Le contexte international a pesé lourd sur le XVIIIe sommet des BRICS+1 tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre. Les confrontations impliquant des États membres (Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) ont renforcé les contradictions au sein du groupe dont le poids économique (40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat) et démographique (la moitié de la population de la planète) est un moteur majeur dans l’actuelle recomposition internationale.
En mai dernier, les ministres des Affaires étrangères n’avaient pu se mettre d’accord sur une Déclaration commune bloquée par la guerre contre Téhéran. Surmontant leurs divergences politiques, les Brics+ ont joué à fond la carte du compromis étayé par les 140 points du document conjoint adopté à l’unanimité et dont la ligne directrice exprime une « profonde inquiétude » face à la dangerosité de la situation mondiale. « La sécurité entre tous les pays est indivisible », rappellent-ils, pointant les conséquences concrètes des conflits pour l’ensemble de la planète et en premier lieu les pays émergents.
Les Brics dénoncent ainsi « des répercussions négatives de grande ampleur sur les droits de l’homme, y compris les droits au développement, à la santé et à la sécurité alimentaire, de la population générale des États visés, affectant de manière disproportionnée les personnes pauvres et celles en situation de vulnérabilité, creusant la fracture numérique et exacerbant les défis environnementaux. »
Pour autant, la déclaration se contente d’appeler à la « retenue maximale » au Moyen-Orient et exhorte à la protection des infrastructures civiles et des centrales nucléaires, point d’accord notable compte tenu de la présence simultanée de l’Iran et des Émirats arabes unis. , le groupe a réitéré la nécessité de « redynamiser le système de désarmement, de maîtrise des armements et de non-prolifération ». Et, pour ce faire, le besoin de mettre en œuvre les résolutions relatives à la création d’une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive au Moyen-Orient.
En 2025, militaires américano-israéliennes contre l’Iran. L’extension du conflit a affaibli leur positionnement. Ils ont cette fois réussi à exprimer d’une seule voix leur « vive préoccupation face à l’escalade continue des tensions » dans la région en recourant à un artifice diplomatique : ne pas nommer, et encore moins condamner les agresseurs : les États-Unis.
La situation à Gaza et au Liban a fait l’objet d’une attention appuyée. Le texte réaffirme son soutien à une solution à deux États (Palestine, Israël) dans le cadre des résolutions de l’ONU et condamne le « déplacement forcé » des Palestiniens et toute action susceptible de « légitimer ou de prolonger l’occupation ».
Autre point de compromis : le document ne mentionne pas explicitement la guerre en Ukraine évoquée lors des différentes discussions bilatérales entre dirigeants. Modi a profité de l’occasion pour rencontrer Poutine et renforcer les liens économiques et stratégiques de longue date entre les deux pays, avec pour objectif d’atteindre 100 milliards de dollars d’échanges bilatéraux annuels d’ici 2030. Le sommet a ainsi offert une plateforme pour des entretiens qui semblaient difficilement imaginables il y a encore quelques mois. Le président iranien Pezeshkian et le prince héritier d’Abou Dhabi se sont parlé en tête-à-tête. Autre temps fort de la conférence, l’entrevue entre Xi Jinping et le Premier ministre indien, marquant une étape du lent dégel entre Pékin et New Delhi. Xi effectuait sa première visite en Inde depuis sept ans.
Les Brics se sont retrouvés sur leurs aspirations communes d’un nouvel ordre international multilatéral « plus représentatif et plus équitable ». Ils revendiquent une représentation accrue des pays émergents dans les processus et structures de prise de décisions à l’échelle mondiale et dénoncent « l’imposition de mesures coercitives unilatérales contraires au droit international ». Sans toutefois désigner là encore les responsables des sanctions liées à la pratique illégale de l’extraterritorialité.
Sur le plan financier, les participants sont convenus de développer des systèmes de règlement transfrontaliers et d’élargir l’usage des monnaies locales.
La mise en place d’une monnaie commune n’est pas envisagée à court terme, mais des initiatives sont engagées pour limiter la dépendance aux circuits financiers libellés en dollars.
Le sommet s’est refermé, sans nouvelle extension du groupe des 11 membres à part entière, mais les 10 partenaires seront associés davantage aux travaux et aux initiatives. Parmi les chantiers annoncés : un cadre de coopération logistique pour rendre les chaînes d’approvisionnement plus fiables et résistantes aux ruptures, un système d’alerte précoce commun face aux maladies infectieuses, et une coopération économique et financière accrue. L’accent a été mis sur des partenariats opérationnels : intelligence artificielle, transition numérique, logistique agricole et développement durable. Xi Jinping propose la création d’une « zone BRICS d’IA open source » afin de promouvoir la coopération sur les grands modèles linguistiques, la formation en IA et un écosystème d’IA ouvert.
Une initiative qui sera certainement boostée lors de la prochaine présidence du groupe assurée par la Chine en 2027 ?
Dominique Bari
1.Le groupe comprend formellement le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Indonésie, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. À ce noyau s’ajoutent dix pays partenaires : le Bélarus, la Bolivie, Cuba, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, la Thaïlande, l’Ouganda, l’Ouzbékistan et le Vietnam.
Article publié dans CommunisteS, numéro 1101 du 23 septembre 2026