Publié le 29/04/2020 par PCF

Faut-il rouvrir les écoles le 11 mai ?

La crise que nous vivons met en lumière le rôle central de l’éducation dans notre démocratie : pour être pleinement citoyen·ne aujourd’hui, il faut maîtriser des savoirs complexes. Notre société a besoin d’une culture commune de haut niveau pour faire face à cette crise et à celles qui viendront. Les semaines d’interruption scolaire ont permis à de nombreuses familles de prendre conscience de l’importance du service public d’éducation nationale : c’est à l’école, ensemble et accompagnés par des professionnels, que l’on apprend.

En même temps, le leurre de la « continuité pédagogique » a révélé le caractère profondément inégalitaire de notre système éducatif : les inégalités d’équipement sont venues s’ajouter aux inégalités préexistantes (disponibilité, proximité avec la culture scolaire) et les remises sur le devant de la scène. Les franges les plus populaires du salariat et les couches moyennes, que les débats sur l’école avaient régulièrement tenté d’opposer, ont ainsi partagé une expérience commune, qui peut déboucher sur une revendication commune : celle d’un service public d’éducation nationale renforcé, ne déléguant aucun apprentissage aux familles, et réalisant son objectif d’égalité.

Le choix du gouvernement de rouvrir les écoles dès le début du déconfinement, le 11 mai, et la succession de prises de parole floues et contradictoires qui ont suivi, n’ont cependant pas permis à de telles revendications d’émerger. Au contraire, elles nourrissent un débat virulent, à la fois diviseur et anxiogène : faut-il rouvrir les écoles le 11 mai ? Faut-il attendre septembre ? La question permet d’opposer les enseignants et les familles, les parents qui devront retourner au travail et ceux qui pourront faire autrement… En déléguant aux élus locaux la mise en œuvre de la réouverture des établissements, et en laissant aux familles la possibilité de ne pas rescolariser leurs enfants, Macron et son gouvernement refusent de prendre leurs responsabilités.

La crise sanitaire devient alors le prétexte et l’instrument d’une refonte profonde du système éducatif : c’est la stratégie du choc. L’absence de préparation de la réouverture des écoles, la cacophonie gouvernementale contribuent à faire de la rentrée de mai une rentrée au rabais pour les enfants qui n’ont pas d’autre choix. De nombreuses familles affirment déjà qu’elles ne remettront pas leurs enfants à l’école le 11. Et ce sera la même chose en septembre, si nous ne parvenons pas à nous faire entendre d’ici là et à imposer, avec l’ensemble des acteurs de l’éducation, un changement de politique. Ainsi, sous prétexte de crise sanitaire, les familles s’habitueront progressivement à considérer que le service public d’éducation nationale est une solution par défaut, réservée aux familles qui n’ont pas d’autre choix. Tous ceux qui le peuvent iront chercher des solutions ailleurs : dans des établissements privés offrant de meilleures garanties sanitaires, dans les cours à distance ou le préceptorat à domicile… C’est la fin du service public universel et de l’école commune.

Les écoles doivent rouvrir le plus vite possible. Nos enfants en ont besoin : ils sont de plus en plus nombreux à s’éloigner de l’école et de ses apprentissages, au point qu’il sera difficile de les raccrocher. Mais elles doivent rouvrir dans des conditions qui permettent à toutes les familles d’y mettre leurs enfants sans crainte, et à tous les enfants d’apprendre. C’est pourquoi nous proposons un plan d’urgence pour l’éducation qui doit permettre la réouverture des établissements scolaires pour toutes et tous le plus vite possible, la préparation de la rentrée de septembre dans les meilleures conditions possibles, et la mise en route d’une réforme profonde des politiques éducatives, élaborée avec l’ensemble de la société. Ce plan répond à l’urgence sanitaire tout en amorçant la transformation du système éducatif dont notre société a besoin.

Un seul exemple : la sécurité sanitaire des enfants, des personnels et de leurs familles, tout comme la nécessité de raccrocher les élèves après une longue interruption scolaire, exigent la réduction des effectifs, dans l’immédiat et à la rentrée de septembre. Mais qui fera cours à ces groupes de 12 ou 15 élèves ? Et dans quels locaux ? Nous devons affirmer la nécessité d’un plan immédiat de recrutement d’enseignants et de personnels de l’Éducation nationale (augmentation du nombre de places aux concours et titularisation des précaires), assorti d’une relance de la formation continue, pour permettre à ces enseignants de faire évoluer leurs pratiques. Nous devons exiger un plan national d’équipement et de rénovation des bâtiments scolaires, pour que la charge liée à la crise sanitaire ne repose pas sur les seules collectivités locales. Les moyens pour mener ces politiques existent : comme l’hôpital, l’éducation nationale doit faire l’objet d’un investissement massif. C’est là, et pas dans les marchés financiers, que les milliards de la Banque centrale européenne seront utiles !

Marine Roussillon, membre du CEN, responsable collectif Révolution de la connaissance, éducation, enseignement supérieur et recherche.