International publié le 07/11/2020

[CN] Réseaux sociaux - Intervention de Yann Le Pollotec

Intervention de Yann Le Pollotec à l'occasion du Conseil national du 7 novembre 2020.

Dans un contexte où le principal vecteur de circulation des informations vraies ou fausses est les réseaux sociaux, une campagne de lynchage en meute a rencontré le chemin d’un homme qui est devenu un assassin et un terroriste islamiste.

Si ce type de campagne de lynchage en meute débouchant sur un assassinat ou un suicide de la victime n’est pas nouveau, ni propre aux réseaux sociaux – on se souviendra de Roger Salengro ou de Jaurès, victimes des campagnes de presse hystériques de l’extrême droite -, il n’en faut pas moins traiter la question des effets pervers des réseaux sociaux avec la contradiction que ce sont les mêmes réseaux sociaux, les mêmes algo qui permettent aux lanceurs d’alerte de jouer leur rôle, je pense à #metoo, aussi à toutes les luttes qui ont été mondialisées.

C’est un paradoxe terrible que d’utiliser un assassinat en raison d’un cours sur la liberté d’expression pour aujourd’hui justifier un retour à la loi Avia d’origine, censurée par le Conseil constitutionnel – qui est loin d’être une assemblée d’islamogauchistes - pour atteinte à la liberté d’expression.

La question n’est pas d’inventer de nouvelles législations toujours plus répressives sur Internet mais de faire appliquer les lois existantes.

Lorsqu’on applique la loi, quasiment dans tous les cas les auteurs des délits sur Internet sont retrouvés. La plateforme Pharos est d’une redoutable efficacité lorsqu’on lui en donne les moyens, ce qui relègue au rang de mythe l’anonymat sur Internet.

D’ailleurs, comme pour Mila, les personnes qui ont agi sur le Net l’ont fait à visage découvert, donnant même leur 06, car les réseaux sociaux, tels qu’ils sont conçus par les algo des GAFA, engendrent la levée des inhibitions, le sentiment de toute-puissance et d’invulnérabilité.

Ces algo sont en effet fondés sur l’économie de l’attention et créer une bulle de confirmation de ses préjugés et de ses phobies personnelles : retenir le plus possible et le plus longtemps possible l’attention de l’internaute, pour collecter de la donnée et valoriser sa régie publicitaire, c’est comme cela qu’ils font leur pognon. Résultat, on valorise le buzz, la violence, le clash, le trash, la haine, la peur, etc.

Plutôt que de mener un combat hors sujet qui revient à donner encore plus les clefs aux GAFA, il faut les taper au porte-monnaie, cassant leur monopole, en imposant l’interopérabilité entre réseaux sociaux, ce qui permettra le développement d’autres plateformes ayant une véritable hygiène de vie humaniste sur Internet.

La fachosphère, de par son ADN, et les islamistes radicaux sont à la pointe du côté obscur des réseaux sociaux, mais il faut constater que ces pratiques se généralisent à toute la société. Elles participent d’une fragmentation d’une société où tout ce qui nous divise devient plus fort que ce qui nous unit. À l’image de la théorie du chaos où un battement d’ailes d’un papillon peut engendrer un cyclone, un simple post ou tweet peut déclencher un emballement viral où on passe de la réprobation argumentée à l’insulte, à l’atteinte à la vie privée, à la sanction professionnelle et aux menaces de mort… et au passage à l’acte.

Un travail de formation et d’éducation au fonctionnement et aux usages des réseaux sociaux s’impose dans toute la société. Les humanités numériques devraient faire partie du bagage culturel de tout citoyen et de toute citoyenne. Ce travail concerne toutes les générations, natifs du digital compris. L’usage régulier d’un outil n’implique ni sa maîtrise, ni la compréhension de son fonctionnement. Les réseaux sociaux sont des outils puissants qui peuvent, faute de maîtrise, conduire au pire contre les autres et contre soi. Il faut apprendre à s’en protéger, à en surmonter l’effet addictif, et à évaluer les interactions entre la place publique numérique et physique.

Après, les phénomènes de haine et de lynchage sur Internet ne sont que le reflet de l’état de la société, même s’ils l’exacerbent, ils renvoient à la misère de la politique et à la dépolitisation.

La lutte contre le confusionnisme, le complotisme, les infox, l’instrumentalisation de l’émotion, et le sentiment erroné que tout se vaut, et qu’il n’existe pas de faits scientifiquement établis, passent par le développement de l’esprit critique, la politisation des enjeux, le débat démocratique instruit, la décision et action collective efficaces.

Le PCF doit jouer tout son rôle dans ce combat.