlement politique. Or, ce qui se prépare, ce que vous nous invitez à soutenir, c'est l'inverse : une intervention militaire dont les risques sont énormes et qui, on le sait, ne résoudra rien. La France ne doit pas s'y engager. Elle doit choisir une autre voie d'action. Oui, la France doit agir mais sûrement pas pour rajouter de la guerre à la guerre, du sang au sang.

 

Quel est le sens de l'entreprise de guerre que vous envisagez? « Punir » le régime de Bachar Al Assad ? Le « punir », dîtes-vous, pour empêcher que se renouvelle l'usage des armes chimiques. Quelle est la pertinence de ce choix, son efficacité réelle ? quelles seront ses conséquences, son utilité à faire progresser l'indispensable solution politique dont le Président de la République dit lui-même qu'elle reste la seule véritable issue ?

 

Est-ce que l'on peut bombarder la Syrie, des objectifs militaires, des infrastructures civiles, comme ça, pour « marquer le coup », juste « pour voir »... Comme au poker ? Sans la légalité du droit international et d'un mandat de l'ONU ? Sans évaluer les risques d'embrasement régional, notamment au Liban où dans les faits il a déjà commencé avec une succession d'attentats, de représailles et de vengeances ? Sans mesurer les conséquences pour les civils syriens, les représailles possibles du régime ? Sans prendre garde au sort de nos 2 otages dans ce pays ? Ne les oublions pas.

 

Le degré supplémentaire franchi dans l’horreur par l'usage massif d'armes chimiques justifie selon vous que la France entre à son tour ouvertement dans la guerre. Mais pour aller où ?

 

L'usage des armes chimiques est inqualifiable. C'est un crime effrayant et insoutenable. Il inscrit ceux qui l'ont commis, dans la violation manifeste des conventions qui les interdisent, à la condamnation et à la justice internationale. (…) Le devoir de la France, comme membre permanent du Conseil de sécurité, est de verser les éléments dont nous disposons à la Mission d'enquête de l'ONU pour qu'elle établisse officiellement les responsabilités. La France déclare détenir des preuves, mais rien ne la dispense des résultats de la mission de l'ONU. Rien ne l'autorise à pouvoir prétendre « punir » seule sauf à contribuer elle-même ainsi à discréditer la légalité internationale.

 

Face à l'amplification des crimes - « la Syrie est en chute libre, notait déjà en juin le rapport de la commission d'enquête internationale indépendante remis à l'ONU, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité sont une réalité quotidienne en Syrie. Personne n'est en train de gagner la guerre et personne ne la gagnera » - la France doit inlassablement travailler à trois objectifs : tout faire pour que cessent les hostilités ; ramener tous les belligérants, syriens et internationaux, autour de la table des négociations ; imposer une solution politique négociée qui garantisse une transition de la Syrie vers la justice et la démocratie exigée par son peuple.

 

L' escalade guerrière que vous nous proposez tourne le dos à ces trois exigences. Elle rajoutera de la guerre à la guerre et nous éloignera de la solution politique et négociée incontournable.

 

Les autorités françaises mesurent-elles avec suffisamment d'attention et de prudence les expériences désastreuses, que personne ne peut oublier dans le monde, des guerres en Irak, en Afghanistan ou en Libye ? Chaque fois, on a prétendu imposer, par la force, une prétendue solution en prenant -selon la formule consacrée- « toutes les mesures nécessaires ». Mais les gouvernements coalisés dans la guerre n'ont finalement recueilli que la poursuite de la crise, une déstabilisation profonde, voire le chaos. Le syndrome d'un modèle d'intervention libyen, dont on mesure pourtant aujourd'hui les effets désastreux, a dramatiquement marqué la diplomatie française dans la crise syrienne. Est-ce qu'avec ces guerres la démocratie a progressé ? Est-ce que la sécurité s'est renforcée ? Est-ce que les relations et les institutions internationales en sont sorties consolidées ?

 

Que de questions sans réponse.

 

Que de risques majeurs sans vision politique digne de ce nom.

 

Que d'échecs stratégiques sans qu'on en tire les leçons.

 

Encore une question. Le peuple syrien, première victime de cette crise, n'est-il pas en réalité le grand oublié de cette tragédie ? Otage, dramatiquement effacé, de la confrontation des intérêts géopolitiques de puissances, dont la Syrie est devenue une sorte de ligne de front ? En mars 2011, le peuple syrien s'est soulevé pacifiquement. Comme en Tunisie, en Égypte et ailleurs... ce fut pour les libertés, pour un État de droit, pour la justice sociale, pour la souveraineté. Ce mouvement, c'est la vérité du peuple syrien. C'est l'espoir du peuple syrien. Nous l'avons soutenu dès le départ. Ce Printemps arabe exprime la légitime volonté des peuples concernés d'affirmer leurs droits, leur dignité et d'abattre des dictatures criminelles et corrompues, comme celle de Bachar Al Assad. Cette volonté, nous l'approuvons. Nous la soutenons. En Syrie comme ailleurs.

