International Publié le 29/09/2020 par PCF

Chypre: Au cœur des enjeux

Le 20 juillet 1974, après l’échec de la tentative de coup d’État des colonels fascistes grecs afin de renverser le président Makarios, la Turquie profitait du contexte pour lancer une vaste intervention militaire meurtrière contre Chypre. Procédant à un nettoyage ethnique, Ankara imposa une partition de l’île, toujours en vigueur, et l’établissement d’une république fantoche, au nord, reconnue par elle seule.

En 2004, Chypre, dans sa totalité, adhère à l’Union européenne tout en demeurant le seul territoire à faire l’objet d’une occupation étrangère. Les espoirs n’ont cependant pas été au rendez-vous car l’UE ne s’est impliquée en rien pour ramener la paix et a imposé, lors de la crise financière de 2012-2013, une ignoble politique d’austérité. La Troïka (FMI, BCE et UE) a opéré des coupes dans les salaires, augmenté la TVA et les cotisations sociales tout en ordonnant des privatisations. Parallèlement, les négociations sous l’égide de l’ONU sont demeurées dans l’impasse en raison notamment des pressions exercées par Ankara pour entraver toutes les issues. L’arrivée au pouvoir de R.T. Erdogan a notablement aggravé la situation, ce qui ne fut pas sans conséquence sur l’exacerbation des nationalismes. Cela n’a pourtant pas empêché les forces progressistes et plus particulièrement AKEL de travailler sans relâche à une réunification dans le cadre d’une union fédérale chypriote qui permettrait tout à la fois de dépasser les clivages ethniques, religieux et linguistiques et aux deux communautés de vivre ensemble. Lors des dernières élections européennes (2019), AKEL a pris une initiative de première importance en désignant un candidat chypriote turc comme tête de liste, l’universitaire Niyazi Kizilyurek. Cette démarche traduit la volonté de parler à tous les Chypriotes et de remettre en cause le statu quo.

À cette occupation se superpose désormais une nouvelle source de tensions avec la découverte de ressources gazières dans les eaux territoriales chypriotes, mais aussi au large d’Israël, du Liban, de l’Égypte et de la Grèce. Si ces réserves sont importantes, équivalentes à celles de la Norvège, elles ne représentent cependant que 15 % de celles du Qatar. Ces gisements dessinent une nouvelle géographie des alliances et des frictions dans une région qui concentre déjà de nombreux conflits. La Turquie, usant de la diplomatie de la canonnière, entend s’approprier par la force ces ressources, en violation de l’accord des Nations unies sur le droit de la mer. Elle a noué un accord illégal avec le gouvernement d’union nationale de F. el-Sarraj (Libye) et lancé des opérations de prospection d’hydrocarbures dans la zone maritime chypriote. Elle a de surcroît empêché, en mobilisant des navires de combat, l’installation d’une plateforme au large de l’île. Si la route vers la production de gaz est encore longue, nécessitant de coûteuses infrastructures et des réseaux d’acheminement, ne garantissant pas pour autant un prix compétitif, Ankara attise les dissensions en Méditerranée orientale. Certes, le contexte de politique intérieure n’est jamais loin. En difficulté, R.T. Erdogan joue de la fibre nationaliste pour consolider son alliance avec les fascistes du MHP. Mais la Turquie entend aussi devenir un hub énergétique et répondre à ses besoins croissants dans ce registre.

Afin de sortir de cette impasse dangereuse, AKEL ouvre une perspective en proposant aux Turcs chypriotes une relance des négociations afin d’assurer un partage de cette richesse dans un cadre fédéral. R.T. Erdogan a déjà opposé son veto en voulant s’emparer des ressources sans réunification. De toute évidence, la diplomatie doit s’imposer et les surenchères militaires sont contre-productives, pouvant provoquer des catastrophes. Il n’y a pas d’autres voies dans ce contexte de durcissement.

Le Parti communiste français appelle à la solidarité et à une mobilisation plus grande pour mettre un terme à l’occupation et pour le respect de la souveraineté chypriote dans un cadre fédéral.

Pascal TORRE
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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