International CommunisteS Publié le 23/11/2022 par PCF

États-Unis : Une vague bleue républicaine évitée, mais quoi d’autre ?

Les élections étatsuniennes de mi-mandat se sont tenues le 8 novembre dernier. Il est désormais possible d’essayer d’en tirer les enseignements les plus marquants, même si les derniers résultats ne sont pas encore connus. La « vague bleue » rêvée par les Républicains n’a pas eu lieu, même si les partisans thuriféraires des idées et pratiques de Trump, le milliardaire porte-drapeau de la « réalité alternative » et du suprématisme blanc américain, sont même plus nombreux dans la nouvelle Chambre.

L’autre grand signe d’espoir est le vote des jeunes, une participation la plus importante depuis 30 ans.

S’il est de « tradition » que les scrutins de « midterm » soient défavorables au Président en fonction, Joe Biden, dont le parti démocrate perd la majorité à la Chambre des représentants, peut se targuer d’un « succès », les pertes étant de loin moins importantes que la moyenne de celles habituelles lors des « midterm ». Ce sont les jeunes, notamment ceux de la « génération Z » nés après 1995, qui ont permis cette résistance.

Les midterms – multiplicité des scrutins

Les Étatsunien·ne·s sont nationalement appelé·e·s aux urnes tous les deux ans. Le chef de l’État est élu tous les quatre ans et le Sénat (100 membres) par tiers tous les deux ans, les députés les 435 membres de la Chambre des représentants doivent se soumettre au vote populaire tous les deux ans. Le scrutin de mi-mandat du 8 novembre dernier est celui qui se tient à la moitié du mandat quadriennal du Président. Il sert traditionnellement de jugement de la politique de la majorité en place.

Ce « contrôle populaire » peut paraître le summum de la démocratie parlementaire, mais il a pour inconvénient de rendre tout·e élu·e particulièrement vulnérable, notamment les nouveaux arrivants pour qui l’apprentissage des modalités complexes de fonctionnement et la tutelle des « anciens », donc de l’appareil du parti, sont des freins redoutables dans ce pays-continent composé de cinquante États fédérés jaloux de leur autonomie.

Les électeurs sont aussi appelés à élire, conjointement avec le scrutin fédéral, selon le cas, leurs assemblées parlementaires d’État, leurs gouverneurs (dans 36 États cette fois-ci), leurs assemblées municipales et leurs maires, une partie de leurs instances judiciaires, leur chef de police et diverses autres instances dans les comtés (que l’on pourrait comparer à nos départements) et communes, comme par exemple les conseils des écoles – élus par les parents d’élèves, etc. C’est aussi l’occasion de référendums sur des questions diverses. Les bulletins de vote – sur papier ou dématérialisés – sont une longue liste de cases à remplir selon son choix. Le vote – ou plutôt la réception officielle des bulletins – a lieu nécessairement – selon un choix datant de 1792 – un mardi entre le 2 et le 8 novembre, jour ouvré et travaillé. Mais le dépôt de bulletins peut aussi être anticipé (dans des boites installées à cet effet) ou par correspondance : des formules souvent utilisées par des salariés et des électeurs éloignés des bureaux de vote, parfois de plusieurs dizaines de kilomètres. C’est ainsi que sur 112 millions de votants, 40 millions avaient déjà voté le dimanche précédant le scrutin. Une même diversité de pratiques concerne la preuve de l’identité de l’électeur, la carte d’identité nationale n’existant pas aux États-Unis. Parfois il s’agit de présenter sa carte d’assurance santé, ou son permis de conduire ou, le cas échéant, toute autre pièce pouvant tenir lieu de justificatif. Cela permet à des États comme le Texas de recourir en toute « légalité » à des pratiques antidémocratiques : la carte d’étudiant n’y est pas reconnue tandis que toute pièce prouvant la propriété d’une arme à feu est, elle, admise…

20 millions de non-inscrits – fractures multiples et accrues de l’électorat

Sur 233,7 millions d’Étatsuniens de plus de 18 ans, 213,7 millions se sont inscrits sur les listes électorales, soit 20 millions de personnes non-inscrites, auxquelles il faut ajouter au moins 4 millions de citoyens privés de droit de vote, soit parce qu’elles sont en prison (environ 2 millions) ou condamnées pour des délits mineurs. 8,3 millions de jeunes ont accédé à la majorité depuis 2020 (4,5 millions de Blancs, 2 millions de Latino-Américains et 1,2 million d’Afro-Américains), 30 % d’entre eux ont voté.

