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publié le 09/07/2019

Solidaire du peuple iranien - note juillet 2019

Le Moyen-Orient est devenu un champ de bataille dévastateur. Depuis des mois, de nouveaux bruits de bottes se font entendre car les pétromonarchies du Golfe, Israël et les États-Unis ont décrété que l'Iran était devenu une menace existentielle. Des éléments de longue durée expliquent la montée des tensions jusqu'à l'escalade récente.

1. Dynamiques nouvelles et contradictions

* Les facteurs issus de la colonisation ayant permis la confiscation des pays par des élites militaires ou des minorités ethniques ou confessionnelles ne doivent pas masquer les dynamiques récentes. Depuis les années 70, nombre de pays du Moyen-Orient ont connu une croissance économique permettant l'émergence d'une bourgeoisie moyenne puissante. Ils acquièrent progressivement une identité pour devenir des acteurs majeurs régionaux. L'Iran du Shah et dans une moindre mesure l'Arabie Saoudite y étaient les gendarmes de la domination américaine.

* La révolution iranienne (1979), dont le caractère chiite est secondaire, marque une rupture car le pilier régional de l'hégémonie américaine tombe. L'Iran devient une république, suscitant la crainte des monarchies, et un État hostile aux États-Unis et à Israël qu'il faut faire chuter (guerre Iran/Irak). Ce changement de paradigme exclut l'Iran de la communauté internationale mais aussi du champ religieux musulman.
Pour les Américains, ce basculement se traduit par un renforcement de l'alliance avec l'Arabie Saoudite. Pour cet État rentier tout est désormais permis: crédits, armements... mais aussi développement de réseaux extérieurs (diffusion du salafisme) et d'une diplomatie interventionniste.

* Cependant dès l'époque de George Bush, les États-Unis se rendent compte que l'Arabie Saoudite est un pays qui n'est pas encore assez puissant pour renverser le régime des mollahs et contrôler le Moyen-Orient. Après les attentats de 2001, une prise de distance s'opère avec Riyad amplifiée par le repli régional décidé sous Barack Obama. Ce dernier fait le constat de la pérennité du régime et propose un pacte: la levée des sanctions économiques contre le renoncement au nucléaire. Avec cet accord signé en 2015, l'Iran réintègre la communauté internationale, peut envisager son développement économique et est reconnue comme une grande puissance. Israël s'en irrite tandis que l'Arabie Saoudite rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran (2016).

2. Briser l'Iran

* Les logiques d'affrontements ressurgissent avec l'élection de Donald Trump autour d'un pôle cohérent composé de l'Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis, de Bahreïn, de l’Égypte et d'Israël mais où chacun dispose d'une certaine autonomie. Washington rompt l'accord (2018) et instruit un triple procès à l'Iran: insuffisance de l'accord et impasse sur le programme balistique; menées subversives entretenant le terrorisme du Hezbollah et du Hamas; visées hégémoniques en Syrie, Liban, Yémen et Irak.
Pour sa défense, Téhéran évoque les menaces qui pèsent sur sa sécurité avec la proximité des bases américaines ainsi que le surarmement de l'Arabie Saoudite et d'Israël, le respect scrupuleux de l'accord, son engagement contre le terrorisme de Daesh et son absence de volonté hégémonique.

* Le spectre de l’État islamique s'éloignant, les États-Unis et leurs alliés se sont engouffrés unilatéralement dans une logique de puissance destructrice et déstabilisatrice. Un régime de sanctions maximales (interdiction des transactions énergétiques, industrielles, financières) assorties de conditions irrecevables pour retrouver les voies de la négociation privent l'Iran de plus de la moitié de ses recettes budgétaires. D. Trump agit en violation du droit international et impose ses choix au monde par les règles d'extra-territorialité. Par une surenchère de la force, il cherche l'asphyxie économique pour mettre à genoux Téhéran tout en escomptant un soulèvement populaire pour renverser le régime. Il tente enfin de bâtir une "OTAN arabe" coordonnée avec Israël.

