Publié le 06/05/2020 par PCF

La démocratie face au « ministère de la vérité » macronien

1984 et George Orwell viennent de faire une irruption saisissante dans l’actualité des derniers jours. Dans le roman, Winston Smith travaille au « ministère de la Vérité », appelé Miniver, pour faire correspondre les archives historiques à la version officielle. Dans le même esprit, le gouvernement vient de donner un label de certification « vérité officielle » en désignant des médias (AFP, Libération, Le Monde, France-TV et 20 minutes) qui, pour le pouvoir, ont le mérite de produire des « articles sûrs et vérifiés » en liant ces articles au site du service d’information du gouvernement. Rien de moins.

Bien évidemment, les articles retenus n’évoquent pas le fiasco des masques, les injonctions contradictoires (encore ce week-end entre le ministre de la Santé et l’Élysée sur la mise en quarantaine des personnes venant d’un pays étranger), les approximations, les dissimulations. Des journaux cités, comme Le Monde et Libération, ont réagi en dénonçant un procédé les assimilant à des relais de propagande. Ce n’est pas tout à fait une première en macronie. En février 2019, au cours d’une rencontre avec quelques journalistes, le Président de la République avait exprimé une vision de l’information déjà orwellienne en proposant, au sein du journalisme, une « part » destinée à la « vérification », rémunérée par l’État. Une sorte de tutelle sur ce qui doit être certifié, un service d’information d’État délégué à des journalistes triés par le pouvoir.

Allons plus loin. Nous assistons, au cœur de la crise sanitaire, économique et sociale, à un basculement du régime vers une réponse de plus en plus menaçante pour les droits et les libertés, pour notre vie et nos principes démocratiques. La tentation ne date pas des dernières semaines mais elle s’accélère. La lutte contre l’épidémie devient le prétexte à une concentration inédite des pouvoirs aux mains de l’exécutif, aux ordonnances, au silence du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État, à la mise à l’arrêt de la justice du quotidien, au confinement de la société civile, au recul de l’intervention populaire, à la surveillance et à la verbalisation en lieu et place d’une responsabilité individuelle et collective, à une pédagogie privilégiant le dialogue à la sanction. Il faut aussi évoquer ici la bataille idéologique autour de la notion « d’État ». Un État qui donne l’image d’une véritable dislocation sur La livraison des tests, l’organisation d’un dépistage massif, sur les conditions d’une rentrée scolaire. Après le volontariat des parents, E. Macron a annoncé dimanche celui des maires. Les libéraux pensent enfin pouvoir obtenir les conditions historiques d’un État croupion laissant la main à un partenariat entre le privé et les collectivités territoriales.

Quel équilibre entre sécurité sanitaire et le respect des libertés ?

Cette question essentielle est de nouveau posée cette semaine avec l’examen et le vote au Parlement d’un second projet de loi d’urgence sanitaire. Outre le prolongement de ce régime d’exception jusqu’au 24 juillet, le texte introduit les modalités du traçage des personnes infectées et des personnes avec lesquelles elles auront été en contact. En lien avec les médecins généralistes, les agents de l’assurance-maladie et les laboratoires d’analyses, des « brigades sanitaires » seront chargées de ce contrôle. Si le principe d’un suivi épidémiologique pour lutter contre la diffusion du Covid-19 ne peut être contesté en terme de santé publique, des enjeux, très sensibles, sont posés. La mise en place d’un méga-fichier, sur une durée maximale d’une année, mêlant des informations non-médicales et médicales, en accès libre pour un très grand nombre d’intervenants, qui pourrait être par ailleurs piraté, sans contrôle du Parlement, a provoqué de nombreuses réactions. À l’heure où ces lignes sont écrites, le gouvernement n’y a pas répondu. L’ONU vient d’appeler les pays, par la voix de la commissaire Michelle Bachelet, « à ne pas se servir du pouvoir d’urgence comme d’une arme » et à « respecter l’État de droit ».

Le climat est d’autant plus mauvais et dangereux qu’une très large majorité du pays n’a pas confiance dans Emmanuel Macron et le gouvernement pour lutter efficacement face à l’épidémie. Contrairement à la situation dans d’autres pays européens, la défiance et le rejet suscités par le pouvoir peut inciter ce même pouvoir à actionner le levier autoritaire. Paradoxalement, les enquêtes d’opinion montrent qu’une partie non négligeable de l’opinion publique peut voir dans cette réponse une solution pour « l’après ».

D’où l’urgence à mettre la démocratie au cœur des batailles actuelles et à venir, comme moyen et comme objectif. Car la démocratie est la solution. Voyez les hospitaliers. Qui peut aujourd’hui contester une idée simple qui vient, au cours des dernières semaines, tragiques, de s’imposer. Celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux et les établissements de soin savent comment faire. Au prix d’un engagement total, et bien souvent d’un esprit de débrouillardise pour faire face à la crise sanitaire, en doublant la capacité d’accueil en réanimation, les soignants et les personnels techniques et administratifs doivent devenir les futurs décideurs d’une démocratie sanitaire qui doit maintenant remplacer les responsables d’un immense gâchis. Celui des fermetures de services et de lits, d’une gestion comptable contre la priorité à l’humain. Nous voyons bien qu’il va en être de même sur les enjeux éducatifs où la bataille idéologique est particulièrement aiguisée. Au regard des très graves conséquences d’une déscolarisation qui se prolonge pour les enfants des milieux populaires, l’école doit reprendre le plus rapidement possible, ce qui pose avec force des urgences en termes de sécurité sanitaire, de recrutements massifs, de démocratie, d’évolutions pédagogiques sur les programmes et le temps scolaire. Il existe, sur ces trois points, un arc de rassemblement très large pour une bataille immédiate gagnante.

La solution démocratique peut nous projeter au-delà de nos zones de confort, de nos habitudes et parfois même de nos certitudes. Elle nous conduira à la construction de consensus avec des acteurs avec lesquels nous avons des débats, des divergences, mais avec qui nous pouvons cheminer sur des priorités, des chantiers de transformations pour que l’après ne soit pas le retour à l’avant. Au début du confinement, il était beaucoup question d’un monde plus solidaire et respirable. À l’approche du déconfinement, il est davantage question des « efforts » à engager pour rattraper des points de PIB, pour rembourser la dette, ne pas « décrocher » vis-à-vis de l’Allemagne. Toutes les questions ne doivent-elles pas être mises en débat, instruites à ciel ouvert, à l’échelle de la société tout entière ? Ne faut-il pas rompre avec le confinement d’un débat limité à quelques-uns, sous la forme habituelle et asséchée d’un débat « projet contre projet » ? Nous l’avons vu avec le mouvement des gilets jaunes, la mobilisation de la jeunesse pour le climat, puis avec la mobilisation sociale inédite, dans sa forme et sa durée, sur l’avenir des retraites, il existe dans notre pays des potentialités formidables pour donner force politique à des solutions progressistes pour l’humain et la planète. Une course contre la montre est engagée. Il y a de très belles choses à proposer et à engager.

Olivier Dartigolles

Tribunes publiées dans l’humanité.fr

http://xn--humanit-hya.fr

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