Note sur l’assistance sexuelle aux personnes en situation de handicap

L’assistance sexuelle peut être définie comme un service sexuel fourni à des personnes adultes désignées comme « handicapées », contre rémunération. Elle est légale dans plusieurs pays (Suisse romande, Belgique, Pays-Bas, Danemark), où, pour la plupart, la prostitution est légale. Il est intéressant de noter que le qualificatif utilisé dans les Etats américains qui la tolèrent, pour désigner « les accompagnants sexuels », est celui de « surrogate », le même mot que pour les « mères porteuses ».

Suite notamment à l’annonce par le Gouvernement d’une prochaine expérimentation de l’assistance sexuelle en France, les commissions droits des personnes en situation de handicap et droits des femmes ont échangé afin d’établir une ligne commune au sujet du débat autour de l’assistance sexuelle (et non pas « assistanat sexuel »).

Nous considérons que l’assistance sexuelle, nouvelle forme de marchandisation des corps, n’est pas la solution à l’exclusion de fait que subissent de nombreuses personnes en situation de handicap. En effet, l’exclusion persistante de l’école, puis du monde du travail engendre un isolement et une précarité financière qui éloigne de nombreuses personnes en situation de handicap d’une vie sociale. De plus, les lieux de sociabilité et de potentielles rencontres sont eux-mêmes encore beaucoup trop souvent inaccessibles physiquement aux personnes en situation de handicap moteur ou à mobilité réduite, ou sont excluantes pour les personnes ayant d’autres handicaps. 311 700 adultes handicapé·es vivent ou sont accompagnées dans des établissements et services médico-sociaux qui restent très largement fermés au monde extérieur.

En outre, le handicap demeure obstinément, rapport après rapport du Défenseur des Droits, la première cause de discriminations dans notre pays. Les femmes handicapées sont davantage victimes que les autres femmes de violences sexuelles. Dès le plus jeune âge, les stéréotypes, le fait « d’ asexuer » des individus qui sont vus avant tout comme objet de soins, des corps et des esprits « empêchés », ainsi que les freins concrets excluent les personnes concernées d’un récit collectif et d’une construction spontanée d’une vie amoureuse, affective et sexuelle.

Ce qui éloigne de la vie affective et sexuelle, c’est donc en premier lieu l’ensemble du parcours d’inaccessibilité à des lieux d’échanges et de rencontres. Si nous entendons la souffrance des personnes, née de l’isolement, le problème ne réside pas dans une prétendue « misère sexuelle » à laquelle principalement des femmes précaires et victimes de la traite des êtres humains devraient répondre par humanisme, il est question de construire une société inclusive. On ne peut répondre à la souffrance par d’autres souffrances.

Il s’agit également de lutter contre de vieux stéréotypes que les lobbys pro-prostitution tentent de banaliser : certaines personnes, en particulier les hommes, seraient incapables de contrôler leurs pulsions et il s’agirait pour éviter les violences sexuelles que des femmes se sacrifient pour le bien commun. La porte serait ainsi ouverte pour tous les hommes n’ayant pas eu de relations sexuelles depuis plusieurs années, ou jamais ?

De plus, ne pas faire de distinction entre les problématiques spécifiques aux différents handicap (mental/physique) ne permet pas de trouver les bonnes réponses. Notre société considère les personnes en situation de handicap comme un ensemble indistinct ayant pour caractéristique commune une asexualisation totale. Cette perception relève du validisme : les personnes handicapées seraient moins « valables » donc moins aim-ables.

Les personnes en situation de handicap ont droit à une autonomie de leur vie affective et sexuelle, à une intimité. L’intervention d’un tiers ouvre la voie à la question du consentement réel des personnes en situation de handicap mental. Le choix du partenaire est essentiel dans une relation librement consentie.


Plusieurs propositions :

  • Construire une société véritablement inclusive, favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap à l’école, au travail, rendre réellement accessible l’ensemble des lieux et équipements publics, festifs.

  • Concernant le handicap physique/moteur, des dispositifs techniques d’aide à la sexualité existent et pourraient faire l’objet d’un remboursement intégral

  • Former les professionnel·les de santé, recruter dans les établissements et services des sexologues et thérapeutes spécialisés en capacité de travailler sur le consentement, d’accompagner les personnes et jeunes couples dans l’apprentissage de leur intimité sexuelle, sans intervenir physiquement.

  • Garantir dans tous les établissements médico-sociaux le respect réel de l’intimité des personnes en situation de handicap.


24 septembre 2023
Commissions droits des femmes / droits des personnes en situation de handicap