position Publié le 23/10/2018 par PCF

Nouveau mode de production et révolution numérique

Il est à la mode de parler d’effondrement inéluctable de l’humanité. Nous récusons cette vision fataliste et culpabilisatrice d’une humanité voué au malheur et à la destruction.

Ce qui est en cause, ce n’est pas l’humanité en tant que telle, mais le mode de production capitaliste. Ce mode de production productiviste a certes permis de créer des richesses comme jamais dans l’histoire, mais au prix d’une répartition toujours plus inégalitaire de ces richesses, du saccage de la planète, d’une surexploitation toujours plus importante des êtres humains et des ressources naturelles. Ce mode de production n’est plus soutenable, ni écologiquement, ni socialement. 

Il est incapable de répondre aux quatre grandes transitions dont ont besoin nos sociétés :

  • la transition écologique avec en particulier la question climatique,
  • la transition démographique,
  • la transition urbaine car plus de 65% de la population mondiale habitera dans des villes en 2025,
  • et la transition numérique qui est une véritable révolution anthropologique.

Cela appelle un nouveau mode de production et de développement tourné vers la satisfaction des besoins humains, l’épanouissement collectif des individus, et économe en ressources non renouvelables et respectueux de la nature. La société française n’est pas restée l’arme au pied. Elle a pensé. Elle a agit. Elle a expérimenté et elle a posé, non sans contradiction, à travers l’économie sociale et solidaire, les tiers lieux, les fablabs, les jardins et les habitats partagés, les AMAP, les circuits courts, les logiciels libres, les plateformes coopératives, le financement participatif éthique, les premières bases nécessaires à la formation d’un nouveau mode de production.

Pour que ce qui est encore marginal et fragile devienne dominant, il faut que la puissance publique, l’action politique s’en mêlent, qu’elles définissent de nouvelles institutions et de nouvelles politiques, y compris et surtout industrielles. 

Cela pose les questions suivantes : quelles richesses produire ? Comment les produire pour satisfaire qui et quels besoins ? Faut-il produire ce qui demande peu d’investissement et rencontre une forte demande solvable immédiate, ou produire et investir pour la réponse aux besoins de tous sur le long terme ?

Ce qui doit changer, c’est l’objectif même de la production des biens et des services dont le moteur est aujourd’hui la recherche de la rentabilité financière. 

Cela implique une nouvelle ère de la démocratie et de nouveaux pouvoirs d’intervention des salariés et des citoyens. 

S’il faut rompre avec le productivisme, la satisfaction des besoins sociaux ne peut exister sans production. Mais, il s’agit de produire autrement à partir d’une conception de l’efficacité intégrant le respect de l’environnement, des territoires, des générations futures, des salariés et des consommateurs, de l’ensemble des peuples de la planète. 

Il faut mener le combat pour réhabiliter la science. Il ne s’agit pas de cultiver des illusions scientistes qui sont à l’opposé d’une vraie démarche scientifique, mais de montrer que le progrès des sciences et des techniques, faisant l’objet d’une maîtrise sociale effective, est le principal atout du développement de l’humanité. 

Est-il souhaitable et soutenable que des composants de tels ou tels produits traversent des continents ou des océans pour être ensuite réacheminés sous forme de produits finis ? Doit-on continuer à vendre des produits conçus pour ne pas être réparables ? Doit-on concevoir les normes techniques de telle sorte que les appareils soient structurellement incompatibles entre eux ou qu’ils deviennent obsolètes au bout de deux ans ? Tout cela interroge l’organisation même du système productif. 

Le numérique révolutionne les forces productives. Cette révolution numérique nous confronte en permanence à des flux informationnels continus et accélérés. Nos perceptions, nos modes de raisonnement, nos manières d’agir, nos rapports à la culture, à la connaissance et aux autres, le travail, le fonctionnement de notre cerveau et de notre psychisme, en sont profondément modifiés. Elle bouleverse le travail, la structure des entreprises et des institutions avec les plateformes. Hier, l’être humain sollicitait essentiellement sa mémoire et son aptitude aux raisonnements algorithmiques ; aujourd’hui, la créativité et l’invention deviennent décisives.

Les luttes contre l’ubérisation, pour l’appropriation des plateformes, le droit à la déconnection, les enjeux autour de la robotisation, de l’intelligence artificielle, du big-data, ... montrent que cette révolution numérique est devenue un terrain déterminant de la lutte des classes.

Avec cette révolution, la conception est socialisée mais la production devient distribuée, décentralisée et connectée en réseau. Les fablabs sont une préfiguration de ces nouveaux lieux de production. 

Avec la révolution numérique, la robotique, l’intelligence artificielle, la blockchain, fonder le développement sur ces bases implique un immense effort de formation, de qualification, de recherche et d’innovation technologique permettant une efficacité sociale accrue. Avec le big data, l’accès, la protection, l’usage et la maitrise des données deviennent des enjeux stratégiques majeurs. 

Il faut aussi affronter les questions de la structure et des capacités de production industrielle de notre pays. En effet, l’un des problèmes cruciaux auxquels se sont heurtées les expériences de relance par la consommation et l’accroissement des dépenses sociales, est le recours massif aux importations du fait du décrochage industriel et technologique issu des choix des firmes du CAC40. 

Il ne peut exister de nouveaux modes de production écologique vertueux et répondant aux besoins de développement humain sans des politiques industrielles fortes. 

 

A voir aussi : 

La conclusion des états généraux du numérique

Le débat sur la révolution numérique avec Pierre Laurent et Bernard Stiegler

 

 

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