International publié le 01/10/2021

À Mexico, une nouvelle vague de l'intégration latino-américaine ?

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Après une interruption de près de quatre ans, la tenue samedi 18 septembre du VIe Sommet de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC), dans la ville de Mexico, est significative d'une nouvelle dynamique dans le continent : après plusieurs années marquées par de profondes tensions politiques et idéologiques, ce sommet semble indiquer une volonté renouvelée de coordination et d'intégration entre les différentes nations de la région.

Réunissant les représentants de 31 États, l'édition de 2021 marquait deux anniversaires symboliques pour le continent : les dix ans du sommet fondateur de l'organisation, qui avait eu lieu dans la capitale du Venezuela alors présidé par Hugo Chávez, et le bicentenaire de l'indépendance du Mexique et de nombreuses républiques latino-américaines (Pérou et pays d'Amérique centrale).

Le président mexicain et hôte de la réunion, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), a dès l'ouverture annoncé les importants objectifs qu'il assigne à l'organisation : « La CELAC peut devenir le principal instrument pour consolider les relations entre nos pays et atteindre l'idéal d'une intégration économique, avec les États-Unis et le Canada, et dans un cadre de respect de nos souverainetés ».

Une claire remise en cause de l'Organisation des États américains (OEA), organisation qui intègre l'ensemble des pays du continent (sauf Cuba) et dont la principale activité est de servir de relais de la politique étrangère du plus puissant d'entre eux, les États-Unis, mais aussi des intérêts des droites latino-américaines. Un rôle qui est apparu avec netteté au cours des dernières années par le soutien actif apporté par son secrétaire général, Luis Almagro, aux tentatives de renversement de Nicolás Maduro au Venezuela et au coup d'État d'octobre-novembre 2019 en Bolivie.

L'échec actuel de ces tentatives de l'OEA ainsi que des organismes créés par divers gouvernements de droite pour servir d'outils de division – notamment le Groupe de Lima, établi en 2017 pour forcer un changement de régime au Venezuela – ainsi que l'élection de présidents progressistes dans plusieurs pays (Mexique, Argentine, Bolivie, Pérou) ont ouvert un espace pour reprendre les efforts entrepris au cours de la décennie précédente sous l'impulsion de dirigeants de gauche.

Cela explique les tentatives de certains gouvernements de droite de saboter la réunion de Mexico – notamment les attaques des présidents du Paraguay et de l'Uruguay contre leurs homologues vénézuélien, cubain et nicaraguayen –, sans réussite cependant.

Les différences et oppositions idéologiques ou politiques n'ont bien sûr pas disparu. Cela n'a d'ailleurs jamais été le but de la CELAC. Malgré tout, l'adoption de la déclaration finale du sommet contient la réaffirmation de principes fondamentaux et qui paraissaient être tombés en désuétude : celui de l'Amérique latine et des Caraïbes comme « zone de paix » fondée sur la résolution pacifique des controverses et la reconnaissance du droit des États à décider de leur propre système politique, économique, social et culturel (art.5) ; l'opposition à toutes les mesures unilatérales de sanctions, désignées comme contraires au droit international (art.20).

Face à la pandémie de Covid-19, de nombreuses interventions ont déploré le manque de coopération entre États de la région, tel le premier ministre du Guyana, Mohamed Irfaan Ali, qui a dénoncé l'existence d'un « nationalisme des vaccins ». Alors que le virus continue de frapper durement de nombreux pays, les participants ont adopté à l'unanimité le « Plan d'autosuffisance sanitaire » proposé par la secrétaire de la CEPAL1, Alicia Bárcena. Celui-ci vise en premier lieu à élaborer des mécanismes communs de réponse à la crise, notamment via la production et la distribution coordonnée de vaccins. La déclaration finale reconnaît à ce titre les réussites obtenues par Cuba dans le domaine et « lance un appel à démocratiser la production et éliminer les obstacles qui rendent plus difficile l'accès juste et équitable aux vaccins contre le Covid-19, en tant que biens publics mondiaux ».

L'histoire récente enseigne que le chemin vers une intégration latino-américaine et caribéenne, émancipée de la tutelle des États-Unis, est loin d'être acquise ou consolidée. Elle est encore fragile et largement conditionnée par les changements politiques à la tête de chaque pays-membre. Pour « enterrer l'OEA », selon les mots de l'actuel président bolivien Luis Arce, et avancer vers des coopérations au bénéfice de peuples égaux et souverains, l'implication de ces derniers sera déterminante, de même que le développement de la solidarité internationale.

Cyril Benoit
membre du collectif Amérique latine du PCF

1 Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes