International publié le 03/06/2021

[NOTE] Chypre : Elections législatives du 30 mai 2021

La chambre des représentants compte 80 sièges dont 56 sont actuellement occupés ; 26 sièges sont réservés pour la communauté turco-chypriote en cas de réunification du pays.

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2021

 

2016

 

Partis politiques

%

Sièges

%

Sièges

DISY (Parti conservateur) 27,8 17 30,69 18
AKEL (parti progressiste des travailleurs) 22,34 15 25,6 16
DIKO (Parti démocrate) 11,3 9 14,49 9
EDEK (socialistes) 6,7 4 6,18 3
SYPOL (Alliance des citoyens) 4,4 -- 6,01 3
KA (droite nationaliste) 2,3 -- 5,2 3
KOP (écologistes) 4,41 3 4,81 2
ELAM (extrême droite) 6,8 4 3,17 2
DIPA (ex-DIKO) 6,1 4 -- --

 

L’élément le plus préoccupant de ces élections est la progression significative de l’extrême droite néo-nazie (ELAM) qui double ses résultats et sa représentation parlementaire (6,8% contre 3,17% et 4 sièges contre 2). La banalisation de ce parti est d’autant plus inquiétante qu’il est lié aux fascistes grecs de Aube Dorée, parti qui a été interdit en Grèce il y a quelques mois. Dans un contexte d’abstention électorale qui reste élevée et bénéficiant également de la sortie du Parlement du parti nationaliste de droite KA (2,3% contre 5,24% et 3 sièges) ; ELAM a tiré profit « de la désaffection généralisée face aux scandales de corruption qui ont marqué la campagne électorale » (The Guardian). Avec un projet ultranationaliste d’opposition totale à toute réunification du pays, ELAM n’a cessé de multiplier ses provocations xénophobes et anti-migrants alors que le nombre des réfugiés demandeurs d’asile ne cesse de croître.

Le parti conservateur (DISY), au pouvoir depuis 2013, subit un notable échec. Avec 27,8% (30,69% en 2016 et 17 sièges contre 18), Il a été avant tout sanctionné pour sa politique marquée par l’autoritarisme et la corruption (scandale des « passeports en or » délivrés aux investisseurs étrangers qui s’installeraient dans le pays en échange de la nationalité chypriote). Le mécontentement des électeurs s’est aussi exprimé vis-à-vis de la politique du gouvernement (austérité, recul des services publics de la santé et de l’éducation notamment, gestion de la pandémie Covid-19). Disy et le président de la République Anastassiades ont également été sanctionnés pour l’apathie dont ils ont fait preuve concernant la résolution de la question chypriote (division de l’Ile dont la partie nord est occupée par la Turquie depuis 1974). Les négociations entre les deux communautés sont actuellement bloquées du fait notamment des provocations de la Turquie, qui exige, en faisant pression en ce sens sur les représentants actuels de la communauté turco-chypriote, une solution à deux États qui conduirait à la partition du pays.

Avec 22,34% (25,6% en 2016) et 15 sièges contre 16, AKEL, subit un nouveau recul. Tout en restant et de loin la principale force d’opposition à la droite, AKEL n’a pas été en mesure de capitaliser le mécontentement populaire vis-à-vis du gouvernement de droite. Les propositions progressistes d’AKEL pour la défense notamment du service national de santé ou de l’éducation, face au recul des droits sociaux ; la lutte contre la corruption institutionnalisée ; et surtout ses propositions pour sortir de l’impasse actuelle concernant les négociations sur la réunification du pays avec l’instauration d’ une fédération bi-zonale, bi-communautaire, dans le respect des résolutions de l’ONU ; n’ont pas trouvé suffisamment d’écho auprès des électeurs notamment ceux de gauche . Et ce, alors que la Turquie multiplie ses provocations (à Varosha Famagouste) et en expérimentant des forages gaziers illégaux dans l’espace maritime de Chypre). tout comme elle alimente les tensions e en méditerranée orientale.

Les forces dites centristes comme DIKO (11,3% contre 14,49% et 9 sièges), forces sur lesquelles s’appuie la droite pour gouverner sont également en recul. A noter qu’un nouveau parti DIPA issu de DIKO entre au Parlement avec 6,1% et 4 sièges.

Les socialistes d’EDEK ne progressent pas (6,7% contre 6, 18 % et 4 sièges contre 3) dans la mesure où ils s’étaient alliés cette fois-ci avec l’Alliance des Citoyens (SYPOL), mouvement populiste de centre gauche, qui avec 4,4 % contre 6,01%, n’aura plus de représentation parlementaire.

Les Ecologistes (KOP) malgré le gain d’un siège (4,41% et 3 sièges contre 4,81% et 2 sièges) sont loin des espoirs de progression que leur auguraient les enquêtes d’opinion. D’autres forces nouvelles comme Generation Change (AG), avec 2,8% ratent de peu leur entrée au Parlement.

Dans la perspective de l’élection présidentielle qui aura lieu en 2023 et avec un paysage politique de plus en plus fragmenté, la situation politique est donc porteuse de lourdes inquiétudes pour l’avenir du pays ; notamment au vu de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations concernant la nécessaire réunification du pays dans une fédération qui respecte les droits des deux communautés gréco et turco-chypriotes dans le respect du droit international et des résolutions des Nations unies. Seule une telle solution garantissant un processus de paix durable qui doit concerner également toute cette région de Méditerranée orientale peut ouvrir une fenêtre d’espoir pour le peuple chypriote. C’est en ce sens qu’il est important d’apporter tout notre soutien à AKEL.

José Cordon
membre de la Commission des relations internationales du PCF