International publié le 07/05/2021

[NOTE] Espagne: Election régionale communauté de Madrid - 4 mai 2021

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  2019 2021
Parti politique % Sièges % Sièges
PSOE 27,31 37 16,9 24
PP 22,23 30 45,0 65
CIUDADANOS 19,46 26 3,5 --
MAS MADRID 14,69 20 17,1 24
VOX (extrême droite) 8,88 12 9,2 13
UNIDAS PODEMOS 5,60 7 7,2 10

La participation au vote a été extrêmement importante: plus de 75% contre 64% en 2019

 

Quelques éléments d’analyse :

1) Les résultats des élections pour renouveler le parlement régional de la Communauté de Madrid dirigé depuis 26 ans par le Parti populaire montre une réaffirmation forte de ce parti. Celui-ci a réussi à récupérer la quasi-totalité de l’espace politique occupé par Ciudadanos qui n’aura plus de représentation au sein du Parlement régional (19,46% et 26 sièges en 2019).

Avec 45% (22,23% en 2019) des suffrages et 65 sièges (30), le PP avec sa candidate Isabel Ayuso, double sa représentation et obtient à lui seul plus de sièges que l’ensemble de ceux obtenus par la gauche. Cela lui permettra de gouverner la région sans majorité absolue certes, mais sans avoir besoin de faire entrer l’extrême droite de Vox dans le gouvernement régional. Avec une campagne marquée notamment par une démagogie nationale populiste ultralibérale à la Trump, notamment dans la gestion des conséquences de la pandémie du Covid-19 ; le PP a pu mettre entre parenthèse son bilan désastreux concernant la casse des services publics (santé et éducation notamment), une fiscalité bénéficiant aux plus riches et les scandales politico-financiers qui ont marqué les gouvernements de la droite madrilène. Dans la Communauté la plus riche du pays, les inégalités se sont considérablement renforcées.

Dans ce contexte d’ultralibéralisme exacerbé, la consolidation de l’influence de Vox (9,2% et 13 sièges contre 7,8% et 12 sièges), est un facteur d’autant plus inquiétant qui renforce l’empreinte de l’ultra droite sur la politique espagnole. L’extrême droite post-franquiste a été banalisée et ses propositions liberticides largement légitimées par l’ensemble de la droite qui lui a ouvert la voie en acceptant son soutien pour pouvoir gouverner à Madrid comme en Andalousie ou à Murcie.

Au total, le bloc des droites totalise 78 sièges contre 58 pour le bloc des gauches.


2) La gauche madrilène essuie un sérieux revers. Le PSOE s’effondre : avec 16,9% et 24 sièges contre 27,31% et 37 sièges en 2019, il obtient son score historiquement le plus bas. Les socialistes et leur candidat Angel Gabilondo ont cherché en début de campagne à occuper un espace centriste qui s’est avéré totalement illusoire. Ils ont mené une campagne qui cherchait à atténuer voire à contester les propositions–phare de leurs alliés dans l’hypothèse d’un gouvernement progressiste de la région (notamment celles d’Unidas Podemos concernant la régulation des loyers ou une réforme fiscale pénalisant les plus riches) ; ce n’est que trop tardivement qu’ils ont adopté une démarche plus unitaire envers Unidas Podemos et plus combative, face aux provocations fascistes de Vox. Au total il semble bien que malgré une forte poussée de la participation au scrutin ; le PSOE a été à la fois pénalisé par l’abstention et par un glissement de ses électeurs potentiels vers Mas Madrid.

3) Mas Madrid, le parti constitué par Iñigo Errejon après son départ de Podemos, progresse nettement avec 17,1% et 24 sièges contre 14,49% et 20 sièges en 2019 et devient la première force d’opposition à la droite en dépassant en voix le PSOE tout en attirant nombre d’électeurs de Unidas Podemos. Avec sa candidate Monica Garcia, Mas Madrid, formation au profil écologiste et féministe, a mené une campagne de terrain très axée sur des propositions permettant de faire face aux conséquences des politiques néolibérales de la droite notamment dans le domaine de la santé.

4) Le résultat obtenu par Unidas Podemos, bien qu’en progression  : 7,2% et 10 sièges (dont 2 pour Izquierda Unida) contre 5,60% et 7 sièges lors du précédent scrutin ; a pourtant été considéré comme un échec par le leader de Podemos, Pablo Iglesias, qui conduisait la coalition formée entre Podemos et Izquierda Unida ; et ceci en regard des deux objectifs qu’il s’était donné lorsqu’il a décidé de quitter ses fonctions de Vice-Président du conseil des Ministres pour s’engager dans la bataille électorale madrilène : contribuer à l’élargissement du bloc des gauches, en assurant une place significative à Unidas Podemos au sein du Parlement régional ; tout en faisant front contre le péril fasciste représenté par Vox.

Le climat délétère de provocations et de menaces entretenu par l’extrême droite pendant la campagne y compris contre Pablo Iglesias et les siens et le sentiment de ne pas avoir atteint ces principaux objectifs, ont amené Pablo Iglesias à annoncer son retrait de la vie politique.

Cette décision est importante en regard du rôle joué par Pablo Iglesias dans la construction d’une organisation et d’un espace de confluence pour la gauche de transformation sociale et écologique créés il y a dix ans dans le sillage du Mouvement des indignés.

Mais au-delà de la question de nouveaux leaderships, un des enjeux majeurs de la construction d’une alternative progressiste majoritaire dans l’ensemble du pays, dépendra de la manière dont la gauche de transformation sociale et écologique espagnole dans sa pluralité et sa diversité, pourra faire vivre ses confluences, avec un projet et des mobilisations portés sur l’ensemble du territoire et ainsi repartir de l’avant.
L’offensive de l’ultra droite met d’autant plus en évidence la nécessité pour l’ensemble de la gauche, en appui des mobilisations sociales et citoyennes, d’avancer rapidement dans la voie d’une régénérescence démocratique des institutions de l’État espagnol.

 

José Cordon 
membre de la Commission des relations internationales-Europe du PCF