Lumir Lapray, activiste et autrice, est intervenue à Aulnoye-Aymeries, commune communiste périurbaine située dans une agglomération de 122 000 habitants. Une centaine de personnes ont fait le déplacement dans un territoire où le RN souhaite s’installer durablement.
L’autrice part d’un constat fort. Dans son premier ouvrage, Ces gens-là, elle analyse le sentiment d’abandon, la précarité économique, la disparition progressive des services publics, ou encore le sentiment de déclassement. Habitant dans un village de l’Ain, elle tente de comprendre la raison des habitants de se détourner de la gauche, votant de plus en plus pour le RN. Contrairement à nombre d’essayistes, elle refuse l’idée que ces populations seraient définitivement perdues ou naturellement acquises à l’extrême droite.
Dans son dernier ouvrage, Lumir Lapray présente désormais les moyens à notre disposition pour s’organiser, et les grandes orientations à suivre pour mener les combats en commun. « Le sujet, ce ne sont pas les arguments, mais bien de recréer du lien avec les autres », a-t-elle prononcé lors de cette conférence. Et pour cela, tout passe par l’organisation collective autour d’une action commune, afin de faire grossir les rangs sur le long terme pour obtenir plus de conquis sociaux.
Car oui, nous avons le nombre. Mais le nombre non organisé ne sert à rien, d’où l’importance de refaire de l’organisation collective. Afin d’obtenir de nouveaux droits, nous devons cibler les personnes dans un premier temps et entretenir avec elle des conversations intentionnelles, permettant à la fin d’en ressortir avec l’évidence que le problème majeur n’est pas le collègue qui peut gagner plus ou le patron qui ne rémunère pas assez les salariés.
L’autrice rappelle également que le combat doit être mené syndicalement, car il s’agit de l’outil pour rassembler. Or le capitalisme exacerbé pousse les travailleurs à se mettre en concurrence. Elle prend l’exemple de son territoire, l’Ain, hautement concerné par le désert médical en étant le deuxième plus grand de France. Aujourd’hui, les patients sont unis, non pas pour militer collectivement sur l’obtention de nouveaux médecins, mais sur le principe que certains voleraient la place d’autres.
La seule construction possible encore réalisable ce jour, selon Lumir Lapray, est de penser local plutôt que national. Cela passe par réinvestir les industries avec un seul camarade au parti et qui en amène plusieurs. Penser local et se projeter sur le long terme.
Enfin, et c’était son leitmotiv durant toute la soirée, il faut lutter dans la bonne humeur. Car sans amusement dans une lutte, il y a également peu d’espoir qu’elle puisse grandir et continuer dans la durée. Et surtout, s’adresser aux jeunes, afin de leur montrer que la construction d’une grève générale, ce n’est pas si mal !
Maxime Pol
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Lumir Lapray, Ces gens-là, éditions Payot,
réédition au format de poche, septembre 2026.
Article publié dans CommunisteS, numéro 1107 du 4 novembre 2026