International publié le 07/07/2022

Le pouvoir marocain : Une menace pour la liberté, la démocratie et la paix

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Le traitement inhumain des migrants à Melilla est l’image de la brutalité que le pouvoir marocain exerce contre son peuple. L’arrogante assurance de ce régime constitue une véritable menace pour la démocratie et la stabilité régionale.

Le drame des migrants

Le récent drame de Melilla a replacé le Maroc au centre de l’actualité. Le 24 juin, près de 2000 migrants, dont de nombreux Soudanais et Tchadiens, ont essayé d’entrer dans l’enclave. Les forces marocaines et espagnoles se sont acharnées, avec une violence inouïe contre eux, faisant 37 morts.

Cette nouvelle catastrophe migratoire survient alors que Rabat et Madrid viennent de normaliser leurs relations sur le dos des Sahraouis.

Cet évènement n’est pas une nouveauté et à n’en pas douter, il se reproduira. Il résulte essentiellement de l’externalisation du contrôle des frontières. Au gré des conjonctures, Rabat instrumentalise ce dossier à des fins politiques, renforçant ou fermant les yeux sur ces mouvements. Véritable chantage aux migrants, cette politique voulue par l’Union européenne lui revient comme un boomerang au prix de violations des droits humains tout en permettant au Maroc d’engranger 183 millions d’euros et de renforcer son rôle sur la scène internationale.

Cette tragédie traduit également le désespoir des migrants qui ne peuvent plus passer par la Libye et empruntent désormais la voie du Maroc ou le meurtrier chemin des Canaries. Cela montre que le renforcement d’une frontière sans ouverture de voies légales d’accès au territoire européen ne fait que déplacer les routes vers d’autres portes de l’Europe. Il n’y aura pas d’issues sans établir ce droit fondamental de la libre circulation des hommes et des femmes.

Crise sociale et répression

Le cynisme du pouvoir s’exprime avec la même brutalité envers le peuple marocain. Les politiques néolibérales mises en œuvre ont plongé l’économie dans le marasme et la société dans le désarroi. Alors que la croissance est atone, les prix flambent, le chômage et les inégalités ont atteint des proportions inégalées. On estime que 20% de la population vit dans la pauvreté absolue, 40% dans la pauvreté relative et 60% dans la précarité tandis que les couches moyennes se paupérisent rapidement. Les systèmes éducatifs et de santé sont exsangues obligeant les familles à consentir des sacrifices inouïs. La guerre en Ukraine, la sécheresse et les mauvaises récoltes amplifient ces problèmes.

Pendant ce temps, l’affairisme et la prédation sont au cœur de l’État. Le Premier ministre, magnat des hydrocarbures, s’enrichit scandaleusement en réalisant des marges exorbitantes sur les produits pétroliers. Le roi Mohammed VI, son entourage et certaines élites, adeptes de la corruption et du népotisme, mènent une vie somptueuse, accaparant les richesses et dilapidant les ressources du pays.

Face à la montée de la contestation sociale, ce pouvoir a choisi la répression féroce. En 2016, le soulèvement du Rif a fait deux victimes et 400 personnes ont été arrêtés dans des opérations bestiales. Le leader Nasser Zefzafi et ses compagnons Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati et Samir Ighid ont été condamnés à 20 ans de prison.

La justice est instrumentalisée par le pouvoir marocain pour museler les voix dissidentes et la presse, y compris la presse internationale. A cela s’ajoute la surveillance numérique avec le logiciel israélien Pegasus.

Tous les procès sont entachés d’irrégularités, d’atteintes aux droits de la défense, de violation de la présomption d’innocence.

Mais il y a pire. Le pouvoir marocain a renoncé depuis longtemps aux procès politiques dont les accusés sortent souvent grandis pour préférer des accusations qui souillent leur réputation. La diffamation est devenue le principal moyen de pression de la classe dirigeante et du pouvoir pour faire taire ceux qui contestent. Si nul n’est au-dessus des lois et que la lutte contre les violences, notamment celles faites aux femmes, est une priorité, personne n’est dupe. Salir les voix critiques par des affaires de mœurs est désormais la règle pour écraser la liberté d’expression.

