publié le 05/03/2019

Au Soudan, bientôt la fin du règne d’Omar el-Béchir ?

Depuis le mois de décembre 2018, les manifestations se succèdent de manière quasi quotidienne dans plusieurs villes du Soudan. Le dictateur soudanais Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans, reste sourd aux revendications. Il a déclenché la machine répressive contre les organisations démocratiques et les partis politiques, et semble vouloir depuis quelques jours faire quelques concessions.

soudan-manif2018-1.jpgDepuis près de trois mois, le Soudan est secoué par des manifestations de rues. Aux revendications initiales contre hausse du prix du pain et des denrées de première nécessité, se sont greffées au fil du temps des revendications de plus en plus politiques. La contestation s'est vite transformée en un mouvement réclamant la chute du dictateur Omar-el-Béchir. Face à cette demande légitime et populaire, le régime soudanais oppose son arme favorite : la répression. Ainsi, selon les organisations de défense des droits humains, plusieurs dizaines de manifestants ont été tués depuis le 19 décembre. Des milliers de manifestants pacifiques parmi lesquels des enfants de moins de 13 ans ont été arrêtés. Des leaders politiques, des avocats, des journalistes et même des médecins sont dans le collimateur des services de sécurité soudanais. Les militants et dirigeants du Parti communiste soudanais (PCS) sont particulièrement ciblés par le puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS). Seize membres du Comité central ont été arrêtés. La presse proche du PCS n’est pas épargnée, la rédactrice en chef et des journalistes d’El Midan ont été emprisonnés. En dépit de la répression, l'Association des professionnels soudanais, qui regroupe notamment des médecins, enseignants et ingénieurs, maintient la pression en appelant à des manifestations quotidiennes à travers le pays.

“La nature du régime et l’échec de sa politique économique poussent de nombreux Soudanais à l’exil”

Face à la persistance du mouvement de contestation, Omar el-Béchir qui règne sans partage sur le Soudan depuis son coup d’État de 1989, souffle comme à son habitude le chaud et le froid. Le 16 février dernier, le comité chargé de réviser la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir, a ajourné sa réunion. Le 22 février, Omar el-Béchir a limogé le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux pour nommer à la tête de 18 régions du pays des militaires fidèles. Il a décrété l'état d'urgence pour un an. Quelques jours plus tard, il a remis temporairement la direction du Parti du Congrès National (al Mo'tamar) qu’il dirige depuis sa création en 1998, à son vice-président Ahmad Haroun, lui-même nommé à ce poste il y a seulement quelques jours. Ce dernier est un cacique du régime. Il est comme Omar el-Béchir, visé par un mandat de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour son rôle présumé dans le Darfour. Toutes ces manœuvres sont le signe d’un régime fragilisé qui se prépare à plusieurs éventualités, y compris celle d’une contestation qui perdure, empêchant Béchir de se représenter. Mais le peuple soudanais malgré la répression brutale, voudrait un autre scénario : la chute du régime lui-même.

soudan-manif2018-2.jpgDepuis le début de la contestation populaire au Soudan, on note le silence assourdissant des États-Unis et de l’Europe. Cette discrétion contraste avec l’agitation déployée contre le Venezuela (pays déstabilisé y compris depuis l’extérieur, contrairement au Soudan). Le silence suscite l’indignation des organisations de défense des droits de l’homme, des démocrates soudanais et de nombreux observateurs. Du côté américain, le rapprochement du gouvernement soudanais de son allié saoudien suffit à ne plus se préoccuper des graves atteintes aux droits de l’homme. Dans ce contexte, quel crédit peut-on accorder aux propos d’un haut responsable US qui a notamment prévenu que l'usage de la "violence excessive" par les forces de sécurité soudanaises pour réprimer les manifestations était inacceptable et pourrait menacer les discussions pour retirer le Soudan de la liste américaine des "États soutenant le terrorisme" ? Ces propos ne visent qu’à se « couvrir » des éventuelles accusations d’indifférence par rapport aux exactions que fait subir le pouvoir soudanais à son peuple.

Même cynisme du côté de la France et de l’Union européenne qui donnent quitus à Omar el-Béchir pour le contrôle des flux migratoires dans la région. Tout est donc permis au dictateur, même si la nature de son régime et l’échec de sa politique économique poussent de nombreux soudanais sur les routes de l’exil…

 

Collectif Afrique
article publié dans CommunisteS du 6 mars 2019

 

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