Extraits du Rapport de Sébastien Laborde

Pour les enseignants, comme pour les agriculteurs et pour le salariat en général, la conscience des causes profondes de la crise qu’ils vivent dans leur métier et la responsabilité du capital sont à faire grandir. L’heure est à la construction de convergences, à une nouvelle unité des classes travailleuses, 1 an après le mouvement des retraites qui a engagé beaucoup de salariés et de fonctionnaires, autour de propositions qui rassemblent parce qu’elles répondent aux besoins, affrontent les intérêts capitalistes, pointent sa responsabilité.

Notre campagne contre la vie chère et contre le coût du capital, sur l’emploi, sur la rémunération et le pouvoir d’achat doit prendre en compte cette double dimension et ouvrir des perspectives de changement réel en France et en Europe.

Au travers des marges de la grande distribution, c’est la question du partage de la valeur ajoutée qui est posée, tout comme au travers du développement des services publics, c’est celle de la part du PIB engagée comme pour l’hôpital et l’école notamment.

La crise appelle bien évidemment à un autre partage de la valeur ajoutée, mais plus profondément une autre orientation de la création de richesses, pour répondre aux besoins de la population et faire face au défi de la transition écologique. Cela appelle dans les luttes à gagner de nouveaux pouvoirs de gestion pour les salariés, les élus et les citoyens et aussi une réorientation du crédit, du rôle des banques pour relever les défis de la transformation de l’appareil productif et le développement des services publics.

Notre campagne déterminée contre la vie chère s’inscrit dans cette ambition et a maintenant atteint une ampleur remarquable, comme en témoignent les nombreuses initiatives entourant notre pétition sur le pouvoir d’achat. A ce jour, grâce à l’engagement des fédérations, nous avons recueilli des dizaines de milliers de signatures, preuve de l’impact et de la pertinence de nos propositions qu’il s’agisse de l’indexation des salaires sur l’inflation, d’une augmentation significative des salaires et des pensions, ainsi que de l’adoption de politiques équitables en matière de taxation et de fixation des prix.

Aujourd’hui, nous passons à une nouvelle étape de cette campagne avec l’opération « Vérité sur les salaires ». En invitant les citoyennes et citoyens à partager leurs bulletins de paie, nous pouvons illustrer le fossé grandissant entre les bénéfices du capital et les revenus du travail, sur lesquels pèse le coût du capital. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que les dividendes versés aux actionnaires ont presque doublé, passant de 51 milliards en 2018 à 97 milliards en 2023, le nombre croissant de travailleurs percevant le smic témoigne d’une précarité profondément enracinée et en augmentation constante.

Nous rappelons avec cette pétition que ceux qui sont au cœur de la production des richesses de notre pays ne peuvent plus vivre dignement de leur travail, écrasés par des salaires insuffisants et une inflation incessante.

Voilà le message que nous porterons cet après-midi devant Matignon.

Et cette opération est bien plus qu’un simple geste symbolique. C’est un appel à intensifier notre action en direction de la population, de celles et ceux qui luttent en particulier et à l’approche des élections européennes alors que c’est la première préoccupation de nos concitoyens et que leur vote en juin se fera aussi au travers de l’appréciation des réponses que les différentes listes apporteront à cette question.

Cela nous invite à pousser les feux sur ces questions, ne soyons pas en-dessous, notre campagne contre la vie chère permet la multiplication des prises de contact et le renforcement de notre parti.

Dans ce contexte et c’est mon dernier point, l’extrême droite prospère, partout en Europe et en France notamment. Tout autant par la réussite de sa stratégie que par la faiblesse de la gauche et son incapacité à aborder l’ensemble des sujets avec des propositions cohérentes en phase avec les attentes populaires.

Il nous faut tout à la fois combattre les choix du gouvernement et stopper la progression de l’extrême droite sous peine de le payer cher en juin, en 2026 et en 2027.

Bien entendu, il s’agit de dénoncer le caractère raciste et xénophobe de la loi immigration et le programme du RN, celui de la préférence nationale, des discriminations envers la population étrangère contenues dans le programme du RN.

Mais le combat contre l’extrême droite ne peut rester limité à une lutte au nom de valeurs.

Il faut aussi dénoncer le caractère néolibéral de son programme, en pointant ce que font ses alliés, en Italie avec les privatisations et les reculs de droits sociaux par exemple, et comment il sert en France les intérêts du capital et du patronat, des grands propriétaires s’agissant de l’agriculture, de l’industrie agroalimentaire, de l’enseignement privé, du patronat, comme l’a fait Léon Deffontaines au travers de plusieurs interventions sur les réseaux notamment.

Nous devons dénoncer la nature profondément néolibérale de ses réponses aux exigences sociales sur les salaires, les pensions, les retraites, la Sécurité sociale et l’emploi et aussi en matière de lutte contre les discriminations.

C’est le rôle que s’assigne le groupe de lutte contre l’extrême droite qui s’est mis au travail depuis quelques semaines. Il va mettre à votre disposition avec l’apport des secteurs de travail des fiches thématiques.

Mais il s’agit aussi de prendre en compte le sentiment de déclassement qui touche des catégories nouvelles des classes travailleuses et qui est le levier le plus puissant actuellement pour l’extrême droite.

Il s’agit donc de combattre les divisions malsaines et construites idéologiquement, entre Français et étrangers, entre ruraux et urbains, entre travailleurs et privés d’emplois.

Mais l’abstention ou la montée du RN se nourrissent de la perte de sens par rapport au travail, de la faiblesse du niveau de conscience de la responsabilité du capital sur les crises et la faiblesse de la conscience de la classe travailleuse de sa capacité à dépasser ces crises à partir de réponses à ses propres intérêts.

A ce sentiment de déclassement, le RN répond par l’affirmation de vouloir protéger les salariés français et cela se traduit par l’acceptation de solutions autoritaires, néolibérales qu’incarne l’extrême droite, à l’inverse du néolibéralisme désincarné et technocratique du macronisme. Quand Macron parle au nom de l’évidence, avec mépris, il parle au nom de la classe dominante, tandis que le RN affirme une véritable volonté politique au nom du peuple et de ses intérêts. Les conséquences sont redoutables.

C’est une stratégie électorale « attrape-tout » qui lui permet de faire illusion et de progresser dans toutes les catégories de salariés, mais qui se révèle aussi d’une grande fragilité si l’on la combat bien.

Nous devons considérer l’électorat d’extrême droite comme un agglomérat, un empilement d’électorats aux motifs différents et non à un corpus idéologique homogène et solide dont le seul pilier idéologique serait le racisme.

Comment incarner politiquement de façon progressiste cette traduction politique du besoin de respect, de protection, et d’être entendu ? C’est la question qui nous est posée.

L’avancée du RN interroge notre capacité à mener ce qu’on appelait un “travail de masse”, incluant implantation, nombre, structuration et aussi le rôle des communistes dans les “organisations de masse”, le monde associatif notamment dont on sait qu’il est un rempart puissant contre l’extrême droite à l’échelle de communes, alors que nous sommes à 2 ans des prochaines municipales.

Elle interroge enfin notre capacité à nous adresser au plus grand nombre dans une visée stratégique qui dépasse la seule question des élections. Pas seulement au travers de médias, des réseaux, comme le font très bien Fabien, Léon, Ian et d’autres, mais aussi en s’appuyant sur notre implantation de proximité, en la renforçant dans les entreprises, les quartiers, les villages, dans le rapport direct, humain et régulier, en développant l’action militante de terrain qui est irremplaçable.

Article publié dans CommunisteS, n°982, 7 février 2024.

Le rapport intégral.