International publié le 28/04/2022

Opération militaire à Moura au Mali : toute la lumière doit être faite

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Le procureur du tribunal militaire de Mopti, au Mali, a décidé d’ouvrir une enquête sur l’opération menée par l’armée malienne accompagnée, selon des témoins, par des combattants étrangers de type européen, dans la période du 23 au 31 mars 2022, dans la zone du village de Moura, dans le cercle de Djenné (région de Mopti), qui a fait plusieurs centaines de victimes afin d'établir si des civils y ont été délibérément pris pour cibles en dépit des lois de la guerre. C’est la première fois que les autorités maliennes lancent une telle procédure puisque, jusqu'ici, les procureurs militaires traitaient uniquement des affaires de droit commun impliquant des militaires.

Cette décision a été saluée par les associations de la société civile qui estiment, à juste titre, qu’à côté du recours, qui reste indispensable à l’instrument militaire contre les groupes djihadistes, le volet judiciaire, le volet pénal et la lutte contre l'impunité ont été trop souvent négligés. Il serait souhaitable que, parallèlement à l'enquête diligentée par les autorités maliennes, puissent se dérouler les investigations de la Minusma et/ou de toute autorité judiciaire indépendante comme le demandent ces associations. Cela paraît d’autant plus réaliste et faisable que récemment, les autorités maliennes ont accepté de mener, conjointement avec les autorités mauritaniennes, une enquête sur les allégations d’exactions qui auraient été commises par les FAMa (Forces armées maliennes) et leurs partenaires russes à l'encontre de ressortissants mauritaniens.

Plus de 5 000 Maliens, soldats des armées locales ou bien civils, ont été tués depuis 2015 : plus de 4 000, pour la seule année 2020, dans la région de Mopti, et plusieurs centaines de milliers de déplacés dans la sous-région.

La situation humaine, politique et économique du Mali s’aggrave. C’est dans ce contexte de déstabilisation sociale et politique que les islamistes salafistes continuent de développer leur sinistre entreprise. Quels que soient les acteurs de ce conflit, la protection des civils doit être placée au cœur des solutions mises en œuvre pour résoudre la crise multidimensionnelle qui touche le Sahel.

Le PCF souhaite que la France appuie les demandes de la société civile s'agissant de l’opération de Moura dont il s’agit d’établir si ce sont ou non des crimes de guerre. La France ne devrait en aucun cas chercher à instrumentaliser la recherche de vérité sur cet événement pour maintenir le régime des sanctions envers le Mali qui vient, d'ailleurs, d’être déclaré illégal par la cour de justice de l’UEMOA. Elle le doit d'autant moins qu'elle-même est, à juste titre, mise en cause par le rapport de l’ONU, rendu fin mars 2021, sur la frappe aérienne de l'armée française le 3 janvier 2021 contre des civils réunis pour célébrer un mariage dans le village de Bounti au centre du Mali.

Dans le même esprit, il sera indispensable de faire toute la lumière et la vérité sur les nombreux morts et blessés relevés après les manifestations contre des convois de l’armée française à Kaya au Burkina Faso et à Tera au Niger. Malgré les demandes légitimes d’acteurs locaux relayées par les parlementaires communistes, Pierre Laurent et Jean-Paul Lecoq, rien n’a été fait en ce sens par les autorités françaises.

La protection des droits humains ne peut souffrir deux poids – deux mesures ni continuer d'être le prétexte d’une ingérence occidentale, française en particulier, au Mali, au Sahel ni où que ce soit dans le monde. Si la France prétend défendre les Maliennes et Maliens de l'insécurité et de la violence djihadistes, elle ne leur doit la vérité, la justice et le respect de la souveraineté de leur pays.

Collectif Afrique
Parti communiste français,
Paris, le 25 avril 2022