publié le 30/10/2018

L’avortement, principe fondamental de la République

Serait-ce ahurissant ?

Par Elsa Kaczmarek, Val de Marne

Considéré en France comme crime contre l’État jusqu’en 1942, l’avortement était puni de la peine de mort. Il était pratiqué de façon clandestine, mettant chaque fois en danger la vie de la femme qui y avait recourt. Après mai 68, le débat sur sa légalisation devient incontournable notamment suite à la déclaration en 1971 de 343 femmes célèbres – parmi lesquelles Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Yvette Roudy – qui, bravant le risque de poursuites pénales, ont eu le courage de signer le manifeste Je me suis fait avorter, plus connu sous le nom de Manifeste des 343 salopes. 

En 1975, la loi Veil a ouvert une nouvelle page de l’émancipation des femmes et de la reconnaissance de leur droit de disposer de leur corps. A ce jour ce sont plus de 200 000 femmes qui ont recours chaque année en France à un avortement et on estime qu’une femme sur trois devra y recourir au moins une fois dans sa vie. 

Une des premières violences faites aux femmes de tout temps est de les empêcher de disposer librement de leur corps et de leur intimer l’ordre de ne pas s’en plaindre. Pour garantir cette liberté les sénatrices et sénateurs du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste ont déposé en avril 2017 une proposition de loi visant à élever au rang constitutionnel le droit à l’IVG. 

Les détracteurs pro-vie se sont déchainés sur la toile s’insurgeant qu’ériger l’avortement en principe fondamental de la République était en soi ahurissant, mais sans vraiment y apporter d’autres arguments que le droit à la vie et des pamphlets anti-communistes. Mais le droit à la vie de qui ? Quand on sait que 50% des avortements pratiqués dans le monde le sont de façon illégale mettant chaque fois en danger de mort la femme car ils sont réalisés dans des conditions d’hygiène, de précarité, de sécurité et de dignité déplorable n’est-ce pas une atteinte au droit à la vie ?

Militer pour le droit à l’avortement ce n’est pas militer pour l’avortement à tout-va mais pour permettre à chacune et chacun de décider quand elle et il souhaite devenir parent. 

L’arrivée dans un enfant dans la vie n’est pas un petit événement sans conséquence. Il faut pouvoir l’accueillir, l’assumer, l’éduquer et cela se fait tellement plus sereinement quand les futurs parents s’y sont préparés, l’ont choisi en leur âme et conscience. 

La constitutionnalisation de ce droit en France constituerait donc une protection pour les femmes de notre pays. Par ailleurs, cela enverrait un signal fort et servirait de point d’appui inestimable pour les femmes du monde entier.

Rien qu’en Europe, ce droit est loin d’être acquis et des forces réactionnaires agissent pour le remettre en cause. On relève encore quatre pays n’autorisant pas l’IVG, sauf circonstances exceptionnelles : la Pologne, l’Irlande, Andorre et Malte, où l’avortement est totalement interdit. À noter, Chypre vient tout juste d’assouplir sa législation, ce qui constitue une bonne nouvelle. Sans parler du reste du monde où avorter reste encore interdit dans de nombreux pays. 

En France la situation est meilleure certes, mais en 10 ans 130 centres d’IVG ont fermé sur le territoire national du fait des restrictions budgétaires en matière de santé.

La baisse des subventions touche également le monde associatif qui accueille et accompagne les femmes dans leur choix à donner ou pas naissance à un enfant. Ce sont ces associations qui bien souvent accompagnent les 5 000 françaises contraintes chaque année à avorter à l’étranger, du fait du dépassement du délai légal de douze semaines. C’est une réalité inchangée depuis dix-sept ans et qui entraîne de nombreuses inégalités parmi les femmes, puisque, dans ce cas, les frais liés à l’IVG, au déplacement et à l’hébergement sont totalement à la charge de la personne qui souhaite avorter. 

Monsieur le président Macron a déclaré que l’égalité entre les femmes et les hommes serait une grande cause du quinquennat, constitutionnaliser l’interruption volontaire de grossesse serait une bonne manière de mettre en œuvre cette déclaration.

 

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