La fracture entre les minorités qui ont majoritairement voté démocrate, et les Blancs, s’est aggravée. Alors qu’ils ne représentaient que 67 % des votants en 2020, 73 % des votants du 8 novembre dernier sont des Blancs, dont 58 % ont voté en faveur du camp républicain. Celle entre femmes et hommes est, elle aussi, importante : alors que 53 % des électrices ont voté pour les démocrates, seulement 42 % des hommes ont fait ce choix.

Les votes latino-américains traditionnellement favorables aux démocrates se sont légèrement érodés : 60 % en 2022 contre 66 % en 2018. Le vote des Afro-Américains (11 % des votants) est allé à 88 % aux démocrates.

63 % des hommes blancs ont voté Républicain ainsi que 53 % des femmes de ce même groupe, tandis que 82 % des hommes et 88 % des femmes afro-américain·e·s ont voté Démocrate.

Une autre fracture se fait également sentir : Les électeurs des villes de plus de 50 000 habitants (31 % de l’électorat) ont voté en majorité Démocrate, 58 % des votes contre 41 % en faveur des Républicains. Ces proportions s’inversent dans les banlieues (52 % des électeurs) avec respectivement 46 et 52 %, et, surtout en ce qui concerne les petites localités et les cités rurales (17 % de l’électorat) avec respectivement seulement 34 % de votes Démocrates et 63 % Républicains.

Ces chiffres sont révélateurs : jamais depuis des décennies les États-Unis ne sont apparus – en tant qu’entité – aussi nettement divisés entre deux camps politiques, une division avec laquelle se conjugue celle entre femmes et hommes. En revanche, une tendance inverse se fait jour en ce qui concerne les jeunes générations et notamment les 18-29 ans : 63 % d’entre eux ont voté Démocrate contre 34 % seulement en faveur des Républicains contre 50 % en 2018. Dans cette tranche d’âge aussi, les jeunes femmes ont voté à 71 % pour les démocrates, alors que seulement 53 % des jeunes hommes en ont fait de même.
Le vote Démocrate est aussi majoritaire chez les 30-39 ans – 54 % contre 43 % – et il devient minoritaire à partir des 40 ans et plus qui représentent 73 % des votants¹.

Celles et ceux que l’on a vu affluer en nombre à partir de l’après-midi du 8 novembre font partie de la génération de ces centaines de milliers de jeunes lycéens qui, en mars 2018, ont marché contre la prolifération mortelle des armes à feu. Ce sont aussi celle de ces millions de jeunes citoyens qui espéraient pouvoir bénéficier de la remise partielle (10 000 dollars) de la dette contractée pour payer leurs études (1 600 milliards de dollars, une bulle aussi dangereuse que celle des subprimes en 2008) décidée par Joe Biden et qu’un juge fédéral – nommé par Trump – a annulée, répondant à une « plainte » d’un comité activé par le géant de la fourniture d’équipements intérieurs « Home Service ». Et c’est cette nouvelle génération qui a crié dans les rues de nombreuses villes, « Black Lives Matter ».

Plus largement, il s’agit aussi des salariés qui se sont battus pour gagner le droit de se syndiquer, chez Amazon, ou encore chez Starbucks.

L’argent, agent électoral tout puissant

La Cour suprême des États-Unis a décidé en 2010 que tout groupe d’intérêt privé, entreprise, banque, etc., pouvaient financer, sans limites, la promotion de programmes politiques. Dans son argumentaire, le juge Anthony Kennedy (nommé en son temps par le président Ronald Reagan) expliquait que les entreprises doivent être considérées comme des personnes et qu’elles ont droit de ce fait aux mêmes libertés individuelles d’expression et de choix politique. On a ainsi ouvert à l’argent sans limites, ce que ce juge a appelé « le marché des idées »².

Les dépenses totales de propagande électorale pour les primaires et les élections de mi-mandat de cette année se sont élevées à 16,8 milliards de dollars – soit 8,9 milliards pour les scrutins fédéraux (Chambre et Sénat) et 7,9 milliards pour les multiples scrutins des États. En 2018, 13,7 milliards avaient été dépensés en campagnes électorales pour les mi-mandat. L’argent a pris un tel poids décisif que ceux des candidats qui défendent des idées et projets véritablement progressistes n’ont d’autre solution que de lancer des appels à dons – entre 1 et 25 dollars en moyenne – sur les réseaux sociaux ou au porte-à-porte de militants.

