Après plus d’un mois de mobilisation lycéenne, le gouvernement Lecornu a dû consentir un premier recul. Ses annonces ne répondent que partiellement aux revendications portées dans les blocus. Nous pouvons tirer deux leçons de cette séquence.
La première, c’est que la lutte paie. Le gouvernement a fini par céder. Cette victoire en appelle d’autres. Dès la rentrée, avec le 5 novembre en ligne de mire, poursuivons la mobilisation jusqu’à obtenir gain de cause.
La seconde, c’est que le compte n’y est pas. D’abord, le remplacement annoncé de Parcoursup en 2028 ne change rien au fond. La sélection demeure. Changer le nom ou les règles d’une plateforme ne créera pas de places dans le supérieur et ne mettra pas fin à la sélection sociale. Ensuite, les moyens annoncés sont dérisoires au regard des besoins.
Sébastien Lecornu promet 15 000 places supplémentaires dans le supérieur d’ici à 2028. Nous en demandons 300 000.
Réindustrialiser le pays, même partiellement, exige de former au moins 100 000 ingénieurs et techniciens par an d’ici à 2035.
Le plafond de 28 élèves par classe en seconde ne concernera que la moitié des établissements. Quant aux 4 milliards d’euros annoncés pour rénover les lycées, ils prennent la forme de prêts aux collectivités. On est bien loin d’un plan d’investissement public à la hauteur des enjeux.
En réalité, le gouvernement aura cédé sur ce qui ne lui coûte pas ou peu, le calendrier, la transparence et quelques moyens ciblés. Il ne garantit ni l’accès de tous au supérieur ni la transformation profonde des conditions d’études et d’apprentissage.
Rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’en parallèle, le projet de budget débattu cet hiver prévoit plus de 54 milliards d’euros de coupes budgétaires.
Ce choix n’a rien d’une incohérence, il obéit à une matrice politique. En gouvernant à courte vue, sous les diktats du capital et la pression de la rentabilité immédiate, Macron sacrifie les investissements qui préparent l’avenir.
Et cette logique nous enferme dans un cercle vicieux. Chaque année où l’on prive la jeunesse des moyens de produire davantage et mieux, nous amputons le pays de sa capacité à maîtriser son économie et à investir dans son avenir.
Si les portes de l’université restent fermées, si l’on refuse d’ouvrir les filières d’ingénieurs et d’investir dans la recherche et la formation professionnelle, qui réindustrialisera le pays et produira les richesses qui financeront les budgets de demain ?
En refusant coûte que coûte de faire le pari de sa jeunesse, le gouvernement condamne le pays à l’austérité, à la dégradation permanente et au recul. C’est là un terrible aveu d’échec.
On ne gouverne pas un pays d’une année sur l’autre. Ce dont la France a besoin, c’est de transformations profondes, qui ne seront possibles que si l’on nous donne toute notre place.
Bastien Bonnargent
Article publié dans CommunisteS, numéro 1107 du 4 novembre 2026