* Les sanctions décuplent les conséquences d'une crise endogène (inégalités, corruption, austérité) avec la dévaluation massive du rial, l'inflation, la récession, la fuite des investisseurs et une situation de pénurie qui paupérisent brutalement les populations. Les stratégies de contournement s'avèrent pour l'instant peu efficaces. Les sanctions marquent aussi le durcissement et la militarisation d'un régime contesté par les mouvements sociaux, les démocrates et tous ceux qui rejettent les principes de la république islamique, l'exclusion des femmes, le puritanisme de façade et la violation des droits humains.

3. L'escalade

* Les affrontements sont déjà bien réels. Israël est intervenu plusieurs fois contre le Hezbollah au Liban et en Syrie. L'Arabie Saoudite à la tête d'une coalition est engagée au Yémen et entretient des groupes salafistes en Syrie et au Liban. Le sabotage de navires dans le détroit d'Ormuz, la destruction d'un drone américain au dessus de l'Iran et le bombardement d'une installation pétrolière en Arabie Saoudite constituent une escalade dangereuse. D. Trump a dépêché sur place un nouveau porte-avions, des bombardiers B52, des missiles Patriot, 1000 soldats et a envisagé des frappes avant de se rétracter. D. Trump entretient aussi cette tension pour stimuler les ventes d'armes et donner des gages à sa base électorale avant les présidentielles. Quant à l'Iran, elle poursuit sa politique milicienne qui l'amène à être présente sur plusieurs théâtres d'opérations et annonce un désengagement progressif et réversible de ses obligations nucléaires faute de dividendes économiques et politiques. Le risque d'embrasement est réel.

* La stratégie de D.Trump comporte cependant des fragilités fondées sur une évaluation biaisée du contexte et du rapport de force. Sous B. Obama, une grande partie du monde s'était rangée derrière les sanctions. Depuis la situation s'est complexifiée car Washington impose au reste du monde une politique que la plupart des pays rejettent conscients des risques de chaos. Pour l'instant les menaces ne sont guère suivies d'effets et D. Trump s'agace de son incapacité à faire fléchir l'Iran. Comme B. Obama, il souhaite se replier du Moyen-Orient tout en multipliant les foyers de conflits avec la volonté de peser encore sur les événements. Enfin, le discrédit qui pèse sur l'Arabie Saoudite, en quête d'hégémonie régionale et fer de lance de l'offensive anti-iranienne, ne lui facilite pas les choses.

* Téhéran a déjà montré sa capacité à survivre aux sanctions. En dépit des difficultés, le régime tient car il peut compter sur un appareil sécuritaire solide, un sentiment de résistance permettant aux forces les plus conservatrices d'accroître leur unité et leur force. Même si les États-Unis leur ont fermé toutes les portes de sortie, les Iraniens cherchent à se donner les moyens d'arriver à la table des négociations la tête haute. Ils testent la détermination de D. Trump et font le pari, dans un attentisme un peu désespéré, qu'il n'ira pas au conflit d'autant que les opinions publiques y sont opposées. L'Iran n'acceptera pas l'étouffement de son économie sans réagir en répandant l'instabilité dans le Golfe et chez ses adversaires.

Un statu-quo s'installe, chaque jour plus périlleux et propice à tous les dérapages. Une guerre multiforme risque de s'intensifier sur les fronts iraniens, syriens et libanais alimentant le terrorisme, les crises migratoires et économiques.
La France et l'Union européenne oscillent entre le mutisme et la dénonciation théorique mais dans les faits elles emboîtent le pas des États-Unis. Elles en paieront le prix avec un nouveau recul d'influence dans la région et des pertes de marchés considérables.
Le Parti communiste français condamne la politique américaine et est solidaire du peuple iranien. Il considère que le maintien de l'accord sur le nucléaire est indispensable et rejette le diktat des sanctions devant lequel la France et l'Union européenne ne doivent pas céder. La guerre peut être conjurée par un mécanisme garantissant la sécurité de tous les pays dans la région sous l'égide de l'ONU.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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