Publié le 10/03/2021 par PCF

Crise du foot : Pour une intervention publique forte

Le 16 février dernier, le gouvernement a reçu une délégation des représentants des clubs professionnels de football qui réclament le soutien de l’État face à une crise financière inédite dans le sport.

Les clubs professionnels demandent à l’État un fonds de solidarité d’urgence, après avoir subi un triple choc : le huis clos réduisant à néant les recettes, le fiasco de médiapro incapable d’honorer les sommes des droits TV négociés dans son contrat et une baisse inexorable du nombre de licenciés dans les clubs amateurs qui n’ont toujours pas repris le chemin des terrains.

La Ligue professionnelle de football estime à plus de 1,5 milliard de perte de recettes et redoute la perspective de dépôt de bilan. Beaucoup de clubs professionnels ont eu recours au chômage partiel, réduit leur masse salariale et renégocié à la baisse les salaires des joueurs professionnels.

Les ministres concernés ont rappelé que les aides de droit commun et les dispositifs de soutien spécifiques ont été mis en place depuis le début de la crise sanitaire : l’accès à l’activité partielle, les prêts garantis par l’État dont le football professionnel a bénéficié à hauteur de 600 M€, mais aussi la compensation de perte de billetterie (dont près de 45 M€ sur 107 au total reviennent au football) ainsi que les exonérations de cotisations sociales. En dehors de l’activité partielle et des PGE, l’aide pour l’année écoulée s’élève à 75 M€ pour le football.

Pas suffisant, estiment les patrons du football qui réclament un prêt garanti par l’État sur huit ans et de nouvelles défiscalisations au titre du « premier spectacle vivant de France » et d’un « patrimoine culturel et économique que l’on ne peut pas laisser partir en fumée » (communiqué de la Ligue professionnelle de football).

Évidemment les amateurs de football peuvent être séduits par leurs arguments. Sauf que les clubs professionnels font appel à l’État sans limite, sans contrepartie et surtout sans se remettre en cause. Une aide de l’État sans contrepartie serait scandaleuse.

Ce sont les clubs eux-mêmes qui se sont mis dans l’impasse en allant vers un statut de société anonyme pour aller vers un modèle entrepreneurial pour une possibilité d’être coté en Bourse. Quant à leurs déficits chroniques, tous les rapports s’y accordent, ils sont principalement dus à l’inflation des salaires et des transferts de joueurs qui sont considérés comme des actifs financiers.

Plusieurs enquêtes démontrent que c’est l’un des marchés les plus dérégulés de la planète, avec une mainmise de la finance et une avancée inquiétante de la corruption et du blanchiment d’argent liées aux paris sportifs. Loin d’être une fatalité, cela résulte de choix politiques. Jusqu’en 1999, les clubs professionnels étaient contraints par des statuts à vocation sportive et liés à la structure associative du club qui détenait au minimum un tiers du capital social. Avec la création d’un statut identique à celui d’une entreprise classique, la société anonyme sportive professionnelle (SASP), la loi a accordé plus de flexibilité aux clubs, l’accès au capital est libre, les dividendes et les indemnités des dirigeants peuvent être versés.

L’objectif est alors de maximiser les profits et d’attirer des investisseurs privés. Dès 2003, les fédérations sportives peuvent céder leurs droits de retransmission télévisuelle aux clubs professionnels qui ont également la possibilité d’être cotés en Bourse depuis 2006. Le rapport d’Éric Besson, « Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français », publié en 2008, décrit un modèle qui souffrirait d’un déficit de compétitivité sportive, d’une part du fait de la faiblesse des actifs immobiliers détenus par les sociétés sportives, d’autre part du fait de la faible participation d’actionnaires à leur capital. Il propose donc « d’aider les clubs à assumer complètement leur mutation vers l’entreprise de spectacle sportif que la compétition économique et sportive exige ». L’objectif est de moderniser les stades pour en faire des lieux dédiés à la rentabilité et de faciliter leur acquisition par les clubs.

Dans la même période, la loi autorise les paris sportifs en ligne et met fin au monopole de la Française des jeux et du PMU. En 2010, la loi sur les agents sportifs autorise les clubs à les rémunérer directement. Les agents deviennent des courtiers et les joueurs ont de moins en moins de prise sur leur carrière. Tous ces choix politiques accompagnent la volonté de certains clubs de se libérer du système fédéral et de la solidarité qui les lie au sport amateur pour se diriger vers un système de ligue privée.

Libérer définitivement ce sport de l’emprise financière nécessite une intervention publique forte, une exigence de démocratie, de transparence et la maîtrise collective des structures d’organisation et de gestion.

Des mesures politiques concrètes doivent être discutées : instaurer des salaires plafond et une échelle des rémunérations, mettre fin au mercato et aux agents maquignons, interdire les paris sportifs, créer une autorité administrative de contrôle de gestion des clubs indépendante des fédérations et des ligues professionnelles. Un club sportif ne devrait plus être géré comme une entreprise, mais comme un organisme relevant d’une mission de service public et répondant à des critères de gestion d’efficacité sociale. Ses acteurs, notamment la structure associative, les éducateurs sportifs et les associations de supporteurs, devraient être au cœur d’un fonctionnement démocratique et citoyen. Pour cela, il faut réviser le statut juridique du club professionnel pour l’inscrire dans une délégation de service public du spectacle sportif, avec ses missions culturelles et sociales.

Enfin, le financement du sport ne peut plus rester dépendant des droits de retransmission télévisuelle, des jeux et des paris sportifs. Il doit reposer sur un autre système, pour lequel toutes les entreprises du pays seraient mises à contribution par des prélèvements obligatoires sur leur valeur ajoutée, comme c’est le cas pour la sécurité sociale ou la formation continue. L’intervention citoyenne et la maîtrise publique nécessitent des moyens que ne permettent pas les sommes consacrées par le ministère des Sports, 0,14 % du budget de l’État ! Menons dès à présent la bataille pour que 1 % du budget national soit consacré au sport : ces 3 milliards d’euros pourraient l’émanciper du marché et répondre aux besoins de développement de toutes les pratiques sportives, dont le financement repose trop sur les familles. 

Nicolas Bonnet, responsable national du collectif Sports et loisirs.

 

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