 

On voit aujourd'hui combien la conquête de l'émancipation politique et sociale engagée par ces peuples est complexe et difficile. Particulièrement en Syrie où le régime, dès les premiers jours, a choisi une répression féroce et meurtrière qui n'a fait qu'accélérer la militarisation de la crise et une terrible escalade dans la confrontation armée, avec des exactions d'une sauvagerie inouïe.

 

Le bilan de cette crise est épouvantable : plus de 100 000 morts ; plusieurs millions de réfugiés et déplacés, des villes en dévastation et un patrimoine culturel anéanti ; une société pulvérisée par la violence des affrontements, par les divisions politiques et confessionnelles, par les atrocités de groupes salafistes, pour l'essentiel des corps étrangers à une société syrienne profondément laïque, et armés par des puissances régionales dont certaines font, paraît-il, partie de nos alliés...

 

Alors, oui, il faut arrêter ça !

 

Il faut arrêter ça pour le peuple syrien.

 

Il faut arrêter ça pour toutes celles et ceux qui, en 2011, avec courage, ont lancé des mobilisations pacifiques contre le régime.

 

Il faut arrêter ça pour faire vivre une transition démocratique.

 

Il faut arrêter cette escalade tragique et chercher le chemin d'une issue politique.

 

Une intervention militaire, dirigée par un duo isolé de puissances occidentales hors du droit, constituerait un degré supplémentaire dans l'inacceptable, aux conséquences incontrôlables.

 

Ce n'est pas par la guerre que l'on peut protéger les peuples et gagner une sécurité humaine.

 

La France doit d'urgence prendre un autre chemin, définir une vraie vision politique et prendre une forte initiative. Il y a une alternative !

 

Nous appelons donc les autorités françaises à proposer dès la réunion du G20 qui se tient demain une réunion au sommet des belligérants et des principales puissances impliquées, les États-Unis et la Russie bien sûr, mais aussi la Turquie et l'Iran notamment, afin de définir les conditions d'un arrêt de l'escalade dans la confrontation militaire, et d'une transition démocratique en Syrie. Il faut reprendre l'esprit et l'ambition de la deuxième conférence de Genève qui aurait pu tracer la voie d'une telle solution il y a déjà des mois, et qu'au lieu de soutenir dès juin 2012 au lendemain de Genève I, vous avez aussitôt mis en doute. Parce que, disiez-vous à l'époque, Monsieur le ministre, l'accord alors passé ne prévoyait pas clairement la mise à l'écart de Bachar El Assad. L'occasion de stopper les massacres a été gâchée. Or, aujourd'hui, vous préconisez une intervention aux risques énormes en déclarant qu'elle ne vise pas le départ de Bachar El Assad. Où est la vision, où est la cohérence ?

 

La France doit cesser de se fourvoyer et reprendre l'initiative politique et diplomatique. Cela est encore possible. On voit d'ailleurs le niveau élevé des réticences politiques et des rejets populaires de la guerre en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, plus largement en Europe et même aux États-Unis. La coalition autour de Washington n'en est que plus maigre et pathétique. Non, il n'y a pas de consensus pour la guerre !

 

La France, Monsieur le Ministre, a mis jusqu'ici son énergie dans l'option militaire, nous vous demandons de l'investir dans une issue politique.

 

Au lieu d'imposer la guerre, il faut, avec détermination, avec vos alliés, avec la Russie, emmener les protagonistes syriens aux conditions d'un règlement politique, avec un calendrier et de vraies décisions qui puissent constituer une réelle avancée dans la voie de la transition démocratique attendue par le peuple syrien. La France se grandirait en agissant ainsi. Le G20 doit être utilisé pour une première et urgente concertation multilatérale, en particulier avec la Russie, les États-Unis et les autres puissances concernées.

 

La crise géopolitique syrienne sollicite donc, avec insistance, la France et le rôle qui devrait être le sien dans le monde d'aujourd'hui. Car cette crise majeure fait surgir immédiatement d'autres questions de grande portée internationale, en particulier l'enjeu global de la sécurité internationale, celui du désarmement et de l'élimination des armes non conventionnelles ou de destruction massive. Il n'y a pas, en effet, que les armes chimiques. Il y a aussi, notamment, les armes nucléaires et la question cruciale de la prolifération.

