International publié le 01/10/2021

[NOTE] Allemagne : Elections - 26 septembre 2021

Jour d’élections en Allemagne :
des changements de visages mais aucun changement de politique à attendre

visuel_elections-allemagne.jpg

On votait ce dimanche 26 septembre en Allemagne, et contrairement à ce qui se passe en France, la participation est restée à un niveau élevé pour les différents scrutins :

  • Élections législatives (Bundestag) ;
  • Élections des parlements régionaux dans deux Länder, Berlin et le Mecklembourg-Poméranie ;
  • Référendum à Berlin sur l’expropriation des bailleurs privés et la régie publique des logements récupérés.

Vous trouverez ci-dessous les fiches détaillées concernant les résultats de ces différents scrutins.

Globalement, le SPD fait de bons scores alors que la CDU enregistre ses plus mauvais scores historiques.
La fin de l’ère Merkel et l’envie de changement ont profité au SPD qui revient de loin dans les sondages. L’effet « vote utile » a joué en faveur du candidat SPD Olaf SCHOLZ, au détriment des Verts, mais surtout de Die Linke qui n’atteint pas la barre des 5% et enregistre une cruelle défaite.

Seule consolation pour Die Linke : elle conservera un groupe de 39 députés au Bundestag car elle a obtenu trois mandats directs (2 à Berlin, 1 à Leipzig), ce qui lève la clause des 5% nécessaires pour être représenté au Bundestag. Mais c’est un sauvetage in extremis, insuffisant en tout cas pour pouvoir proposer une coalition « rouge-verte-rouge » au SPD et aux Verts, une telle alliance n’atteignant pas la majorité absolue.

Dans ces conditions, trois options restent possibles pour la future coalition gouvernementale :

  • un gouvernement SPD-Verts-FDP conduit par Olaf SCHOLZ (SPD) ;
  • un gouvernement CDU-Verts-FDP conduit par Armin LASCHET (CDU) ;
  • un gouvernement de grande coalition SPD-CDU conduit par Olaf SCHOLZ (SPD).

SPD et CDU rejettent la troisième option et revendiquent tous deux la chancellerie, ce qui fait des Verts et des Libéraux du FDP les arbitres du jeu et augmente leur pouvoir de faire pression sur les candidats au poste de chancelier.

Quelle que soit l’option qui s’imposera, les visages des dirigeants vont certes changer, mais il n’y a aucun changement de politique à attendre, si ce n’est des inflexions sur tel ou tel aspect (climat, pouvoir d’achat) dans les limites de coalitions où Verts et FDP défendent des points de vue contradictoires.

 

Élections législatives (Bundestag)

Les résultats (chiffres officiels provisoires)

Partis

%

Sièges

SPD 25,7 (+ 5,3) 206
CDU/CSU 24,1 (- 8,8) 196
GRÜNE (VERTS) 14,8 (+ 5,7) 118
FDP 11,5 (+ 0,8) 92
AfD Alternative für Deutschland 10,3 (- 2,2) 83
DIE LINKE 4,9 (- 4,3) 39
Autres 8,7 (+ 3,5) ---

Taux de participation en légère hausse : 76,6 % ( + 0,4% ) / 734 sièges, majorité absolue: 368

Le nouveau paysage politique

Le SPD gagne les élections et la CDU enregistre de lourdes pertes mais les deux partis restent nettement devant les Verts auxquels les sondages avaient prédit une bien plus forte poussée.

En cette fin de l’ère Merkel, le scrutin s’est focalisé autour des deux candidats à sa succession, ce qui a largement profité à Olaf SCHOLZ (SPD) au détriment de Armin LASCHET (CDU). Pourtant, tous deux prétendent à la chancellerie, à la tête d’une coalition avec les Verts et le FDP.

Le nouveau Bundestag comptera 6 partis, Die Linke pouvant conserver un groupe bien que n’ayant pas atteint la barre des 5% nécessaires – ses trois mandats directs remportés à Berlin et à Leipzig ayant pour effet de lever cette clause des 5%.

Pour obtenir la majorité requise de 368 voix au Bundestag, il existe plusieurs possibilités :

  • une coalition SPD-Verts-FDP conduite par Olaf SCHOLZ (SPD) : 416 voix
  • une coalition CDU-Verts-FDP conduite par Armin LASCHET (CDU) : 406 voix
  • la reconduction d’un grande coalition SPD-CDU conduite par Olaf SCHOLZ (SPD) : 402 voix
    (en revanche, une coalition SPD-Verts-Die Linke n’obtiendrait que 363 voix et donc pas la majorité).

Tout dépendra donc des Verts et du FDP qui envisageaient hier soir sur les plateaux de télévision de se rencontrer d’abord à eux seuls avant d’aller voir SPD et CDU.

