Le carré rouge Le PCF en hommage aux immigrés de la Résistance FTP-MOI (19)
En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».
Le monument est décoré d’une mosaïque réalisée par Verdiano Marzi en 1989. Une plaque de verre identifie la stèle et sur la dalle sont gravés quelques vers du poème de Louis Aragon :
Strophes pour se souvenir
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes,
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants,
L’affiche qui semblait une tâche de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants.
Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE.
Louis Aragon
La main-d’œuvre étrangère (MOE) est mise en place en 1923 par la CGTU et en 1924 le Parti organise les immigrés par groupes de langue et la main-d’œuvre immigrée en 1932 la MOE devient la MOI.
Elle s’engage activement dans les luttes sociales et antifascistes des années 30. C’est tout naturellement qu’elle prend une part active dans les luttes de 1936, elle joue un rôle essentiel dans l’organisation des brigades internationales et dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, dès 1940.
Très active dans la résistance dans le Nord- Pas-de-Calais avec l’implication des mineurs polonais, elle va être fortement impactée par les vagues de répression des années 41-42.
En 1942, l’Organisation spéciale et les Bataillons de la jeunesse, unités de la résistance armée du PCF et la JC, se regroupent pour former les Francs-tireurs partisans français. En 1943, la MOI y sera intégrée sous le nom de FTP-MOI. Elle va se développer dans les grandes villes, avec par exemple la 35e Brigade FTP-MOI de Toulouse et dans Paris et sa région où les FTP-MOI seront créés dès 1942.
Le nombre et la diversité des coups portés sont importants, attentats sur des sites stratégiques, récupération d’armes, éliminations de militaires ou de personnalités allemandes, retourner des soldats de la Wehrmacht, libérer les prisonniers, hôtels allemands attaqués à la bombe ou à la grenade, bureaux de recrutement incendiés, collabo abattus, camions et trains militaires détruits, formations militaires attaquées : par tous les moyens démoraliser l’occupant et renverser la terreur.
En juillet 1943, Missak Manouchian devient le commissaire technique, puis commissaire militaire des FTP-MOI de Paris.
Constamment pris en filature par la BS2 (brigade spéciale de la préfecture de police spécialisée dans la traque des terroristes, principalement des communistes) les FTP-MOI parisiens vont être totalement démantelés, soixante-huit personnes sont arrêtées dont vingt-une femmes. Manouchian et Joseph Epstein responsable des FTPF d’Ile-de-France sont arrêtés le 16-02-1943.
Manouchian et 22 de ses camarades (L’Affiche rouge) sont arrêtés, « jugés » et condamnés à mort par un tribunal militaire allemand, le 19-02-1943. Vingt-deux d’entre eux seront fusillés le 21-02-1944, Olga Bancic transférée en Allemagne est guillotiné à Stuttgart le 10-05-1944. C’est la fin des FTP-MOI parisiens.
Epstein sera fusillé le 11-04-1944.
Morts pour la France
Gérard Pellois
Article publié dans CommunisteS, numéro 1088 du 27 mai 2026.