International publié le 17/06/2021

Législatives algériennes : Un cinglant camouflet pour le pouvoir

visuel_legislatives-algerie.jpg

En boycottant massivement les urnes à l’occasion du scrutin législatif convoqué le 12 juin, les Algériens viennent d’infliger un nouveau camouflet au pouvoir en place. Même si la participation annoncée laisse perplexes les observateurs, l’abstention frôle les 77% ! Jamais depuis l’indépendance, le désaveu n’a été aussi fort.

Alors que le mal élu président Abdelmadjid Tebboune avait exhorté les électeurs à se rendre massivement aux urnes, la défiance à l’égard du système s’est amplifiée à l’image de ce qui s’était passé lors de la présidentielle et de la réforme constitutionnelle. L’opposition laïque et de gauche comme le MDS, le FFS ou le RCD avaient stigmatisé cette mascarade électorale.

Cette consultation avait un double objectif : confirmer la reprise en main du pays par les castes rejetées et corrompues mais aussi neutraliser la dynamique du Hirak. Pour ces raisons, la campagne électorale s’est déroulée sous le signe de la peur et de la fureur répressive. Les marches du Hirak ont été interdites tandis qu’une modification du code pénal transforme désormais les manifestants en « terroristes ». Les arrestations se sont multipliées ces dernières semaines si bien que l’on compte actuellement 225 prisonniers politiques issus du Hirak. Afin de frapper l’opinion, la veille du scrutin, une figure du mouvement Karim Tabbou et deux journalistes de renom Khaled Drareni et Ihsan El Kadi ont été emprisonnés.

Ces résultats, sans aucune légitimité populaire, consacrent le retour des partis totalement discrédités. Ainsi le Front de libération national (FLN) arrive en tête suivi des « indépendants » choyés par le pouvoir voire par les islamistes. Ces derniers, issus des Frères musulmans comme le Mouvement pour le salut et la paix (MSP), arrivent en troisième position. Le FLN et les islamistes, aussi rétrogrades les uns que les autres, devraient constituer une alliance sur une base islamo-conservatrice, fossilisant une situation bloquée, afin de tenter de punir le peuple algérien.

Cependant le Hirak est toujours là, il est le contre-pouvoir, il est l’alternative, porteur des espoirs de modernité, de liberté et de justice. Il exige toujours un changement de système, un Etat de droit, une transition démocratique et la reconnaissance de la souveraineté du peuple. Ce mouvement s’inscrit dans la durée et porte l’avenir pour le peuple algérien.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient