International publié le 15/12/2020

[CN] Venezuela - Intervention de Cécile Dumas

Intervention de Cécile Dumas à l'occasion du Conseil national du 12 décembre 2020.

Le titre du rapport est « quel calendrier de travail du parti en 2021 pour relever les défis de la période ? »

C’est en effet une question importante et je vais partir de là pour vous parler rapidement de notre mission d’observatrices du processus électoral du Venezuela avec Rosa Moussaoui que nous venons de vivre. Une mission, hyper encadrée pour des motifs sécuritaires.

Nous avons rencontré le PSUV, nos camarades du PCV évidemment, ainsi que des artistes, des journalistes, des enseignants, des habitants de Caracas, des ministres.

Le défi de la période en France comme à l’étranger demande en effet du temps, du dialogue avec beaucoup de forces politiques, de mouvements citoyens, de mouvements sociaux, d’associations, de collectifs, d’observateurs pour ne pas faire de raccourci dans les analyses politiques et la situation du peuple vénézuélien.

L’analyse du scrutin électoral du 6 décembre ne saurait se résumer au seul commentaire du score du Pôle patriotique, coalition constituée par le PSUV pour ces élections législatives. Je ne vais pas me livrer ici à une analyse détaillée des résultats mais vous livrer d'abord quelques observations factuelles.

D’après les résultats d’aujourd’hui, le PSUV disposerait de plus de 90% des membres de la nouvelle Assemblée nationale. Mais je dois signaler qu'à cette heure, les résultats affichés sur le site du Conseil national électoral (CNE) sont différents de ceux qui nous ont été fournis officiellement le lundi 7 décembre et sur la base duquel le PGE et le PCF ont produit leurs communiqués de presse.

Pour la première fois, le PCV présentait des candidatures en dehors de la coalition gouvernementale en raison de son désaccord de fond avec ce qu'il perçoit comme, je cite, « une dérive libérale et autoritaire » du PSUV, du gouvernement Maduro. Les privatisations de secteur stratégique comme l’eau, les grandes firmes agro-alimentaires sont au cœur de ces désaccords et du débat politique démocratique que les communistes vénézuéliens entendaient porter dans la campagne électorale.

La Loi dite « Anti-blocus » d'août 2020 permettant la cession des ressources vénézuéliennes au capital étranger avec possibilité d’anonymat est particulièrement contestée par le PCV car elle autorise la privatisation des sols et des ressources publics sans aucune transparence alors que ce pays subit comme d’autres le fléau de la corruption généré par la crise économique et sociale.

Pour le PCV dont la campagne a avant tout porté contre les inégalités et les droits des travailleurs tandis que celle du PSUV se focalisait sur l'union du peuple dans sa lutte contre l'impérialisme US, ces privatisations mettent à mal la souveraineté du Venezuela. Plus de 80% des Vénézuélien-ne-s vivent en-dessous du seuil de pauvreté ; la majorité d'entre eux n'a plus accès aux biens de première nécessité, le carburant est rationné. Dans ce contexte économique et social épuisant pour le peuple, le débat démocratique recule dangereusement d'après l'ensemble des rencontres que nous avons eues mais aussi des événements dont nous avons été témoins.

Alors que le PCV en appelait dans sa campagne à l'approfondissement de la révolution bolivarienne initiée par Chavez, au soir du vote, dimanche, 4 militants du PCV, notamment dans la province de Zulia, ont même été arrêtés. Un chaviste ancien militant du PSUV mais resté ferme dans ses convictions chavistes nous a indiqué que les salaires – pour ceux qui en perçoivent encore un – se situent entre 2 à 4 $ par mois alors que certains intermédiaires locaux se gavent en profitant de la privatisation des firmes agro-alimentaires qui fournissent les colis alimentaires aux familles.

Dans son communiqué de presse d'hier, le Parti communiste vénézuélien (https://www.facebook.com/PartidoComunistaVe/) dont le score officiel (2,4%) le 7 décembre faisait pourtant passer de 1 à 6 députés demande maintenant au CNE une révision du calcul des sièges puisqu'il ne serait créditer selon cette commission, au 11 décembre que d’un seul siège – à nouveau.

La crise sociale, économique et même humanitaire – ainsi que la qualifiait Nicolas Maduro lui-même à l'été 2017, ont été considérablement aggravées par les criminelles sanctions économiques imposées par les États-Unis et l’Union européenne à leur suite.

Dans une telle situation, notre responsabilité est de poursuivre et approfondir nos relations et le dialogue avec toutes les forces de la révolution bolivarienne, PSUV et PCV, pour développer une solidarité effective avec le peuple vénézuélien – sans nous immiscer dans leurs débats internes mais sans, non plus, se réfugier dans une « neutralité » qui consisterait à taire ce que nous ne saurions taire pour nous-mêmes si nous étions confrontés à la même situation. Le peuple vénézuélien recherche une voie politique, pacifique, de résolution de crise ; il a un besoin immédiat qui passe par la levée des sanctions et du blocus, et nous pouvons jouer de ce point de vue un rôle important pour que la France agisse pour mettre un terme à cette politique de « punition collective » qui prive les Vénézuélien-ne-s non seulement de leurs moyens d'existence mais de tout espoir.

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