 

Lors de la Conférence des Ambassadeurs, il y a seulement quelques jours, le Président de la République, à propos de la crise sur le nucléaire iranien, a explicitement affirmé : « le temps presse (…) la menace grandit et le compte à rebours est d'ores et déjà enclenché ». Nous souhaitons, Monsieur le Ministre, que cette grave formulation - visant d'ailleurs le principal allié de la Syrie - ne soit pas l'annonce que la crise iranienne devrait elle aussi, le moment venu, passer par l'inacceptable et dangereuse phase d'une nouvelle opération militaire, de nouveaux bombardements. On dit, en effet, à Paris comme à Washington, pour la Syrie comme pour l'Iran, que « toutes les options sont sur la table »... Y compris, encore, la guerre ?

 

Jusqu'où oserez-vous aller ?

 

Je souhaite vraiment, Monsieur le Ministre, une réponse à cette question.

 

Le Traité de Non Prolifération doit être respecté par tous ses signataires. Il faut aller vers un désarmement nucléaire multilatéral et contrôlé. Et ni les États-Unis, ni la France, ni d'autres puissances ne peuvent se permettre d'envisager le règlement de toutes les crises par la force. C'est impensable ! Ne vous engagez pas dans un tel engrenage ! Construire une sécurité collective et humaine sur le plan international appelle tout autre chose que la guerre et les ambitions de domination qui vont avec. Et qui n'ont rien à voir avec l'exigence de paix... mais tout à voir avec des intérêts stratégiques et énergétiques. La France ne doit pas suivre Washington sur ce fil qui mène aux déstabilisations, aux désastres que nous connaissons déjà.

 

Un changement sur le fond de politique internationale et de conception de la sécurité s'impose. Avec un effort indispensable pour le désarmement concernant toutes les armes de destruction massive, et la nécessité de lier cette option essentielle au règlement des conflits, notamment la crise sur le nucléaire iranien, la politique israélienne et la question de Palestine, la politique de la Turquie et la question kurde...

 

Il est temps aussi pour la France et pour ses partenaires européens de trouver un rôle et une dynamique positive dans la refondation des stratégies de développement et de partenariat avec l'ensemble du monde arabe.

 

L'urgence n'est pas de faire la guerre. Elle est de construire un avenir commun pour tous les peuples dans cette région cruciale de la Méditerranée et du Proche-Orient.

 

Saurons-nous, en Syrie et ailleurs, commencer à relever ce formidable défi ? Nous pensons pour notre part que la France, si elle le décide, en a la force.

Syrie - Pierre Laurent était l'invité de mots-croisés sur France 2

Par Pierre Laurent, le 03 September 2013

Syrie - Pierre Laurent était l'invité de mots-croisés sur France 2

Pierre Laurent était l'invité de Mots-croisés le 2 septembre 2013 sur France 2 pour débattre sur la Syrie avec Harlem Désir (Premier secrétaire du Parti Socialiste, Député européen), Bruno Le Maire (Député de l'Eure, ancien ministre de l'Agriculture), Barbara Pompili (Députée de la Somme, co-présidente du groupe EELV à l'Assemblée nationale) et Louis Aliot (Vice-président du Front National)

>> Revoir l'émission sur le site de France 2

Extraits

 

PETITION - Non à une intervention militaire de la France en Syrie

le 30 August 2013

PETITION - Non à une intervention militaire de la France en Syrie

L’utilisation d’armes chimiques, dont ont témoigné de nombreux médecins dans un quartier de Damas le 21 août 2013, a fait franchir à la Syrie un nouveau palier dans l’horreur. Depuis deux ans, la confrontation provoquée par le régime de Bachar Al Assad, qui a refusé d’entendre les revendications populaires de démocratie, affiche un bilan effroyable : 100 000 morts, plusieurs millions de réfugiés, dont un million d’enfants, un pays dévasté, des villes détruites, une population prise en otage par les affrontements internes soutenus par les différents Etats de la région.

Une intervention militaire des états-Unis et de leurs alliés, dont la France, ferait courir le risque d’une nouvelle escalade de la violence, d’un embrasement régional favorisant un recours sans limites aux armes de destruction massive, notamment chimiques. Ajouter la guerre à la guerre serait la pire des solutions. Nous exigeons que la France ne participe pas à une intervention militaire en Syrie.

Le conflit en Syrie est devenu une crise géopolitique internationale. Une pression diplomatique vigoureuse doit s’exercer pour obtenir l’arrêt des hostilités et la mise en oeuvre d’une transition démocratique garantissant l’intégrité du pays. Un sommet réunissant sous la responsabilité de l’ONU les parties en conflit et les principales puissances impliquées pourrait tracer les contours d’un règlement politique. Il n’y a pas d’autre voie.

>> Signer la pétition sur le site de l'Humanité

Pierre Laurent invité des 4 vérités

Par Pierre Laurent, le 28 August 2013

Pierre Laurent réagit sur la Syrie et les retraites aux 4 vérités sur France 2.

Pierre Laurent à propos de la Syrie et des retraites

Par Pierre Laurent, le 28 August 2013

Pierre Laurent invité de Soir 3 le 27 aout 2013