Publié le 20/04/2022 par PCF

Battre l’extrême droite en France et en Europe : une nécessité absolue pour les peuples

Les risques majeurs pour l’avenir du pays et de la République créés par la présence de Le Pen au second tour disent à quel point la crise de régime et la crise politique françaises sont avancées. La France offre un triste précipité de la crise européenne, avec des facteurs aggravants et particuliers. Il n’en demeure pas moins que des caractéristiques communes se retrouvent dans l’extrême droite en Europe, au-delà d’indéniables contextes nationaux particuliers.

L’extrême droite est une vomissure du capitalisme en crise, comme en témoignent les traits suivants :   

- La crise sociale, provoquée par la crise de la mondialisation capitaliste, et les effets concrets des politiques d’austérité néolibérales, qui engendrent une crise des nations et un approfondissement des inégalités régionales. 20 % de la population britannique vit sous le seuil de pauvreté en 2018. Près de 50 % de la population active italienne n’a pas d’emploi stable. En Espagne, Vox émerge aux élections en Andalousie en 2018, qui est la région la plus touchée par le chômage du pays.

- La crise du rôle de l’État. Nicos Poulantzas précise que l’action de l’État dépend de la manière dont il résout le conflit entre deux ordres de dépendance, à savoir celui qui le lie à la société civile et aux rapports de force politiques dont il tire sa légitimité, et celui qui le lie aux classes dirigeantes dont il institutionalise la puissance. Cette double légitimité est actuellement remise en cause par deux facteurs par la crise de représentation démocratique et de ses outils. Des crises d’État majeures frappent par exemple l’Espagne et le Royaume-Uni.   

- L’exacerbation des paniques identitaires et un projet visant à refonder les sociétés sur des bases d’exclusion racistes. La « priorité nationale » du RN a fait florès en Europe. Orban défend une Hongrie exclusivement chrétienne reposant sur la « nation culturelle hongroise ».

- La remise en cause de l’égalité des droits et des libertés fondamentales. Le traitement indigne réservé aux migrants et l’édification de murs aux frontières sont les conséquences nauséabondes d’une telle conception. On peut évoquer la politique de Salvini quand il était ministre de l’Intérieur italien. Ou l’accord abject de Boris Johnson avec le Rwanda prévoyant d’y déporter purement et simplement les migrants. Cette attaque contre l’égalité des droits se reflète également dans les attaques contre les droits des femmes. L’interdiction de l’IVG en Pologne le montre. Cela vise la remise en cause de la démocratie. La constitution hongroise rédigée par Orban ne fait plus référence à la « République » mais introduit celle à « Dieu ».     

- Le besoin de compromis avec le capital pour conquérir et exercer le pouvoir. L’Italie est de ce point de vue un laboratoire. Berlusconi fut le premier à conclure une alliance avec les néofascistes. Plus récemment, l’évolution de la Ligue italienne sur l’UE et sur l’Euro, dans l’optique de participer au gouvernement, est caractéristique. Il ne s’agit pas d’une « normalisation » mais d’une stratégie de pouvoir pour abattre les frontières avec la droite conservatrice, et de lui imposer son agenda politique, avec la complicité d’une partie de cette dernière. L’étape ultime est la participation à des gouvernements communs. Le dernier exemple en date est la constitution du gouvernement régional en Castille-et-Léon avec le Parti Populaire et Vox, qui permet à l’extrême droite de s’emparer de positions de pouvoir pour la première fois depuis la fin de la dictature franquiste.

- L’objectif d’éliminer la gauche et les mouvements sociaux et citoyens. L’extrême droite fait son lit dans les défaites de la gauche et du mouvement ouvrier. L’élimination de la gauche du Parlement italien en 2008 ou le contexte du reflux des mouvements sociaux et citoyens en Espagne ont créé une nouvelle configuration politique qui a offert un boulevard à l’extrême droite. L’extrême droite veut écraser la gauche et les mouvements sociaux et citoyens. La répression contre le mouvement féministe polonais ou les sévères limitations du droit de grève en Hongrie le montrent. Philippe Martinez et Laurent Berger rappellent dans leur tribune parue dans le JDD que le projet de l’extrême droite est de « faire disparaître » les syndicats.

Ces éléments illustrent à quel point il est vital de se mobiliser le 24 avril pour battre Marine le Pen « en se servant du seul bulletin qui sera à disposition », pour reprendre les termes de la déclaration de Fabien Roussel. Si la France bascule, les conséquences seraient inhumaines pour la population du pays, mais cela risquerait aussi de créer une réaction en chaîne en Europe. La reconstruction de la gauche pour redonner de l’espoir, avec la contribution de toutes les énergies disponibles, est un enjeu pour la France et pour l’Europe.     

Vincent Boulet

adjoint au secteur International/Europe