International publié le 25/02/2021

[NOTE] Catalogne: Elections au Parlement

ÉLECTIONS AU PARLEMENT DE CATALOGNE

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  14 février 2021 21 décembre 2021
Partis politiques % Sièges % Sièges
Ensemble pour la Catalogne
(Junts per Cat)
20,06 32

21,65

34
Gauche républicaine de Catalogne (ERC) 21,3 33 21,39 32
Candidature d’unité populaire
(CUP)
6,7 9 4,45 4
Parti démocratique de Catalogne (PdeCat) 2,72 - - -
Parti socialiste de Catalogne
(PSC)
23 33 13,88 17
En commun nous pouvons (En Comu Podem)
En Comu- Podem, Initiative-Les Verts, EUIA, Equo
6,9 8 7,45 8
Citoyens
(Ciutadans)
5,5 6 25,37 36
Parti populaire de Catalogne 3,85 3 4,24 4
VOX
(extrême droite)
7,7 11 - -

 

Premier éléments d’analyse de résultats

La participation au vote : 53% (79% en 2017) est la plus faible de toute l’histoire électorale de la Catalogne. Le contexte de crise sanitaire a très largement contribué à la démobilisation de l’électorat et dans ce contexte les électeurs indépendantistes restent les plus mobilisés.

- Le Parti socialiste catalan (PSC) l’emporte en pourcentage (23% contre 13,88% en 2017 et 33 sièges contre 17). Avec son candidat Salvador Illa ex-ministre de la Santé du gouvernement de Pedro Sanchez, le PSC a bénéficié d’un transfert d’une partie des votes de Ciutadans (droite nationaliste espagnole) premier parti en 2017. Néanmoins, l’option d’un gouvernement progressiste de gauche, souhaité tant par les socialistes que par En comu Podem (41 sièges obtenus, loin de la majorité des 68 sièges nécessaires pour constituer un majorité) a peu de chance de se concrétiser ; alors que l’ERC (Gauche républicaine de Catalogne) s’est engagée par écrit avec les autres forces indépendantistes à exclure toute coalition avec le PSC.

- Le pôle indépendantiste renforce sa majorité au Parlement. Avec 21,3% (21,4%) et 33 sièges (32), ERC prend pour la première fois la tête du pôle indépendantiste et peut prétendre, avec Pere Aragones, prendre les rênes de l’exécutif catalan (Generalitat), après que son candidat ait été investi par un vote du Parlement.

ERC devance le parti de la droite indépendantiste « ensemble pour la Catalogne » (Junts per Cat), qui avec 20,06% (21,6%) et 32 sièges contre 34, recule légèrement en subissant le contrecoup de la scission en son sein du PdeCat qui avec 2,72% ne parvient pas à entrer au Parlement.

Les anticapitalistes de la CUP (Candidature d’unité populaire) progressent. Avec 6,7% (4,45%) et 9 sièges contre 4 ; la CUP a bénéficié depuis 2015 de l’apport de certains secteurs issus de Podem et de En Comu Podem.

Le pôle indépendantiste avec 74 sièges (70 en 2017) renforce d’autant plus sa majorité au Parlement qu’il dépasse le seuil des 50% des suffrages exprimés, mais dans un contexte de très forte abstention.

- En Comu Podem, le référent politique de Unidas Podemos en Catalogne maintient ses positions –malgré un léger recul en pourcentage- avec 6,9% et 8 sièges contre 7,45% et 8 sièges en 2017). La quasi-totalité de la représentation parlementaire d’ECP se concentre à Barcelone où Ada Colau est à la tête d’une municipalité d’Union de toutes les forces de gauche.

Dans un contexte restant marqué par la polarisation entre les pôles indépendantistes et unionistes ; la gauche de transformation sociale et écologique dont font partie les communistes, a fait valoir ses options d’un développement de l’Etat espagnol où les institutions de 1978 devraient être refondées dans l’optique d’une « République fédérale plurinationale ». Pour cela ECP souhaite la constitution d’un gouvernement progressiste en Catalogne « large et transversal, qui puisse apporter une réponse sociale à la crise ». ECP a mené une campagne axée sur la critique de la politique de régression sociale menée par le gouvernement indépendantiste sortant dirigé par « la droite nationaliste excluante et xénophobe » de Junts per Cat ; la lutte contre l’extrême-droite et la nécessité d’engager des réformes sociales et démocratiques.

- Après l’entrée fracassante du parti d’extrême-droite néo-franquiste Vox au Parlement espagnol, en novembre 2019, la restructuration de la droite s’accentue en Catalogne avec ,l’irruption de Vox comme quatrième force au Parlement catalan avec 7,7% et 11 sièges. Avec des positions outrancières concernant notamment les femmes et les migrants, Vox a récupéré les votes les plus extrêmes du nationalisme espagnol anti indépendantiste qui jusque là s’étaient portés sur le Parti populaire et surtout Ciutadans.(C’s) : 5,5% et 6 sièges contre 25,37% et 36 sièges en 2017. L’électorat de C’S a nourri l’importante abstention mais est allé aussi en partie paradoxalement sur le PSC et sur VOX. Le parti de l’extrême droite l’emporte également largement sur le Parti populaire qui avec 3,85 % et trois sièges ne pourra pas constituer de groupe propre au Parlement.

Beaucoup d’incertitudes subsistent pour que l’on puisse entrevoir la fin de la crise politique qui secoue la Catalogne au moins depuis une décennie. L’option de gouvernement la plus probable est la constitution d’un exécutif ERC-JUNTS soutenu par la CUP. Mais les partis indépendantistes sont divisés entre ceux qui comme ERC voudraient s’engager dans une voie plus pragmatique de résolution du conflit national passant un accord négocié avec Madrid permettant d’envisager, à terme , la convocation d’un Référendum permettant au peuple catalan de décider du lien qu’il souhaite établir avec l’ensemble de l’Etat espagnol (ce qui inclurait la prise en compte du droit à l’autodétermination des nations dites historiques: Catalogne, Pays Basque, Galice), dans la Constitution) ; et ceux qui, tels Junts et la CUP, n’ont pas abandonné la voie unilatérale pour obtenir ce même objectif.

Quoi qu’il en soit le rapport des forces issu de ces élections exige des forces progressistes dans l’ensemble de l’Etat espagnol, qu’elles s’engagent dans un processus conduisant à une régénération démocratique des institutions de 1978, permettant notamment une réforme en profondeur des institutions judiciaires.

La « table de négociations » constituée en ce sens, entre le Gouvernement espagnol et les autorités gouvernementales catalanes ; l’urgence d’une modification profonde du Code pénal permettant notamment la redéfinition des délits de sédition dans l’ordre juridique espagnol et par conséquent la requalification, voire l’abandon des condamnations qui concernent les responsables indépendantistes emprisonnés. Une amnistie pourrait y contribuer.

José Cordon
Commission internationale-Europe du PCF