International publié le 22/04/2022

Combattre les ignorances

Le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle est particulièrement inquiétant. Des millions de voix se sont portées sur les candidats aux idées ultranationalistes, racistes et xénophobes. Si cela conduisait à l'élection de Marine Le Pen, le 24 avril, ce serait particulièrement grave tant pour l'avenir de notre pays que pour ses relations dans le monde. Les conceptions euro centrées – pour ne pas dire : suprémaciste « blanc » – incarnées par Le Pen, Zemmour et compagnie, considèrent toute culture et tout pays « non-Européen » comme « inférieurs » et « dangereux ». L'« Autre » est toujours, pour les extrême droites, une « menace » qu'il s'agit soit de dominer, soit d'éliminer. C'est dire, dans un contexte général de regain des hyper-nationalismes et de guerre en Ukraine, le recul politique que représenterait au plan international la prise du pouvoir par Marine Le Pen en France.

L'idéologie d'extrême droite dans toutes ses variantes conjugue la falsification historique et l'ignorance crasse. Elle encourage le mépris et la méfiance envers la science, la rationalité, la culture ; elle trie et hiérarchise les individus, les cultures, les croyances. Et même, elle cultive les ignorances, si l'on peut dire. Hier, elle glorifiait l'apartheid en Afrique du Sud, aujourd'hui elle défend la colonisation des territoires palestiniens et l'apartheid en Israël. La « paix » ne fait absolument pas partie ni de son vocabulaire ni ses schémas de pensée puisqu'elle encense la guerre, le pouvoir masculin, l'ordre et l'autorité sans droit, la justice du plus fort, la « tradition ».

Il y a plusieurs années maintenant, dans une émission de télévision de grande écoute, le paléontologue Yves Coppens expliquait qu'il était un homme « décoloré », qu'il y a des millions d'années, lorsque les homo sapiens avaient migré depuis l'Afrique, ils avaient petit à petit, au fil de siècles, perdu leur pigmentation en s'établissant dans des contrées moins ensoleillées et plus boisées. Il poursuivait son propos en expliquant pourquoi une partie de la population mondiale a les yeux bridés, en quoi l'environnement, le climat, influent aussi, au cours du temps, sur l'évolution. Yves Coppens, qui consacra son existence à mettre au jour les traces de la fantastique épopée de l'espèce humaine, est pour beaucoup dans la mise en évidence que les êtres humains sont uniques et semblables à la fois.

Ces jours-ci, je repense à lui en achevant ma lecture du livre « Les mots immigrés » écrit par Eric Orsena de l'Académie française et Bernard Cerquiglini, linguiste. Ils rappellent avec pertinence que la langue française est le produit d'une histoire de longue durée, qu'elle a bénéficié et continue de bénéficier de multiples apports d'autres langues et, notamment, de l'arabe, et qu'en définitive, même – et d'abord – en linguistique, cela n'a aucun sens de chercher une langue d'origine, pure ou « de souche » : « Et si les mots émigrés, c'est-à-dire la quasi-totalité des mots de notre langue, décidaient de se mettre un jour en grève ? de prendre la parole, et de nous raconter notre histoire ? Notre histoire, donc. Ce jour-là, les apôtres de la pureté nationale deviendraient muets. Il n'est pas interdit de rêver... »

Alors, courage, commençons déjà dimanche par abattre le cauchemar pour qu'à partir du 25, il ne nous soit pas interdit de rêver de nouveau.

Daniel Feurtet
membre du collectif Afrique du PCF