International publié le 18/06/2021

Mali : malgré l'échec, Macron ne change pas de stratégie

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Depuis 2013, le Parti communiste français et ses parlementaires n'ont cessé d'alerter sur les dangers et le risque d'impasse de la démarche militaire au Mali à travers Barkhane, 42e intervention de la France depuis les indépendances africaines. Les récents propos d'Emmanuel Macron confirment toute la validité de cette analyse. Il fait mine aujourd'hui de découvrir l'ampleur de l'échec mais ne change pas de logiciel. Il met en perspective une « rationalisation » de la politique d'intervention militaire actuelle, sans créer les conditions d'une perspective de départ effectif de nos troupes du Mali. Cette annonce poursuit en cela plusieurs objectifs : mettre la pression sur les autorités maliennes et sous-régionales, répondre à la montée d'un sentiment anti-gouvernement français au Sahel, et faire croire en France à un retrait de nos armées alors qu'en réalité il s'agit d'une reconfiguration, plus discrète et permettant de dégager des moyens pour intervenir dans d'autres régions d'Afrique ou de méditerranée.

Plutôt qu'une énième tergiversation et changement de stratégie décidés en comité restreint, sans réelle concertation, il faudrait au contraire établir un bilan sérieux de notre intervention au Sahel. Car aucune des causes qui ont conduit à la déstabilisation du Mali et de la sous-région n'a été traitée. L'aggravation des conditions de vie des populations dans la sous-région, et l'absence de perspective pour de nombreux jeunes, constituent un terreau favorable à l'expansion de l'obscurantisme et de la criminalité. Tout récemment, le macabre bilan (plus de 160 morts) du massacre de Sohlan au Burkina Faso et l'attaque d'un cantonnement militaire dans le nord de la Côte d'Ivoire montrent, malheureusement, que les entrepreneurs de la violence étendent leur rayon d'action dans toute la sous-région. Regarder lucidement la situation devrait nous conduire à ce que les parlementaires communistes réclament depuis de nombreuses années : un débat parlementaire. Nous proposons de porter d'autres choix pour créer les conditions d'un désengagement effectif avec un agenda de coopération car la sécurisation des conditions de vie est une des clefs pour le terreau des confits et des violences. La réponse ne pourra être que multilatérale, avec l'Union Africaine. La mission des Nations Unies doit être renforcée avec un mandat robuste permettant la protection des populations, avec l'objectif de passer la main aux forces africaines. Les dispositions de l'accord de paix d'Alger doivent être révisées, notamment celles qui risquent au Mali de saper les fondements même d'un Etat central.

Au lieu d'une décision « sortie du chapeau », notre appui militaire devrait être recentré sur le soutien aux armées locales, en retenant la formule d'un comité d'état-major conjoint des forces africaines qui exclue les puissances étrangères au continent. Il faudrait donc mettre en place un agenda précis du départ de nos troupes jalonné de mesures permettant à l'Etat malien de recouvrer l'intégralité de la souveraineté sur son territoire et aux populations d'améliorer leurs conditions de vie.

Collectif Afrique du PCF