« L’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit ». Cette citation de Jack Ralite résume à elle seule la bombe anti Bolloré qui vient d’exploser en plein festival de Cannes où désormais plus d’un millier de professionnels (acteurs, producteurs, réalisateurs, techniciens) ont dénoncé « l’emprise grandissante de l’extrême droite » sur le 7e art.
« En laissant le cinéma aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement l’uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », plaident les signataires.
En réponse à cette fronde, l’homme lige de Vincent Bolloré, l’ultra-conservateur milliardaire breton, Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, a décidé de placer sur une liste noire les signataires de la tribune du « collectif Zapper Bolloré » publiée dans Libération. Cet oukase vise à empêcher les protestataires de travailler pour Canal, le principal bailleur de fonds du cinéma.
Émoi d’autant plus grand sur la Croisette que Vincent Bolloré va acquérir d’ici 2028 la totalité d’UGC, le 3e groupe français d’exploitation avec 55 salles. Le milliardaire posséderait ainsi toute la chaine depuis la production jusqu’à la distribution des films.
Des enjeux cruciaux à quelques mois de la présidentielle de 2027, alors que l’extrême droite, aux portes du pouvoir, mène une guerre idéologique appelant, à l’instar du RN, à liquider le Centre national du cinéma (CNC) et à décapiter l’audiovisuel public. Une bataille culturelle que la galaxie Bolloré soutient en creusant le sillon pour la droite extrême à travers ses médias (JDD, etc.), ses chaines de télévision (CNews), sa radio (Europe1), ses maisons d’édition (Hachette), ses salles de spectacle, et le cinéma, etc.
Cette révolte dans les milieux du 7eart fait suite à la crise dans l’édition survenue lors de l’éviction manu militari le 14 avril d’Olivier Nora, le patron de Grasset, sur injonction de l’oligarque qui contrôle le groupe Hachette Livre. Devant ce limogeage, 260 auteurs chez Grasset ont décidé de quitter cette illustre maison. Auparavant, Vincent Bolloré avait mis brutalement la main sur les éditions Fayard prônant la publication des œuvres favorables aux thèses de l’extrême droite et ses alliés, de Jordan Bardella, le président du RN, à Nicolas Sarkozy, ou Philippe de Villiers.
La méthode du coup de force utilisée par le milliardaire s’est déjà illustrée par le passé à Canal+ lors de sa prise de pouvoir avec la suppression des Guignols de l’info et la mise au pas de la chaine. Même brutalité employée lors du rachat d’I-télé par Vivendi en 2016 où les grévistes ont été licenciés, crise qui a débouché sur la création de CNews.
Devant cette guerre culturelle, le Parti communiste a lancé un appel à la mobilisation : « La culture, la liberté d’expression, de création et d’information sont des biens trop précieux pour qu’on les laisse entre les mains des milliardaires. »
Et devant la crise survenue au Festival de Cannes, le PCF appelle à soutenir les « voix qui s’élèvent pour refuser l’emprise de Vincent Bolloré et consorts, pour dénoncer la guerre culturelle qu’il est en train de mener pour mettre au pas la société ». « Pour notre part, nous avons avec d’autres forces politiques et syndicales relancé les nouveaux États Généraux de la Culture et des médias. Rassemblons toutes nos forces et nos initiatives pour lui faire échec », conclut le PCF en soulignant qu’ « il s’agit de mener d’urgence une grande bataille politique, celle de l’imaginaire ».
De leur côté, la CGT Spectacle avec le Spiac-CGT, SFR-CGT, SNRT-CGT Audiovisuel, SNJ-CGT, SFA, SAEM-CGT, SNAP-CGT ont salué « l’initiative de la tribune « Zapper Bolloré » appelant à faire barrage à Bolloré et à « se rassembler samedi 30 mai 2026 à 14 h devant l’Olympia, lieu de spectacle détenu par Vincent Bolloré, pour s’opposer à la bataille culturelle de l’extrême droite. »
Patrick Kamenka
Article publié dans CommunisteS, numéro 1088 du 27 mai 2026.