International publié le 29/04/2021

Algérie : Les prisons se remplissent à nouveau

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Après plusieurs mois de suspension, en raison de la crise sanitaire, le Hirak qui a débuté au début 2019 pour protester contre une nouvelle candidature du président Abdelaziz Bouteflika, a repris de plus belle. Le 23 avril, la 114ème mobilisation a rassemblé des milliers de personnes dans toutes les grandes villes algériennes au milieu de déploiements policiers toujours aussi imposants.Faute d’images retransmises dans les médias aux ordres, personne n’a pu voir et mesurer ce dynamisme et cette vigueur créative retrouvés. Les manifestants ont dénoncé à nouveau ce régime corrompu et réclamé un changement radical de système pour un État civil et non militaire. La dénonciation de la violence, de l’injustice et de l’oppression était également partout présente.

Les nombreuses arrestations et les brutalités policières qui ont émaillé ces rassemblements sont à l’image de la nouvelle vague répressive qui s’intensifie ces dernières semaines en lien avec la reprise de la contestation et la perspective d’élections législatives anticipées en juin.

Le durcissement à l’égard des militants du Hirak a enrichi son répertoire de motifs fantaisistes. Aux traditionnelles accusations d’« atteinte à l’unité nationale » ou « de liens avec l’étranger » s’ajoutent désormais les « infiltrations séparatistes » visant notamment les Kabyles et celle de « terrorisme ». Depuis le début de ce mouvement, près de deux mille poursuites judiciaires ont été entreprises et à ce jour 66 militants sont emprisonnés. Récemment, le journaliste Rabah Karèche de Liberté a été arrêté pour avoir couvert une manifestation de Touaregs dans le sud du pays. Le lanceur d’alerte, Noureddine Tounsi vient d’être condamné à un an de prison. Le « poète du Hirak », Mohamed Tadjadit a été à nouveau incarcéré pour avoir dénoncé, avec d’autres, les mauvais traitements, la torture et les agressions sexuelles commises par les forces de sécurité. Le président de l’association SOS Bab el-Oued, Nacer Meghnine, est en détention provisoire pour activités « criminelles ». A cela s’ajoute la détention de 22 militants actuellement en grève de la faim depuis le 6 avril. Enfin, l’universitaire Saïd Djabelkhir a été condamné à trois ans de prison pour « offense à l’Islam » alors qu’il publiait des travaux sur l’histoire des rites musulmans.

Ce raidissement est en lien avec la volonté d’organiser coûte que coûte une mascarade électorale le 12 juin pour renouveler l’Assemblée nationale. Le pouvoir est hanté par l’abstention qui a sévèrement entaché la crédibilité de l’élection du président Abdelmadjid Tebboune ainsi que le référendum constitutionnel. Le slogan entendu dans les manifestations « Y a pas d’élections ! » présage d’un nouveau fiasco pour le pouvoir.

La tentation est grande pour les dirigeants et les généraux de jouer la carte d’une confrontation avec les Islamistes qui tentent d’infiltrer le Hirak pour couvrir la voix des démocrates algériens. Le mouvement Rachad, en lien avec les Frères Musulmans et la Turquie, s’emploie à détourner les mots d’ordre du Hirak pour blanchir le Front Islamique du Salut (FIS) et le Groupe Islamique Armé (GIA) des crimes qu’ils ont commis afin de les réhabiliter. Comme le dénonce le Mouvement Démocratique et Social (MDS), ce « courant national-populiste » pourrait être un allié potentiel du pouvoir en place pour discréditer le Hirak et préparer une répression accrue.

Le choix d’E. Macron de soutenir le président A. Tebboune, qualifié de « courageux »scandalise la population algérienne et notamment la jeunesse qui rejettent massivement ce « système ». Le choix de « La République en Marche » d’ouvrir un bureau d’information dans les territoires occupés du Sahara occidental est également perçu comme une provocation alors que le Maroc viole le droit international et refuse d’appliquer les résolutions de l’ONU en faveur de l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Une nouvelle phase de contestation s’ouvre en Algérie porteuse d’espoir pour la liberté, la justice et la paix.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient