Publié le 20/05/2020 par PCF

Ce que nous dit le Covid-19 sur la défense nationale

L’engagement des personnels des armées dans la lutte contre le Covid-19 a été réel. Un quart des transferts de patients en réanimation ont été réalisés par l’Armée de l’air. Le Service de santé des armées (SSA) s’est investi à fond.

Mais cet engagement ne peut cacher la misère en ressources matérielles et humaines de nos armées.

L’Airbus A330-Morphée, de transport de patients en réanimation, n’existe qu’à 2 exemplaires. 50 % des hélicoptères ne sont pas en état de voler faute de moyens. Un seul régiment possède des capacités de nettoyage NRBC (1) et en 5 ans le SSA a été amputé de 10 % de ses effectifs. Les faibles capacités du transport aérien militaire ont fait que le rapatriement de nos concitoyens bloqués à l’étranger et le pont aérien d’importation des masques ont été confiés à des compagnies privées. Les hôpitaux militaires du Val-de-Grâce et de Bordeaux sont restés fermés faute de moyens et de volonté politique.

L’hyper communication gouvernementale, notamment autour de l’hôpital de campagne de Mulhouse, ne fait que masquer que la conception et le format actuel de l’armée française la met dans l’incapacité d’affronter une catastrophe ou un conflit majeur (2).

Le rôle que DGA (3) a joué pour l’homologation de masques, la conception de respirateurs et d’autres équipements, montre la nécessité qu’elle reste publique et ne devienne pas un bureau d’études privé d’ingénierie.

La crise du Covid-19 a montré les limites d’une armée exclusivement professionnelle, formatée pour la projection sur des théâtres extérieurs et dont la logistique est dépendante d’entreprises privées étrangères (4). Cette armée est étouffée budgétairement par l’acquisition de matériels de haute technologie aux coûts prohibitifs et à la maintenance complexe (5).

D’où le besoin d’un autre modèle militaire, libéré de l’OTAN et s’appuyant sur de nouvelles formes de participation de tou·te·s les citoyen·ne·s à l’effort de défense.

Avec plus de 3 800 cas probables (6), l’armée a été fortement touchée par le virus, y compris au Sahel. Si peu de décès sont à redouter, les militaires infectés restent exposés à de possibles lésions pulmonaires. La mise en quarantaine des militaires revenant d’opérations extérieures se déroule dans des conditions scandaleuses. Toute la transparence sur la situation sanitaire des armées, y compris concernant le Charles-de-Gaulle, doit être faite, et chaque soldat doit bénéficier du suivi sanitaire de qualité qui devrait lui être dû.

La ministre des Armées entend utiliser son budget comme « un outil de relance de l’économie française par la commande publique » (7), au profit des industriels de l’armement et au détriment des moyens humains des armées.

La préservation des outils industriels nationaux de notre indépendance est nécessaire, en particulier vis-à-vis des États-Unis, mais elle ne peut se faire en subventionnant des entreprises privées par la commande publique. Il faut un pôle public des industries de défense avec des nationalisations et des remontées de la part de l’État au capital d’entreprises multinationales comme Airbus.

La sortie de l’OTAN, le désengagement d’interventions extérieures, la fermeture de bases à l’étranger, l’arrêt de la privatisation de fonctions de maintenance, de logistique et de formation, permettraient de redéployer des moyens vers les ressources humaines, l’amélioration de la condition militaire. Le choix et la conception de programmes d’armement répondant aux besoins spécifiques de la défense du pays plutôt qu’à l’exportation seraient aussi source d’économie ainsi que l’action pour le désarment nucléaire multilatéral.

Si la crise du Covid-19 n’est pas créatrice d’une nouvelle situation stratégique, elle est un accélérateur de tensions déjà sous-jacentes aux rapports de force mondiaux. La crise de l’OTAN s’approfondit. L’effondrement des prix du pétrole a multiplié les risques de conflits inter étatiques et de guerres civiles. Les velléités annoncées de « démondialisation », de fin du multilatéralisme, de relocalisation sauvage, de protectionnisme sont autant de casus belli en puissance. L’attitude agressive et belliciste des États-Unis, de l’OTAN et suivie par la France vis-à-vis de la Chine, crée une situation très dangereuse pour la paix mondiale. L’énorme dépendance de l’Europe sur le secteur stratégique du numérique vis-à-vis des États-Unis relègue encore plus le vieux continent au rang de colonie numérique des GAFAM.

En 2003, 2 stratégistes chinois diagnostiquaient qu’avec l’exacerbation du capitalisme globalisé, financiarisé et numérisé, nous étions entrés dans l’ère d’une « guerre hors limite, où la distinction entre le champ de bataille et hors de lui n’existe plus. (…) Les espaces sociaux que sont les domaines militaire, politique, économique, culturel et psychologique sont des champs de bataille où l’affrontement entre les forces antagoniques est le plus acharné. La guerre peut être militaire, paramilitaire ou non militaire. Elle peut recourir à la violence ou peut être aussi non violente. Elle peut être un affrontement entre militaires professionnels ainsi qu’un affrontement entre des forces émergentes principalement constituées de civils ou de spécialistes. » (8)

Si cette analyse est exacte, alors la lutte pour la paix ne peut se réduire au seul combat pour le désarmement multilatéral, sauf à être dans la même impuissance que la bulle papale interdisant l’arbalète en 1 139. La lutte pour la paix ne peut être que celle du dépassement radical des rapports sociaux et des modes de production actuels.

En ces temps de la globalisation de la production et des échanges, de la révolution du mariage des bits et des atomes, de la crise des matières premières, des crises climatiques et sanitaires, de la transition énergétique et écologique, une politique de défense assurant la paix et la souveraineté populaire ne se réduit pas à une question militaire. Elle est une affaire de stratégie géopolitique globale. Elle implique de penser éducation, R & D, industrie et technologie, santé, démographie, agriculture, maîtrise et protection des ressources naturelles…

Dans un monde devenu plus ouvert, plus complexe, mais où de nouveaux dangers se conjuguent à de nouvelles solidarités, de nouveaux possibles, les questions de défense, de paix et de guerre, les choix politiques qu’elles impliquent ne peuvent être l’apanage d’une petite « élite » liée au capital, mais doit être l’affaire du plus grand nombre dans le cadre d’un débat démocratique instruit. Pour sa part, le PCF a des propositions à mettre en débat, sur une politique de défense et de protection libérée de l’OTAN, qui assurerait la liberté, l’indépendance des peuples dans un monde de paix et de sécurité collective. 

Yann Le Pollotec, pour la commission Défense nationale-Paix du PCF

 

1. Nucléaire Radiologique Biologique et Chimique.

2. La catastrophe de l’ouragan Irma à St-Barthélémy l’avait déjà montré.

3. Délégation générale de l’armement.

4. Citons notamment la firme ukrainienne exploitant les gros porteurs Antonov.

5. Le fantassin professionnel français lesté de ses 40 kg du système d’arme individuel « félin » au coût de 42 000 € affronte des combattants non professionnels armés de simple AK 47 Kalachnikov à 500 € pièce et équipés de smartphones du commerce.

6. 1 500 confirmés.

7. Déclaration devant l’Assemblée nationale le 12 mai.

8. Qiao Liang, Wang Xiangsui, La Guerre hors limites, Payot et Rivages, 2003.

 

Notre site utilise des cookies qui nous permettent d'améliorer votre navigation et de réaliser des statistiques de visites. En utilisant www.pcf.fr, vous acceptez l'utilisation de ces cookies. En savoir plus