International publié le 30/01/2021

[NOTE] Portugal : élection présidentielle du 24 janvier 2021

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1) Dans un contexte marqué par une aggravation brutale de l’épidémie due à la Covid-19, le scrutin a été marqué par un taux d’abstention record depuis les élections de 1976 de 60,51% (52% aux précédentes élections de 2016). Malgré les sérieux inconvénients à organiser un scrutin dans de telles conditions ; un report du scrutin était difficile et un prétexte pour certains -comme le signale le PCP- d’invoquer des considérations de santé publique pour instaurer un état d’exception et repousser les élections en modifiant en ce sens la constitution de la République ».

2) Marcelo Rebelo de Sousa, le candidat conservateur sortant issu du PSD est réélu dès le premier tour avec 60,7% (52% en 2016). Il a bénéficié du soutien, non seulement du reste de la droite radicale, le CDS, mais aussi celui, implicite, du Parti socialiste dont le Président Antonio Costa dirige depuis 2016 un gouvernement bénéficiant d’un soutien parlementaire critique et circonstancié du PCP et du Bloc de gauche.

3) Le Parti socialiste ne présentait ni ne soutenait cette fois-ci de candidat. Une candidate issue de ses rangs, ex parlementaire européenne, Ana Gomes, s’est néanmoins présentée sans l’aval de son parti et a recueilli 12,97% des suffrages. Elle a bénéficié du soutien du PAN (Personnes Animaux Nature) et de LIVRE (mouvement dissident du Bloc de gauche). En 2O16, le PS s’était présenté en ordre dispersé, aucun des candidats issus de ses rangs ne pouvant se prévaloir de son soutien. Dans ces conditions le candidat le moins issu de l’appareil, Antonio Sampaio da Nova, soutenu par trois anciens présidents de la République (Mario Soares, Jorge Sampaio et Ramalho Eanes), LIVRE, avait obtenu 22,84% des suffrages, Maria de Belem : 4,24% et Henrique Neto :0,84%.

4) L’irruption en troisième position avec 11,9% du candidat d’extrême droite, André Ventura qui a créé son mouvement Chega (ça suffit) en 2019 (1,3% et un député aux élections législatives) ; est le fait le plus significatif du scrutin. Il oriente la configuration politique vers la droite. C’est la première fois depuis l’instauration de la République portugaise que l’extrême droite obtient un tel résultat. Ouvertement raciste et xénophobe se revendiquant comme « antisystème ». Il a largement été promu par les médias et s’est prévalu du soutien de l’extrême droite européenne (Matteo Salvini et Marine Le Pen notamment). Sans négliger un vote transversal limité d’électeurs potentiels de la gauche vers l’extrême droite, mais qui, pour la plupart, ont grossi les rangs de l’abstention ; le candidat de l’extrême droite a, avant tout, largement bénéficié de l’apport d’électeurs de la droite radicale (CDS) et du PSD, mécontents du positionnement « centriste » et consensuel de leur parti.

5) Avec un résultat de 3,22%, le candidat d’Initiative libérale, Tiago Mayan, participe aussi de cette restructuration de la droite portugaise.

6) Le candidat présenté par le PCP (soutenu par les Verts) Joao Ferreira obtient 4,32% des suffrages, un résultat légèrement supérieur au résultat obtenu par son représentant en 2016, Edgar Siva (3,94%). Le contexte marqué par une aggravation de la crise sanitaire qui a favorisé l’abstention et –selon le secrétaire général du parti, Jeronimo de Sousa- « le déplacement de voix vers le Président sortant du fait de la dramatisation autour de la possibilité d’un deuxième tour au sein duquel l’extrême droite aurait pu être présente » ; n’a pas permis de donner suffisamment de force et d’ampleur à la candidature de Joao Ferreira. Celui-ci « a mis au centre de sa campagne la défense des travailleurs, des Services publics, des libertés, de la démocratie et donné ainsi un sens à ce que la Constitution de la République, les valeurs d’Avril, représentent encore, afin d’apporter une réponse aux problèmes structurels du pays »…une candidature qui a « affirmé la souveraineté et les intérêts nationaux indissociables du droit du pays à son développement » ; néanmoins selon Joao Ferreira « l’exigence de la promotion et de la défense de ses valeurs sera un enjeu crucial pour les cinq prochaines années ».

7) Le Bloc de gauche et sa candidate Marisa Matias obtiennent avec 3,9% un résultat « bien au deçà des expectatives ». D’autant plus qu’en 2016 Marisa Matias -certes dans une situation politique différente où elle avait pu représenter une alternative pour nombre d’électeurs socialistes déçus par leur parti- avait obtenu avec 10,16% le meilleur résultat pour le Bloc de gauche à une élection présidentielle depuis sa création. Pourtant la campagne de la candidate du « Bloco » a elle aussi tenté de porter dans la campagne les exigences de la défense et du développement du service public et des libertés fondamentales face notamment à la montée de l’extrême droite.

José Cordon
Commission relations internationales - Europe du PCF

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