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Publié le 08/01/2020 par PCF

Non à la reconnaissance faciale à des fins sécuritaires dans l’espace public

Les logiciels de reconnaissance faciale permettent de repérer sur des images fixes ou animées des structures de visage et de les comparer pour déterminer s’il s’agit de la même personne. Il existe deux types de reconnaissance faciale : l’identification et l’authentification. L’identification consiste à comparer les images de visage dans une foule avec celles d’une personne recherchée afin de l’identifier. Avec l’authentification, il s’agit de comparer l’image du visage d’une personne à un visage de référence mémorisé pour, par exemple, déverrouiller son téléphone.

Si l’authentification relevant de choix personnels à des fins de protéger l’accès à ses appareils, son domicile, son véhicule, son compte bancaire..., ne pose a priori pas de problèmes (1) et est efficace contre l’usurpation d’identité ou les vols, il n’en va pas de même de l’authentification imposée et de l’identification sur la voie publique ou dans l’espace public qui s’appuient sur la combinaison de technologies d’intelligence artificielle exploitant massivement les données du big-data et qui s’apparentent à une capture et une exploitation massive, indiscriminée de données personnelles à l’insu des personnes concernées.

Le Conseil régional de PACA avait autorisé une expérimentation d’authentification par reconnaissance faciale dans deux lycées, financée par l’entreprise américaine Cisco (2). Cette expérimentation a été stoppée par la CNIL, mais l’identification de rue par reconnaissance faciale a été testée lors du carnaval de Nice de 2019.

Un décret a autorisé, malgré l’opposition de la CNIL, la mise en place d’un nouveau moyen d’identification électronique par reconnaissance faciale pour accéder en ligne à nombre de services publics : le système Alicem (3).

Des associations citoyennes comme la Quadrature du Net et la LDH (4) ont porté plainte auprès de la CNIL et du Conseil d’État contre les expérimentations en PACA et contre Alicem. Devant cette résistance, le secrétaire d’État au numérique Cédric O est monté au créneau en appelant à un grand débat (sic) afin de préparer « l’acceptabilité sociale » de la reconnaissance faciale et de légiférer dans la foulée.

Cet activisme de Cédric O est révélateur des liens entre le gouvernement et les industriels du sécuritaire au travers de différents projets. Le projet VOIE (5) porté par Thalès, Morpho ex-Safran sécurité devenue Idemia (6), Deveryware avec la SNCF, la RATP et la Préfecture de police, financé par la BPI, dont l’objectif est le suivi sur la voie publique d’individus et l’analyse de vidéos dans le cadre judiciaire, la CNIL s’étant opposée au traitement des images en temps réel dans l’espace public, et le projet S2UCRE (7) porté par Idemia, Deveryware et la préfecture de police, mené avec l’Allemagne, destiné à la gestion des foules. L’objectif est d’anticiper le comportement des foules, de repérer les comportements suspects et de détecter, localiser les auteurs d’infraction afin de diriger vers eux les forces de sécurité. Pour passer outre les protections légales françaises, un accord d’expérimentation a été conclu avec Singapour (8).

L’objectif des groupes français du sécuritaire est de faire de la France, lors de la coupe du monde de rugby de 2023 et des JO 2024, une vitrine afin d’exporter leur technologie, tout en contrant leurs concurrents américains, israéliens, russes et chinois.

La France est quadrillée par la vidéo surveillance avec plus de 150 000 caméras surveillant la voie publique (9), auxquelles s’ajoutent 1,5 million de caméras surveillant des espaces publics.

La reconnaissance faciale de masse sur la voie publique participe d’un capitalisme de la surveillance, d’une société de la vigilance chère à Macron, avec de nouvelles formes de contrôle social par la transparence absolue, où on repère, on met à l’index, on stigmatise, on rappelle à l’ordre et on sanctionne tout ce qui n’est pas dans la norme ou dans l’hygiène de vie standard.

La reconnaissance faciale de rue pose un problème majeur par rapport au respect des libertés et de la vie privée. Elle est loin, de plus, d’avoir l’efficacité vantée par ses promoteurs. Elle génère un taux important de faux positifs, en particulier pour les hommes non-blancs, les femmes et les personnes en précarité sociale, faisant émerger les biais cognitifs racistes, sexistes et sociaux, des concepteurs de ces systèmes. On fait un pas vers un système global où on peut tout voir, tout entendre, tout analyser automatiquement, en corrélant les données de la vidéo surveillance, du Web, de la géolocalisation, des fichiers de police. On glisse alors vers des concepts et des pratiques de répressions préventives (sic) où on débouchera fatalement sur la recherche systématique de comportements supposés suspects, « asociaux », et de « signaux faibles », plongeant la France dans une société de la surveillance ou l’être humain sera systématiquement le problème et la technologie la solution (10).

Les communistes se battent pour gagner une législation qui ferait de la prohibition de la reconnaissance faciale sur la voie publique la règle, confirmant ainsi l’esprit et la lettre du RGPD (11). L’authentification par reconnaissance faciale serait autorisée lorsqu’il s’agit d’une démarche volontaire de protection de son identité, de ses biens ou de ses données personnelles, ou pour réglementer l’accès à des lieux sensibles ou des installations stratégiques ; mais la loi devrait prohiber par défaut son usage dans l’espace public. La CNIL doit être l’autorité décisionnaire.

Avec plus de 80 organisations dont la Quadrature du Net, la LDH, l’Observatoire des libertés numériques, le SM (12)…, le PCF est partie prenante d’un appel du 19 décembre demandant l’interdiction de la reconnaissance faciale sécuritaire (13). Cet appel, en mettant le débat sur la place publique, a forcé le gouvernement à sortir du bois. Dès le 24 décembre, dans Le Parisien, Cédric O (14) tentait de déminer le terrain, tout en annonçant une expérimentation de reconnaissance faciale sur la voie publique préalable à une loi d’autorisation. Cette fébrilité du gouvernement doit inciter à intensifier le combat, en faisant par exemple inscrire au programme de chaque liste aux municipales auquel le PCF participe l’interdiction sur la commune de la reconnaissance faciale sécuritaire à l’instar de ce qu’a fait la municipalité de San Francisco (sic).

Ce combat politique participe à la prise de conscience de la contradiction antagoniste qui existe entre la démocratie, la liberté et ce qu’est aujourd’hui le capitalisme.

 

Yann Le Pollotec, responsable de la commission révolution numérique du PCF.

 

1. À condition que les données soient bien protégées et non accessibles par des tiers.

2. Fortement liée à la NSA d’après les révélations d’Édouard Snowden.

3. Authentification en Ligne Certifiée sur Mobile.

4. Ligue des droits de l’Homme.

5. Vidéoprotection Ouverte et Intégrée.

6. Advent International fonds financier américain est maintenant le propriétaire d’Idemia.

7. Safety and Security of UrbanCrowded Environnements

8. https://www.nextinpact.com/news/108256-quand-france-se-lance-dans-reconnaissance-faciale.htm

9. Un milliard d’euros d’investissement.

10. Voir à ce propos le projet Indect de la Commission européenne : https://youtu.be/8OQba_yyi8I

11. Règlement général sur la protection des données

12. Syndicat de la magistrature

13. https://www.laquadrature.net/2019/12/19/rf_securitaire/

14. http://www.leparisien.fr/high-tech/reconnaissance-faciale-cedric-o-n-est-pas-certain-qu-alicem-soit-un-jour-deployee-24-12-2019-8223705.php

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