Les syndicalistes, les blogueurs, les journalistes comme Taoufik Bouachrine, Soulaimane Raissouni, Omar Radi en ont fait récemment les frais et ont été lourdement condamnés. Ils ont tous en commun d’être des défenseurs des droits n’hésitant pas à critiquer l’oligarchie et le pouvoir. Ils ont été aux côtés des mouvements sociaux, ont dénoncé la corruption, les expropriations foncières, ont apporté leur soutien aux militants du Rif qui croupissent en prison. Comme le rappelait l’historien Mâati Monjib, lui-même condamné à un an de réclusion : « la période actuelle est la plus autoritaire depuis 30 ans ».

La répression montre l’incapacité du régime à convaincre. Le mécontentement gagne l’ensemble des classes sociales et la révolte couve. Si le pouvoir marocain se sent tout puissant pour étouffer les libertés, il entend aussi mener une politique extérieure agressive avec le soutien des États-Unis et d’Israël.

L’alliance entre le Maroc et Israël

La normalisation des relations diplomatiques depuis 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, s’est effectuée avec une contrepartie concédée par D. Trump : la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Depuis, Rabat ignore la répression et ne dénonce plus la colonisation des territoires occupés même si l’opinion publique marocaine reste hostile à cette normalisation et a toujours le cœur qui bat pour la Palestine.

Certes, Rabat entretient des relations anciennes avec Israël qui se sont concrétisées lors de la guerre des sables (1963) et par de nombreux investissements. Mais l’évolution récente reconfigure l’équilibre stratégique du Maghreb.

Les partenariats se multiplient dans l’agriculture, l’industrie, les technologies, la sécurité et la défense. Mais surtout un nouvel axe guerrier regroupant les monarchies pétrolières du Golfe, l’Egypte, les Etats-Unis, Israël et le Maroc se met en place. Mohammed VI a donné des gages en participant à la sale guerre du Yémen. Depuis, Rabat dépense sans compter dans l’achat de drones, de systèmes de défense anti-aériens et antimissiles et renforce sa collaboration militaire avec Israël. Les ministres de l’Etat hébreu se succèdent désormais et menacent directement l’Algérie.

Parallèlement Israël se sert du Maroc pour accroître son influence en Afrique de l’Ouest et obtenir un siège d’observateur au sein de l’Union Africaine.

La question centrale du Sahara occidental

L’occupation illégale du Sahara occidental et le refus d’appliquer les résolutions de l’ONU sur le droit à l’autodétermination du peuple saharaoui par l’organisation d’un référendum est la matrice de tous les problèmes. Or le Maroc a choisi la fuite en avant militaire, diplomatique et répressive.

Rabat a rompu le cessez-le-feu lors d’opérations militaires en 2021 contribuant à la reprise des hostilités. Sur le plan diplomatique, Paris bloque systématiquement toutes les initiatives en faveur de la paix mais devrait subir un revers avec la prochaine décision de la Cour européenne de justice sur les tarifs douaniers préférentiels dont jouissent les produits issus des territoires occupés. La récente décision de l’Espagne de soutenir le plan illégal d’autonomie promu par le Maroc sur le Sahara occidental est également à l’origine de la dégradation des relations entre Madrid et Alger. Cependant, la visite qu’effectue le représentant du secrétaire général de l’ONU Staffan de Mistura pourrait constituer un point d’appui pour la reprise du dialogue sur la base du respect du droit.

Pendant ce temps, Rabat sème la terreur dans les territoires occupés et déploie une énergie sans pareil pour réprimer les militants sahraouis. Récemment, deux militantes Soltana et El Ouara Khaya ont été sauvagement agressées et assignées à résidence avec leur famille. Rabat planifie insidieusement la détérioration des conditions de détentions des prisonniers politiques : isolement, menaces, intimidations, privation de visite, tortures. Le Maroc a été plusieurs fois condamné par le comité contre la torture de l’ONU pour son attitude envers les prisonniers sahraouis.

Cette situation ne peut plus durer. Rabat bafoue les libertés, la démocratie et menace la paix dans la région. Les communistes appellent à amplifier la solidarité avec les démocrates marocains et exigent un changement politique de Paris à l’égard du Sahara occidental qui doit se traduire par le respect du droit international.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF,
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient