focus Publié le 08/11/2018 par PCF

Journée du souvenir, intervention de Pierre Laurent

Mercredi 7 novembre, le PCF organise un parcours du souvenir.

Pierre Laurent, 

7 novembre 2018 

Seul le prononcé fait foi

 

Le 11 novembre 1918, ici même, au petit matin, dans cette clairière tranquille, à l’abri des regards, était signé l’armistice qui mettait fin aux terribles combats de la plus  « grande guerre » que l’humanité ait connue. 

Les chefs de guerre français et les amiraux britanniques y recevaient des représentants allemands cette signature d’armistice qui allait apporter aux peuples qui avaient tant souffert pendant quatre longues années et jusqu’à l’heure de sa mise en application, à 11h, cet immense soulagement qu’ils désespéraient de pouvoir connaître. 

En France, à Paris, comme dans toutes les villes et dans le moindre village, partout, en Grande -Bretagne, en Belgique et même en Allemagne, des centaines de milliers de personnes descendirent dans la rue pour célébrer la fin des hostilités, des tueries et des souffrances. 

Le 11 novembre 1918 fut ainsi et d’abord un intense moment de soulagement et de joie. Enfin les armes se taisaient ! 

Le bilan des morts au combat est sans précédent : près de 10 millions de soldats tués (1,4 million en France, 2 millions d’allemands), des millions de civils ont été victimes de la violence des occupations, des famines, des maladies, des destructions. 

Des espaces peuplés ont été réduits à rien ; des millions de mutilés et de blessés ont regagné leur lieu de vie ; des territoires dévastés, des économies ravagées, ont pris la place d’espaces humanisés. Confrontées aux nécessités de la guerre industrielle, les populations de quasiment tous les pays d’Europe sortent épuisées physiquement et moralement du conflit, traumatisées par la violence d’une guerre qui ne devait durer que quelques semaines et qui s’est transformée en une interminable et stupéfiante boucherie. 

L’humanité s’est abîmée dans les tranchées quand la folle stratégie d’une prétendue « guerre d’usure » a conduit à ne considérer les combattants que comme de la chair à canon. Conditionnés par l’exploitation éhontée d’un sentiment national exacerbé, soumis violemment et partout à des gouvernements et à des états-majors dont le seul objectif était de gagner la guerre à tout prix, les soldats furent en réalité les premières victimes de l’affrontement des grandes puissances impérialistes. 

Celles-ci cherchaient depuis le début du siècle à étendre leur zone d’influence, à soumettre l’espace humanisé, européen et mondial, à leurs intérêts financiers et stratégiques. 

« On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des Industriels » a pu dire lestement Anatole France. 

Les monuments aux morts érigés par milliers dans les années qui suivirent, continuent de nous rappeler l’horreur de cette guerre et paradoxalement l’ineptie du bellicisme. 

Pourtant, dès ce 11 novembre d’il y a cent ans, aucun des ingrédients qui avaient conduit au déclenchement des hostilités, n’avait été identifié et analysé en profondeur par les maîtres du monde ! 

La paix ne se proclame pas, elle se construit.

Et dès ce mois de novembre 1918, malgré les discours et invites de quelques chefs d’État, les ingrédients d’une paix universelle et solide ne semblent pas dominer les rapports internationaux à venir. 

Les dirigeants français n’ont d’abord eu en vue que d’exploiter la victoire sur l’Allemagne. Selon eux, l’Allemagne, vaincue, et ses alliés, devaient être considérés comme seuls coupables et seuls mis au ban de la communauté internationale. Les dirigeants français voulaient faire payer l’Allemagne : vaincue militairement, celle-ci doit être tenue pour la seule coupable et devra rembourser. 

En Allemagne même, en invoquant un prétendu  « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite militaire, puis le  « diktat de Versailles », on verra la caste dirigeante instrumentaliser systématiquement le ressentiment des allemands et les effets de la reconversion économique en Europe centrale pour faire naître cet esprit de revanche dont profiteront Hitler et les nazis et ruineront les bien modestes efforts des Wilson, Briand, Stresemann. 

Derrière les quelques tentatives de construction d’une coopération internationale fondée sur les principes d’arbitrage que devait incarner la Société des nations, ce sont les nationalismes et les ambitions impérialistes qui ont fini par s’imposer, dès avant la crise de 1929.

Plus largement, l’implosion des empires Austro-Hongrois et Ottoman se produisit à la fin de la guerre quand, sous l’effet de la légitime aspiration des peuples à leur indépendance, on s’ingénia à la détourner de ses prémisses au bénéfice d’un nationalisme agressif et sans entraves. 

La volonté des puissances européennes, la France et le Royaume-Uni en tête, de renforcer et de diversifier leur domination coloniale s’établit dans un monde transformé, mais désormais en position de se soumette à l’hégémonie créancière et conquérante des États-Unis d’Amérique qui se tournent vers le Pacifique et la conquête des marchés … 

Les peuples coloniaux et dépendants dont les soldats ont souvent été envoyés en première ligne après 1916 ne connaissent, à la fin de la guerre ni les honneurs, ni les hommages, et moins encore le respect de leur droit à l’indépendance à laquelle, beaucoup déclarent désormais aspirer, en sorte que la réalité  du colonialisme  s’impose encore presque partout, en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du sud, et se révèle pour ce qu’il est : un instrument de puissance et d’exploitation des hommes et des ressources.

L’immense « empire » colonial français pour sa part est dès lors considéré par les dirigeants français de l’époque comme le pilier de la grande France, véritable vitrine et justification de l’impérialisme français d’autrefois. 

Ce qui s’expose sans fards quelques années plus tard, en 1931, dans une mise en scène sans équivoque à l’occasion d’une exposition internationale…

Et il va sans dire que le consensus des grandes puissances, victorieuses ou  vaincues, cette fois-ci unies, s’alignera sans la moindre décence, pour renvoyer aux enfers, les aspirations révolutionnaires nées de la Révolution russe de 1917, ou suscitées par elle, elle, dont le premier acte fondateur, atteint dès le début et non à la fin de 1918, fut d’avoir mis fin à la Guerre !

Le 11 novembre est chaque année l’occasion de nous souvenir ensemble du terrible sacrifice des millions de vies humaines qui furent le prix de l’affrontement guerrier. Commémorer l’arrêt des combats et partager par-dessus les ans le soulagement des contemporains de la PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, est, du même coup, toujours et d’abord, un appel à lutter sans relâche pour la paix. 

Mais ce qui a suivi le 11 novembre 1918 nous rappelle aussi que tout armistice ne conduit pas nécessairement à l’avènement d’une paix juste et durable : celle-ci est une construction qui nécessite le respect de la volonté des peuples et le renoncement à l’idée de domination. 

« La grande paix humaine est possible » disait Jaurès. 

Et il ajoutait « et si nous la voulons, elle est prochaine ». 

Entendit-on en 1919 la portée de cet appel quand, en mars 1919, Vilain, l’assassin de Jaurès fut acquitté ?

La lutte pour préserver la paix du monde est toujours devant nous !

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