International publié le 30/09/2022

Dans un monde-poudrière, les obliger à arrêter de jouer avec le feu

visuel_edito.jpg

L'heure est grave et inquiétante. La folie guerrière qui habite les protagonistes du conflit en Ukraine semble de moins en moins trouver de limite.

Le fléchissement militaire russe, et l’obligation de recourir à des mobilisations, la fuite de très nombreux jeunes pour échapper à cette guerre, galvanisent le camp d’en face. Les États-Unis, et l’OTAN, bras armé réanimé par la guerre de Poutine, en profitent pour alimenter davantage le brasier, en enrôlant les gouvernements européens. Au-delà des bonnes affaires qui profitent aux multinationales et au complexe militaro-industriel, le camp occidental cherche à réduire à néant la Russie, c’est-à-dire le peuple russe, quitte à l’humilier. Pris dans des réflexes archaïques aussi vieux et consubstantiels que le capitalisme, chacun joue sa partition guerrière. Mais jusqu’où vont aller les terribles surenchères actionnées de toutes parts dans ce conflit de haute intensité ? Au-delà des postures, l’annonce par des dirigeants russes de la légitimation du recours à l’arme nucléaire n’est pas à prendre à la légère. Cela en dit long sur l‘état du monde-poudrière et l’urgence d’arrêter de jouer avec le feu.

Dans ce contexte, Poutine abat de nouvelles cartes. Il organise ses pseudo référendum pour officialiser la mise sous tutelle russe des territoires occupés, afin que demain, les attaques ukrainiennes relèvent d’une agression contre la Russie. En échec dans cette guerre, il tente de cristalliser la situation à la veille de l’hiver, période qui rendra plus difficile les affrontements, figeant les lignes de front. Les Ukrainiens le savent, qui tentent de pousser au maximum leur contre-offensive.

Mais dans cette violence, avec le passif et les haines accumulés, peut-on imaginer que l’un l’emporte sur l’autre ? Que les troupes russes soient repoussées à leur frontière ? Et quand bien même, cela ne mettrait pas un terme aux dissensions et aux exactions dans le Donbass et le sud de l’Ukraine.

Constatons que le mal est fait. Il couvait d’ailleurs depuis 2014 et le non-respect des accords de Minsk n’a fait que l’aggraver.

Paradoxalement, il existe aujourd’hui, et peut-être plus qu’en première partie du conflit, un chemin pour pousser les uns et les autres à la négociation. Ce que des pays demandent, et non des moindres à l’instar de la Chine ou de l’Inde. Un chemin pour faire taire les armes, pour ouvrir une porte de sortie qu’il faudra de toute façon emprunter, où il n’y aura pas de vainqueur puisque c’est impossible, et où il ne peut pas y avoir d’humilié, pour ne pas refaire les mêmes erreurs de la première guerre mondiale. Où la sécurité et la paix seront à l’ordre du jour en Europe, condition sine qua non pour que le silence des armes soit durable.

Sans aucune complaisance à son égard, il n’y a pas d’autres choix que de parler à Poutine. Mais pas comme l’a fait Macron qui avait raison de le rencontrer, non sans arrières pensées, mais qui ne pouvait sur le fond modifier le cours des choses tant il était englué dans la doxa américaine et de l’OTAN.

Alors qu’il faudrait que la France fasse entendre un son de cloche différent.

Que ça plaise ou non, il faut discuter avec les uns et les autres, quand bien même du sang a été versé et des crimes abominables commis. Mais c’est le principe même de la diplomatie : se parler et agir pour éviter d’autres crimes.

Il faut donc partir de la situation territoriale et militaire qui prévaut actuellement et dont on ne voit pas ce qui pourrait changer fondamentalement dans le rapport de forces, sauf à entretenir une guerre sans fin ou une escalade encore plus dangereuse.

M. Macron qui donne des leçons de morale aux Nations unies peut-il le faire ? Comparaison n’est pas raison, mais dans un tout autre contexte l’État français s’est récemment lui-même rendu coupable d’une annexion d’un territoire appartenant à un pays souverain, les Comores. Après plusieurs décennies de déstabilisation de cet archipel, conjuguées à une politique de différenciation et d’asymétrie dans l’aide économique, la France est arrivée à ses fins : recoloniser Mayotte, la transformer en un département à la suite d’un référendum dénoncé par les Nations unies. Dans ce cas point de guerre. Mais une politique désastreuse pour les Comores, qui se poursuit avec le soutien du président-dictateur en place. Et pour Mayotte, un statu quo impossible. Un avenir incertain et des bombes à retardements sur le plan de la sécurité, des inégalités qui se creusent avec les autres îles. Ce déséquilibre a pour résultat des migrations contraintes qui du fait de la seule réponse sécuritaire (visa Balladur) conduit à la mort de plus de 10 000 personnes dans la mer d’Anjouan devenu le plus grand cimetière marin du monde.

Redécouper les frontières est décidément une entreprise pleine de chances mauvaises.

Face à des dirigeants qui font le choix de la guerre, que faire pour que les armes se taisent ? Voilà la question lancinante. Le seul camp à défendre est celui de la résolution du conflit et de la Paix, d’autant que les puissances qui ont les moyens de faire disparaître l’Humanité sont en conflit ouvert. On ne peut donc pas raisonner comme au siècle passé, ce qui rend caduc et dangereux l’illusion - y compris à gauche - de livraison d’armes. Il faut marteler qu’il n’y aura pas de solution militaire et pas de gagnants.

Parler de la Paix est aussi l’occasion de rappeler que c’est le même système qui conduit à la destruction de l’environnement et du climat, à l’exploitation des hommes, et finalement aux chaos. Les forces du capital s’arcboutent pour empêcher toute alternative et étendre leurs prédations et leurs profits absurdes. Elles continuent d’actionner pour cela les leviers du pire : les guerres, les extrêmes droites politiques et religieuses. La victoire des droites en Italie soutenant la néo-fasciste Meloni avec une partie du patronat accouche d’une bête immonde. Il est plus que temps de convaincre qu’une autre voie est possible.

Dominique Josse
responsable du collectif Afrique du PCF
membre de la Commission des relations internationales