Appoline de Malherbe vs Bally Bagayoko : qui fait honte à la France ?

Saint-Denis, la ville des Noirs ? Ce sont les propos que l’on a prêté au nouveau maire de la ville Bally Bagayoko. La présentatrice de radio Apolline de Malherbe reprend ces mots le lendemain sur RMC : « alors qu’un de mes confrères vous interrogeait sur la “ville des rois”, vous disiez que c’est aussi la “ville des Noirs”, est-ce que ça, ça compte pour vous ? ». A-t-elle vérifié ces propos ? Pas besoin puisque d’éminentes personnalités politiques de toute confiance certifient avoir entendu cette phrase : Emmanuel de Villiers par exemple, ancien directeur du Puy-du-Fou, Tugdual Denis, « journaliste » à Valeurs Actuelles, l’avocat RN Gilbert Collard, le candidat Reconquête Jean Messiha, etc.

Pourtant cette phrase n’a jamais été prononcée. Le nouveau maire corrigera au micro d’Appoline de Malherbe dès le lendemain : « Ce n’est pas la ville des Noirs, c’est la ville, donc des Rois, et du peuple vivant ».

Collard, Messiha, de Malherbe & consorts ont-ils quelques problèmes d’audition ? Ils n’ont, jusqu’à présent, jamais communiqué sur ce point. Ont-ils pris leurs désirs ou leurs cauchemars pour la réalité ? C’est plus probable. On voit d’ici l’horrible vision nocturne qui les a fait transpiré d’effroi. Un cannibale assis sur le tombeau de Louis XII faisant bouillir sa marmite pour y déguster les os d’Anne de Bretagne. Un autre, probablement affublé d’une ceinture de bananes, dansant sans vergogne sur les gisants de Pépin le Bref et Bertrade de Laon. Un troisième s’enfuyant de la Basilique avec les sceptres et couronnes royales dans son sac… Mars 2026 : on en est donc encore là !

Que penser de tout cela ? On serait tenté de voir là la preuve que la France est raciste.

Mais n’est-ce pas là faire trop d’honneur à Collard, Messiha, de Malherbe & consorts ? En effet, le fils de notaire, la fille d’un propriétaire de manoir du XVIe siècle et le fils de diplomate représentent-ils la France ? La représentent-ils plus que Bally Bagayoko ?

Le maire de Saint-Denis représente plus la France. Comme une grande partie des Français, il vient d’un milieu modeste. Il a probablement connu, plus jeunes, les fins de mois difficiles. Comme sportif, il a rencontré quantité de profils différents de Français. Il partage ce quotidien qui est celui de millions de Français : des Français de Saint-Denis comme ceux de Clermont-Ferrand ou de Vesoul. Collard, Messiha, de Malherbe & consorts, quant à eux, habitent tout simplement sur une autre planète. Ils sur-investissent de façon hystérique les différences de couleur pour faire oublier tout ce que les Français des classes populaires partagent déjà, mais en l’oubliant trop souvent.

Les détracteurs de Bally Bagayoko ne connaissent de la France que ses salons. Ils ne connaissent que la bourgeoisie, classe dont il faut rappeler qu’aux heures sombres, lorsque ses profits étaient en jeu, elle n’a pas toujours brillé par l’amour de son pays. Ce soir-là sur tweeter, ce matin-là à la radio, Collard, Messiha, de Malherbe & consorts ont fait honte à leur pays, honte à la France.

La hauteur de vue face à ce racisme à peine voilé et mélangé au mépris de classe, la réponse calme et digne face à la journaliste qui se croit autorisée à faire la leçon, c’était ce matin-là Bally Bagayoko.

On l’aura compris. Ce nouveau maire bouscule la bourgeoisie raciste. Mais il bouscule en sourdine notre camp notamment lorsqu’il ne reprend pas à son compte le terme « racisé », devenu un totem dans certains secteurs de la gauche. « Ce n’est pas le type de langage que je tiens », préférant se définir comme un « héritier des vagues d’immigration ». Ce qui n’empêche pas des journalistes ou des personnalités de gauche de le penser comme un « élu racisé ». La gauche n’était-elle pas censée cesser de parler à la place des gens ? Comprenne qui pourra !

A la suite de Bally Bagayoko, l’écrivain et dramaturge Alain Foix le dit en ces termes sur lesquelles nous conclurons et qui permettent d'ouvrir le débat :

« Bannir absolument le terme de « racisé » qui impose sur soi une passivité.

Une autre manière de se mettre soi-même des chaînes. Accepter sur soi ce mot, c’est accepter de ne pas être acteur de sa propre destinée. C’est se vivre dans le regard de l’autre. Une forme pernicieuse d’humiliation. C’est dénier le fait d’être acteur d’un mouvement de changement social et culturel.

Bally Bagayoko a raison de refuser l’utilisation de ce terme. Il est par lui-même et son action la preuve qu’il est sujet actif d’une mutation de l’histoire et donc du regard imposé par le passé et non plus l’objet de ce regard. Ne jamais accepter sur soi le regard objectivant, réifiant, quel qu’il soit, même s’il veut être positif.

Ainsi répondit Frantz Fanon à une dame qui disait : « Regarde, il est beau, ce nègre...

- Le beau nègre vous emmerde, madame ! ».

Être fier de soi-même comme acteur de sa vie et comme citoyen à part entière est refuser ce regard et imposer le sien.

Donc refuser d’être « racisé ». »

Florian Gulli
26 mars 2026