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Publié le 17/04/2019 par PCF

Défense européenne ou sécurité collective

L’Europe de la défense n’est qu’une apparence, la seule réalité qui existe est l’OTAN avec sa stratégie belliciste de guerre préventive et sa soumission aux choix politiques et industriels des USA. La suspension du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (1) conduit à une reprise de la course aux armements sur le continent, alors que sa signature avait permis un important mouvement de désarmement (2).

L’Union européenne ne conçoit aujourd’hui sa politique de défense qu’intégrée et subordonnée à l’OTAN. La « Politique européenne de sécurité et de défense commune » et les projets d’armée européenne ne sont que des mythes. L’UE n’a aucune capacité de défense autonome. Seul le Fonds européen de la défense a une réalité avec ses 13 milliards investis dans quelques niches technologiques.

L’UE concourt avec L’OTAN, à aggraver les tensions avec la Russie. L’installation de bases antimissiles états-uniennes en Europe participe de la reprise de la course aux armements nucléaires.

Aujourd’hui la géolocalisation joue un rôle stratégique déterminant. Avec le GPS, les USA sont en situation de monopole, ce qui leur donne le contrôle des armées de l’OTAN, France comprise. L’arrivée du système européen Galileo offre une alternative. L’UE et la France doivent s’en saisir et s’émanciper du GPS.

Emmanuel Macron entend utiliser le militaire pour assouvir ses ambitions européennes. Son objectif est de faire d’une Europe de la défense « en complémentarité de l’OTAN », l’un des principaux piliers de la relance politique de l’UE vers une Europe fédérale.

Les ambitions de Macron se heurtent à de fortes oppositions au sein de l’UE. Macron n’a pas les moyens de se prévaloir d’une hégémonie militaire sur le continent. L’état de l’armée française est fortement dégradé voire clochardisé. Elle est enlisée au Mali dans une sanglante guerre d’usure. Ses capacités réelles face aux nouvelles menaces comme la cyber guerre interrogent. Malgré 50 milliards de dépenses pour sa modernisation sur vingt ans, la crédibilité de sa force nucléaire peut être remise en cause par les nouvelles technologies de détection sous-marine.

À une défense européenne pilier de l’OTAN il faut opposer une Europe de la sécurité collective émancipée de l’OTAN. Une sécurité collective s’appuyant sur la recherche d’une convergence à géométrie librement choisie des politiques de défense nationale des différents États de l’UE implique que notre pays prenne la décision de quitter l’OTAN. Cet acte produirait un choc salvateur qui permettrait d’ouvrir la voie à la dissolution de l’OTAN et à la fondation d’une sécurité collective européenne et méditerranéenne, de l’Atlantique à l’Oural, libérée des armes nucléaires, fondée sur la paix, la coopération et l’indépendance de chaque peuple.

Au XXIe siècle, au temps de la mondialisation, de la révolution du mariage des bits et atomes, de la raréfaction des matières premières, des crises climatiques, de la transition énergétique, une politique de défense assurant la paix et la souveraineté des peuples d’Europe n’est pas uniquement une question militaire, c’est avant tout une affaire de stratégie géopolitique globale. On ne peut mettre en œuvre une politique de défense sans penser éducation, recherche et développement, politique industrielle et technologique, santé, démographie, agriculture, maîtrise des ressources naturelles…

Les réseaux de télécom, les centres de stockage de données, les logiciels sont devenus les champs de bataille de véritables cyber-guerres : espionnage industriel et économique, hacking, destruction de données et de nœuds de communication… Ces cyber-guerres peuvent mettre à genoux un pays, aussi surement qu’une campagne de bombardement massif, comme l’a montré le black-out électrique du Venezuela. Les USA pratiquent un espionnage industriel et commercial massif. La défense de l’UE se joue plus dans le cyberespace avec des hackers qu’avec des divisions blindées. Cela doit impliquer la renaissance d’une industrie européenne des NTIC (3), et de n’utiliser dans les armées, les institutions, les infrastructures stratégiques que des logiciels libres ou européens et de bannir les systèmes propriétaires made in USA.

L’Union européenne doit élaborer sa doctrine de sécurité collective à partir de cette volonté politique et en lien avec le contexte géopolitique et stratégique réel, et avec l’objectif de protéger les intérêts vitaux des peuples d’Europe, leur souveraineté démocratique et leur indépendance. Cette élaboration permettra d’évaluer les menaces et de définir les moyens nécessaires pour y parer, y compris en terme d’industrie de défense.

L’UE et la France doivent mener une politique extérieure visant à la résolution des conflits dans le respect des droits humains, du droit de chaque peuple à disposer de lui-même, mais aussi en promouvant les notions de Communs mondiaux. Cette politique doit conduire à la sécurité collective, à un processus de désarmement multilatéral y compris nucléaire, et à la paix. 

Yann Le Pollotec, membre du Conseil national du PCF.

 

 

1. Signé par les États-Unis et l’URSS en 1987.

2. Démantèlement des missiles Pershing SS20 et Pershing 2. Bien que non signataire de ce traité, la France avait été contrainte à la suppression de la composante terrestre de sa force nucléaire et de sa composante aérienne tactique, ainsi qu’au démantèlement de son usine de production de matière fissile.

3. Nouvelles technologies de l’information et de la communication.

 

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