International publié le 20/01/2022

Profiteurs de guerre

« Nous sommes en guerre ». C'est avec cette formule grave, solennelle, qu'Emmanuel Macron appelait les Françaises et les Français, lors de son discours télévisé du 16 mars 2020, à faire des « sacrifices », à rejoindre « l'unité nationale » afin de faire face à la pandémie de Covid-19 qui déferlait sur le pays. Une rhétorique martiale rejetée à l'époque par de nombreux observateurs, qui y voyaient à juste titre une menace de restriction abusive des libertés, au nom de la lutte contre l'épidémie, mais qui avait néanmoins un fond de vérité.

Car, comme de nombreuses guerres, celle contre la Covid-19 allait avoir sa chair à canon et ses profiteurs.

Le récent rapport de l'ONG Oxfam vient jeter une lumière crue sur cette réalité1. Sous le titre explicite « Les inégalités tuent », il démontre que, si la pandémie a été source de terribles souffrances pour des milliards de personnes à travers le monde, elle a, à l'inverse, été une aubaine pour les plus riches.

Les chiffres donnent le tournis : la fortune des milliardaires dans le monde a plus augmenté en 19 mois de pandémie qu’au cours de la dernière décennie ; celle des dix milliardaires les plus riches a doublé sur la même période, tandis que 160 millions de personnes tombaient dans la pauvreté. En France également, les cinq plus grandes fortunes ont doublé et possèdent désormais autant de richesses que 40 % de la population du pays.

Pour Oxfam, « cette augmentation est due à la montée en flèche des cours des actions, à l’essor des entités non réglementées, à la montée en puissance des monopoles et des privatisations, ainsi qu’à l’érosion des réglementations et des taux d’imposition sur les sociétés, à la réduction des droits et des salaires des travailleurs et des travailleuses, le tout sur fond d’instrumentalisation du racisme ».

L'enrichissement des milliardaires se construit donc directement contre les intérêts des travailleuses et travailleurs, des couches populaires et des peuples des pays du « Sud ». Le carcan des brevets sur les vaccins, qui a permis à une dizaine de dirigeants d'entreprises pharmaceutiques d'accéder au statut de milliardaires, sont dans le même temps directement responsables de la mort de milliers de personnes dans le monde, et de la prolongation de la pandémie. En France, les 236 milliards supplémentaires accaparés par les milliardaires dans la période auraient permis de quadrupler le budget de l'hôpital public. Et les dépenses d'argent public, déversé sans conditions pour « soutenir l'économie », qui ont grandement profité aux actionnaires, serviront demain de prétexte pour privatiser les services publics et détruire la protection sociale.

La pandémie actuelle montre à la fois l'unicité de l'humanité, qui fait face à des enjeux communs toujours plus cruciaux, et sa profonde division entre groupes sociaux aux intérêts opposés. En décuplant les inégalités, elle met toujours plus en évidence le caractère insoutenable du système capitaliste pour la planète et sa population.

Cette situation montre l'urgence d'une rupture profonde avec les logiques de profit, d'accumulation, d'exploitation et de domination qui régissent aujourd'hui le monde et le mènent à sa perte. Elle appelle à bâtir une autre mondialisation dans l'intérêt des peuples, fondée sur la coopération, le développement partagé, le sauvetage de l'environnement, la promotion des biens communs.

Au plan national, cela suppose de mettre un terme à la subordination des gouvernements successifs aux intérêts de ces « profiteurs de guerre ». Un enjeu qui sera donc à porter avec force dans les mois à venir.

Cyril Benoit
membre du collectif Amérique latin
membre de la commission des relations internationales du PCF

 

1 https://www.oxfamfrance.org/rapports/dans-le-monde-dapres-les-riches-font-secession/