Série - 1936 au jour le jour #21

Publié le 27 mai 2026

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

25/31 mai 1936 (21) 100 000 métallos

Cette semaine de la fin mai 1936, alors que le gouvernement Blum n’est pas encore nommé, le mouvement social (on n’utilisait pas cette expression à l’époque) n’attend pas et passe un cran au-dessus : on va compter 100 000 métallurgistes en grève, « dans un calme parfait », dixit Le Petit Parisien. Toutes les grandes concentrations ouvrières sont concernées, Renault à Boulogne-Billancourt, Citroën. Et ces grèves sont victorieuses. Les acquis sont remarquables : augmentation de salaires (de 3 à 6 francs par jour selon les entreprises), vacances payées, reconnaissance des délégués d’ateliers et du droit syndical, suppression des amendes, paiement des journées de grève. À l’usine Brandt, ils obtiennent la semaine de 40 heures payée 48. Dans la foulée, 1 200 travailleurs des blanchisseries cessent le travail. Sur les chantiers de l’Exposition universelle (qui s’ouvrira en 1937), 10 000 travailleurs du bâtiment vont être augmentés. Une délégation du syndicat des métaux est reçue par le chef du gouvernement (Sarraut) et par le ministre du Travail : on annonce l’ouverture de pourparlers entre les délégués du personnel et le patronat.

C’est sans doute cette mobilisation qui pousse le responsable socialiste Marceau Pivert, leader d’un courant de gauche de la SFIO, à se livrer à une surenchère « gauchiste ». Le 27 mai, il écrit dans le Populaire un article fameux, « Tout est possible », y compris abattre le capitalisme. Réplique immédiate du dirigeant communiste Marcel Gitton, dans l’Humanité du 29 : « Tout n’est pas possible. » Alors que la droite assimile le Front populaire à l’anarchie, dit-il, ce qui est possible c’est l’application du programme du Front populaire, « et nous n’avons nullement besoin qu’on pousse des cris hystériques. (…) Le Front populaire ira de l’avant dans l’ordre, le calme, la discipline et la cohésion de ses rangs. Voilà ce qu’il faut pour la victoire commune. »

« Amnistie ! » : Cette revendication est très présente dans les luttes, amnistie pour les victimes de l’arbitraire patronale, réactionnaire ; amnistie dans l’enseignement. De très nombreux instituteurs, professeurs engagés dans la bataille pour l’école publique, la laïcité ont été victimes de répression (brimades, prison). Une centaine de maîtres ont encore été sanctionnés fin 1934. Parmi les nouveaux élus communistes, on compte des enseignants (Cogniot, Fajon, Barel) : « Ils seront les plus ardents protagonistes de l’amnistie », écrit le quotidien communiste du 27 mai.

À l’international, il est question de Palestine, de la répression féroce exercée par les colons britanniques contre la révolte arabe ; le sujet fait la Une de l’Humanité du 27 mai.

Gérard Streiff

Article publié dans CommunisteS, numéro 1088 du 27 mai 2026.