Il y a là sans doute une des raisons essentielles du fait que les élus démocrates « modérés » (centristes ou même conservateurs) sont proportionnellement plus nombreux par rapport à un électorat souvent plus à gauche qu’eux, que ne le sont les progressistes qui ont déjà eu une difficulté plus importante à passer victorieusement le cap des primaires – face à un puissant « establishment » de parti. Ceci semble fonctionner en partie inversement chez les Républicains où ce sont les plus extrémistes, les plus tonitruants qui sont parvenus à se faire élire lors des primaires. En revanche ce sont les plus camouflés « en complet-veston » qui ont été élus, tout en prônant des politiques aussi conservatrices et réactionnaires.

Les inquiétudes des citoyens

À cela se combine, il ne faut pas l’oublier, le racisme structurel américain qui pousse nombre d’électeurs blancs à préférer des candidats de même « couleur » nonobstant leur choix politique.

Les sondages de sortie des urnes sont révélateurs. 79 % des personnes interrogées ont placé en premier l’inquiétude quant à la situation économique. Certes, le chômage est officiellement à un niveau bas, 4 %. Mais depuis la pandémie, la structure même de l’emploi s’est modifiée : les « petits boulots » se sont multipliés au point qu’il n’est pas rare qu’il faille avoir trois emplois différents à la fois. Les femmes sont les plus touchées par cette crise : plus de 2 millions d’entre elles n’ont pas retrouvé leur emploi d’avant Covid. Dans le même temps de puissantes grèves ont eu lieu ou sont actuellement en cours dans les grandes entreprises, comme ces jours-ci la relance du conflit dans les chemins de fer. Une partie des syndicats ont accepté une hausse des salaires de 24 %, mais ceux notamment des conducteurs de train ont refusé de signer la convention car ils exigent de meilleures conditions de travail et plus que les trois jours de congés payés par an pour raison de santé payés.

La deuxième plus importante des inquiétudes, pour 70 % des Étatsuniens concerne l’avenir de la démocratie. Les appels à la haine de la mouvance trumpienne – notons que 30 % de la population croit effectivement que la présidentielle de 2020 était truquée, et ils sont encore plus nombreux à croire à l’existence d’un pouvoir invisible – le « deep state » – gouverne le pays. Sans compter les autres délires complotistes puissamment alimentés par les réseaux sociaux qui pourrissent les relations sociales. La prolifération des milices d’extrême droite comme celles qui ont envahi le Capitole en janvier 2020, prête à mener des attaques terroristes, la panique entretenue quant à l’existence d’un complot « communiste » mettant en danger le pays lui-même, celui que Trump veux « rendre formidable à nouveau », sont autant de facteurs d’angoisse de masse.

En troisième position, 64 % des sondés s’inquiète de l’état de l’éducation – qui s’est fortement re-ségréguée entre école publique pauvrement financée pour les enfants les plus pauvres et une floraison d’établissements privés privilégiés avec, au nom de la liberté du choix, d’importante aides fédérales ou des États.

63 % des sondés s’inquiètent de l’état de la protection sociale et de la santé. L’ « obamacare », soumettant les assurances privées à des régulations plus strictes n’a que partiellement encadré les dépenses de santé des assurés ; ajoutons à cela le grand désordre qui a présidé à la gestion erratique au gré des choix politiques de la pandémie du coronavirus qui s’est soldée par la mort d’au moins 1 million de citoyens. En 2021, plus de 100 000 personnes sont mortes d’overdose d’opiacés et autres produits plus ou moins frelatés souvent prescrits médicalement en succédané de soins antidouleur trop coûteux pour les patients. L’espérance de vie à la naissance a encore baissé en 2021, passant de 77 à 76,1 ans, la plus forte baisse depuis les années 1920, classant ce pays derrière le Mexique. En France, si l’on a connu une forte baisse avec la pandémie, la reprise de l’augmentation est constante depuis, atteignant 82,5 ans en 2021. La décadence étatsunienne est due, avant tout à la mauvaise qualité de la santé d’au moins un tiers de la population victime d’obésité, de diabète mais aussi des coûts exorbitants des soins notamment hospitaliers et des médicaments et vaccins.

La folle hausse des prix de l’énergie est une source de préoccupation sérieuse pour 61 % des personnes interrogées. Dans un contexte d’une inflation de plus de 8 % (légèrement en baisse ces derniers jours) les prix des carburants – essence et diesel – ont explosé en dix mois (une hausse moyenne de 70 %) dans un pays aux grandes distances où les transports en commun sont peu développés et modernisés. Les États-Unis sont certes autosuffisants en hydrocarbures et gaz depuis l’explosion du nombre de forages par fragmentation, les propriétaires des terrains sont propriétaires de leur sous-sol et le louent aux pétroliers, ce qui a déstabilisé partiellement l’agriculture. Mais dans le même temps, au pays du « marché libre », les pétroliers se sont alignés sur les prix mondiaux.La criminalité violente et la prolifération des armes à feu sont inquiétantes pour près de 60 % des citoyens : Le nombre de victimes mortelles est passé de 33 000 par an en 2018. Il dépasse les 40 000 depuis la mi-septembre de cette année. Près de 80 % de ces décès ont lieu en milieu familial.