Die Linke

Les résultats sont très mauvais pour Die Linke même si elle conserve in extremis son groupe au Bundestag. Dans les Länder de l’Est, Die Linke ne fait que 11,2 % (- 6,6 %), à Berlin-Est, elle perd deux de ses quatre mandats directs ; dans les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Ouest, Die Linke n’obtient que 3,7% en perdant la moitié de ses électeurs (- 3,7 %).
Au-delà du vote utile qui a certainement joué en faveur du SPD, les dirigeants de Die Linke ont évoqué des erreurs politiques qu’ils devront s’employer à analyser. Mais le coup est très rude et provoquera des débats internes à l’issue incertaine pour l’avenir de Die Linke.

 

Élections régionales (Abgeordnetenhaus) :
Le SPD reste la 1ère force politique dans le Land de Berlin

Berlin est à la fois une commune, la capitale fédérale de l’Allemagne et aussi une ville-état qui constitue un des 16 Länder de la RFA (il y a 2 autres villes-états constituant un Land : Hambourg et Brème). A Berlin, le parlement du Land ne s’appelle pas Landtag mais Abgeordnetenhaus (chambre des députés). Le gouvernement du Land, présidé par le maire-gouverneur (regierender Bürgermeister), se nomme Senat, les 8 ministres sont des Senatoren.

La coalition sortante, en place depuis 2016 et dirigée Michael MÜLLER (SPD), était une coalition rouge-rouge-verte (SPD-die Linke-les Verts) qui avait succédé à une grande coalition SPD-CDU.

Résultats 2021

Participation électorale en forte hausse: 75,7% (+ 8,8)

Partis

Résultats

Sièges

SPD 21,4 (- 0,1) 39
VERTS 18,9 (+ 3,7) 34
CDU 18,1 (+ 0,4) 33
DIE LINKE 14 (- 1,6) 26
AFD 8 (- 6,2) 15
FDP 7,2 (+ 0,5) 13
Autres 12,4 (+ 3,3) ---

Total des sièges: 160 majorité absolue: 81

Principales caractéristiques du scrutin :

  • Le duel SPD-Verts pour la première place a été remporté par le SPD qui présente une nouvelle candidate à la tête du Land de Berlin, Franziska GIFFEY.
  • Les partis de la coalition sortante font à eux trois 54,3% des voix, avec une progression des Verts. Ainsi confortée, cette coalition devrait être reconduite (99 voix), c’est le souhait des Verts et de Die Linke, même si la candidate SPD veut laisser d’autres options ouvertes, comme une alliance SPD-Verts FDP (86 voix).
  • La CDU reste à un niveau historiquement bas à Berlin et ne profite pas de la baisse de l’Af;
  • Die LINKE résiste bien à Berlin malgré le contexte national défavorable au parti.


La question du logement reste une pomme de discorde entre les partenaires de la coalition sortante : après le succès probable du référendum sur l’expropriation des grands bailleurs privés (plus de 3000 logements) à Berlin, le nouveau gouvernement devra prendre position et agir. SPD et Verts ne sont pas pour l’expropriation alors que Die Linke a fait campagne en faveur du référendum.

 

Berlin :
Référendum sur l'expropriation des bailleurs privés

Résultats définitifs attendus lundi 27 sept. en fin de soirée.

Estimation au vu des premiers dépouillements : le OUI l’emporterait à environ 56%

 

Élections régionales (Landtag)
De Mecklembourg - Poméranie occidentale

Le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale (Mecklenburg-Vorpommern, capitale : Schwerin) est le plus septentrional des Länder issus de l'ex-RDA.

La coalition au pouvoir depuis 3 mandatures (2006-2021) était une « grande coalition » SPD-CDU, dirigée par le SPD. La Ministre-présidente sortante est Manuela SCHWESIG (SPD) qui fut ministre fédérale de la famille en 2013-2017.
A noter que de 1998 à 2006, le SPD avait gouverné le Land avec Die Linke (« coalition rouge-rouge »).


Résultats

Partis

Résultats

Différence 2011-2016

Sièges

SPD 39,6 + 9 34
AfD 16,7 - 4,1 14
CDU 13,3 - 5,7 12
DIE LINKE 9,9 - 3,3 9
VERTS 6,3 + 1,5 5
FDP 5,8 + 2,8 5
Autres 8,4 - 0,2 -

Total des sièges: 79 majorité absolue: 40

  • Impressionnante victoire du SPD et deManuela SCHWESIG qui bénéficie d’une grande popularité personnelle ;
  • Le Landtag comptera 6 partis au lieu de 4 avec le retour des Verts et du FDP ;
  • L’AfD perd des points mais reste à un niveau élevé, au-dessus de la CDU ;
  • CDU et Die Linke perdent en influence face au SPD dominant.

Pour assurer une majorité au gouvernement du Land, le SPD va devoir choisir entre la poursuite de la grande coalition avec la CDU ou une nouvelle alliance avec Die Linke. Il manque une voix pour une alliance majoritaire à deux avec les Verts.

Vu les déboires du parti aux élections fédérales, Die Linke se félicite d’avoir résisté localement et d’être en position d’entrer au gouvernement du Land. Mais elle ne n’y aurait qu’une influence restreinte.

Alain Rouy
membre du collectif Europe du PCF