International publié le 20/05/2022

Les biens et services médicaux pour tous

visuel_global_health.jpg

Qui n’a en mémoire les déclarations lyriques du deuxième trimestre 2020, en pleine première vague de la pandémie de COVID-19, annonçant des changements inéluctables à venir dans tous les domaines ? « Promis, juré, craché », le monde allait changer de base, nous promettaient à l’unisson nos dirigeants – à l’exception, notable, de Donald Trump trop occupé à traquer le « virus chinois » et à saboter tout multilatéralisme dans la recherche de solutions communes aux défis mondiaux.

L’idée qui faisait le plus large consensus était que embarqués dans la même galère, nous voyions tous l'humanité confrontée à la possibilité de sa disparition. Toutes les énergies devraient être mobilisées pour construire un monde de coopération plaçant la préservation de la vie et le progrès social en son cœur. Nous nous efforcions à la crédulité quand bien même certaines décisions et pratiques nous obligeaient à une autre attitude. L’annonce en avril 2020, par exemple, du maintien du plan de suppression de lits, en échange d'un effacement de ses dettes, pour l'hôpital de Nancy indiquait clairement qu’à la place du « Rien ne sera plus comme avant ! », seriné dans les déclarations présidentielles, il fallait bien comprendre : « Tout change pour que rien ne change » et que la finance – et les Big Pharma – continueraient de dicter leur loi.

30 mois après le début de la pandémie qui, insistons sur cet aspect, continue de faire des nombreuses victimes (en France, on a noté au cours de la semaine du 2 au 8 mai 4 938 nouvelles hospitalisations, 541 nouvelles admissions en services de soins critiques et 592 décès), toutes ces résolutions sont comme des fragments de rêves gardés en souvenir après un réveil brutal. L’agression de la Russie contre l’Ukraine a montré que la sagesse n’avait point visité la « communauté internationale ». Au lieu de créer les conditions d’un dialogue constructif pour la paix, les États-Unis, l’Union européenne et l’Otan entretiennent, en écho à la volonté de Vladimir Poutine, le feu de la guerre. Pas de semaines sans une annonce de milliards de dollars ou d’euros pour entretenir la machine de guerre par des livraisons d'armes à Kiev. Pendant ce temps, les programmes sociaux et les mesures contre le changement climatique à l’échelle mondiale sont sous-financés alors qu'une nouvelle crise mondiale de la faim est à l'ordre du jour.

Avec l'expérience de la pandémie de Covid-19, le renforcement des politiques de santé publique à l’échelle mondiale (Global Health) était à espérer, avec raison. Malheureusement, la gestion de la distribution des vaccins montre que l’on n’en a pas fini avec les logiques des intérêts de courte vue, des Big Pharma et de la finance, à la recherche permanente de bulles spéculatives. Après avoir organisé les inégalités d’accès aux vaccins en achetant plus que de raison les doses disponibles, les pays riches continuent de perturber les systèmes mis en place pour assurer un accès universel à l’immunisation contre la maladie. Au cours de ces derniers mois, 250 000 doses périmées ont été détruites et ce qu'il restait des excédents stockés a été, tout juste avant leur date de péremption, « offert » aux pays à faibles revenus.

Ces « dons » aux pays africains, notamment, et à Covax (l'axe de travail vaccins du dispositif mis en place par l' Organisation mondiale de la santé (OMS) pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 dans le monde) ont créé des perturbations dans les circuits d’approvisionnement et les unités africaines de production. Ainsi, Aspen, la compagnie sud-africaine qui fabrique le vaccin de Johnson & Johnson, va stopper sa ligne de production parce que les pays africains ne lui passent plus de commandes. Certains pays croulent sous le poids de stocks inutiles, c'est-à-dire de doses dont les dates de péremption sont dépassées ou trop proches. Le contexte de méfiance vis-à-vis de la vaccination des populations n’est pas pour arranger les choses. La défiance à l’égard des vaccins a des effets collatéraux de plus en plus alarmants : les programmes élargis de vaccination connaissent des baisses de couverture dans le nombreux pays et le nombre de cas de rougeole, par exemple, recensés à travers le monde, a augmenté de 79 % au cours des deux premiers mois de l’année 2022, par rapport à la même période en 2021.

Dans quelques jours, fin mai, se tiendra à Genève la 75e Assemblée mondiale de la santé (AMS) de l’OMS qui réunira les ministres de la santé des États membres. Il est à espérer que l’occasion sera saisie pour prendre des résolutions recommandant de soustraire les biens et services médicaux des mécanismes du marché et la libre concurrence, et de placer la santé des populations au cœur du progrès humain et social. Quoi qu'il en soit de l'issue de cette réunion internationale, c'est un combat qui reste à mener. Il faudra pour cela sans aucun doute que les peuples donnent de la voix, dans les mobilisations comme dans les urnes. En France, les élections législatives qui se dérouleront peu après les 12 et 19 juin sont l'occasion d'envoyer à l'Assemblée nationale une majorité de représentant-e-s, présenté-e-s par les forces de gauche (NUPES), qui portent l'exigence de faire la santé, du secteur du médicament et de la protection sociale des biens communs mondiaux et universels.

Félix Atchadé
membre du collectif Afrique
membre de la commission des relations internationales du PCF