Pour 56 % des personnes interrogées (hommes et femmes) la défense du droit à l’IVG est source d’inquiétude (74 % chez les femmes interrogées).
Si la question du contrôle de l’immigration est évoquée par 54 % des interrogé·e·s, elle est devenue un enjeu de confrontation directe entre le « Sud profond » et le Nord. Ainsi, le Texas a transféré plus de 13 000 migrants vers des États (démocrates) du Nord où, jusqu’à présent, ils sont bien accueillis. De son côté, Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, a envoyé un charter d’immigrés au Delaware, l’État de Joe Biden, ainsi que sur l’île de Martha's Vineyard (Massasuchetts), où se trouve la résidence secondaire privée du Président.

Le thème du dérèglement climatique n’a été cité que par 38 % des sondés. Le trumpisme, là encore, a fait des ravages avec le reniement de Cop 21. Outre une certaine « habitude » des tornades et des tempêtes de neige habituelles dans certaines régions, la méconnaissance encore grande des données scientifiques les plus basiques, à laquelle s’ajoutent les contes les plus fantastiques sur l’histoire de la vie sur terre qui pour un tiers de la population est apparue il y a quelques dizaines de milliers d’années seulement, voire seulement il y a 5 000 ans pour les 25 % de personnes adeptes des cultes évangéliques.
Selon les derniers décomptes et projections, il y aura 221 élus républicains et 214 démocrates (avec une marge d’erreur de plus ou moins deux sièges) à la Chambre des représentants. La présidente démocrate de la législature sortante, la toute-puissante Nancy Pelosi, aujourd’hui âgée de 82 ans et élue sans discontinuité depuis 35 ans, troisième personnage de l’État selon la coutume, a démissionné de sa présidence, toute en demeurant députée de Californie.

Quelles colorations idéologiques du Congrès ? Progressistes contre trumpistes

Le constat le plus surprenant tient à la composition idéologique de la nouvelle Chambre et même celle du Sénat. Deux surprises ont contredit les prévisions des « experts ». En premier lieu, le groupe d’élus progressistes à la Chambre des représentants s’est nettement renforcé. Les membres du « Squad » original ont été brillamment réélues. Alexandria Ocasio-Cortez l’a été avec 71 % des voix ; Ilhan Omar a été élu avec 75 % des voix ; Ayanna Pressley avec 85 % ; Rashida Tlaib (la seule élue d’origine palestinienne) 71 %, malgré la campagne calomnieuse et hargneuse menée contre elle par le lobby pro-israélien dominé par les amis du Likoud ; et l’infirmière militante de Black Lives Matter du Missouri, Cory Bush, 73 %. Plus largement, le « Progressive Caucus » de la Chambre dépassera sans doute les cent membres. Au Sénat, Bernie Sanders rejoint par deux compagnons sera sans doute élu en janvier prochain à la tête de la puissante commission sénatoriale de la Santé, de l’Éducation, du Travail et des Retraites (Senate Committee on Health, Education, Labor and Pensions). Des victoires qualifiées de « progressistes » ont aussi été signalées à travers le pays, dans les États du Texas, de l’Illinois, du Michigan, de Floride, d’Hawaï, de Californie, de Pennsylvane et du Vermont. Dans quelques États des référendums ont permis la préservation du droit à l’IVG, le droit de créer des syndicats ou encore la mise en place de mesures en faveur d’un salaire minimum de 15 $ l’heure. Plus étonnant : à l’instar de près d’une moitié d’États de l’Union qui l’ont déjà voté, dans l’Oregon, le Tennessee, l’Alabama et le Vermont, les électeurs ont majoritairement et définitivement « aboli » l’esclavage : le XIIIe amendement de la Constitution l’a certes aboli en janvier 1865 « si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment convaincu ». Ce qui permettra aux détenus dans ces États de refuser le travail forcé ou d’exiger une rémunération.

L’autre surprise concerne le choix des Représentants républicains. Les médias avaient prédit que les partisans affirmés de Trump, ceux qu’on appelle les « deniers » car ils nient la validité de scrutin de 2019 ayant porté au pouvoir Joe Biden perdront des sièges. Or il s’avère que l’on a dénombré 145 « deniers » qui prétendaient que le scrutin de novembre de 2019 avait été truqué par les Démocrates. Ils n’étaient « que » 139 auparavant. Il en va de même au Sénat avec notamment les nouveaux élus de l’Ohio et de la Caroline du Nord. Ceci entre en contradiction directe avec le message de « modération » qu’ont exprimé majoritairement les électeurs, démocrates mais aussi républicains, par le choix de leurs élus.

Ici et là l’on entend déjà évoquer des projets tels la dissolution de la commission d’enquête sur les émeutes du Capitole et le rôle qu’y a joué Trump. On parle aussi de la création d’une commission d’enquête portant sur les liens troubles qu’aurait Hunter Biden, le fils du Président, avec des affairistes ukrainiens et d’une complicité éventuelle de son père. La nouvelle majorité républicaine, même si elle est modeste, pourrait également projeter de casser les grands plans d’investissements sociaux et productifs (Affordable Care Act et Inflation Reduction Act) de Biden, déjà largement écornés par leur complice démocrate au Sénat, Joe Manchin. La capacité de nuisance d’une Chambre républicaine est théoriquement efficace pour bloquer tout projet présidentiel, tant en politique nationale qu’étrangère.

Un autre événement inattendu de ces élections a été la confirmation d’une majorité démocrate au Sénat. Les élus démocrates sont au nombre de 50 face à 49 Républicains et ils espèrent pouvoir faire élire un des leurs en Géorgie d’ici la fin décembre, lors d’un deuxième tour local, une particularité de cet État, aucun des deux candidats n’ayant obtenu la majorité d’au moins 50 % lors du premier tour.La bonne nouvelle est venue de Pennsylvanie où le démocrate John Fetterman, malgré des séquelles d’un AVC, a battu le « docteur » Mehmet Oz, un « denier » star télévisuelle vantant les mérites des médecines dites alternatives, comme une tisane soignant le Covid, à défaut de chloroquine qu’il a prescrite à son ami Donald Trump.Fetterman était le vice-gouverneur de l’État (13 millions d’habitants) et en tant que tel responsable de la commission des grâces. Il a fait de sa petite ville de Bradock (moins de 2 000 habitants) un modèle de justice sociale, contribuant à une baisse importante des crimes et délits. Considéré comme « progressiste » il a effectivement réduit des durées de peines pour des détenus pennsylvaniens. C’est sur ce terrain qu’il a été attaqué par Oz. Lors de l’unique débat avec son adversaire, Mehmet Oz, s’est présenté en compagnie de Maureen Faulkner, la veuve du policier que, contrairement à toute vérité, Mumia Abu-Jamal aurait tué. Une belle mise en scène, utile d’ailleurs aux deux candidats. Jacky Hortaux, animateur du Collectif français « Libérons Mumia », nous a confirmé que « l'alternance politique en Pennsylvanie est une constante sans que cela se traduise par une évolution positive pour Mumia, et cela dure depuis 40 ans. (…) John Fetterman (…) n'est pas un petit nouveau en politique car il est, entre autres, le bras droit du gouverneur de Pennsylvanie en sa qualité de lieutenant-gouverneur. À ce titre, il n'a jamais levé le petit doigt pour Mumia, pas plus qu'il ne l'a fait durant sa campagne électorale. »³ Un autre démocrate a été élu gouverneur, Josh Shapiro. Plus de 312 millions de dollars ont été dépensés en Pennsylvanie pour les campagnes électorales.

Dans deux ans se tiendront des élections générales, dont celle du président des États-Unis. Joe Biden vient de célébrer ses 80 ans et semble vouloir se représenter sans que cela ne soulève l’enthousiasme dans son parti, mais la relève ne s’est pas encore présentée. Chez les Républicains, Trump a déclaré sa candidature, mais une concurrence possible apparaît avec celle de Ron DeSantis, le gouverneur – bien plus présentable et plus jeune que Trump mais aussi réactionnaire et populiste que lui – de l’État de Floride.

Malheureusement, il est un domaine où les choix se ressemblent fortement : la politique internationale, fondée sur la volonté hégémonique, la course aux armements et l’explosive rivalité avec la Chine.

Michel Muller
membre de la commission des relations internationales du PCF

 

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1. Voir le sondage « sortie des urnes » réalisé par la chaîne NBC :
https://www.nbcnews.com/politics/2022-elections/exit-polls
2. « La couleur du marché – racisme et néolibéralisme aux États-Unis », de Sylvie Laurent. Éditions du Seuil, 16 €.
3. www.mumiabujamal.com