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International publié le 17/02/2020

Comment développer un nouveau vaste mouvement anti-guerre et de paix pour le Moyen-Orient et la Méditerranée

Syriza, Athènes, 6 février 2020

Seul le prononcé fait foi

 

Intervention de Pascal TORRE, responsable-adjoint du secteur international, au nom du Parti communiste français.

UN MONDE DANGEREUX

La multiplication des crises

La situation internationale est marquée par de nombreuses crises porteuses de menaces pour l'humanité. Le capitalisme mondialisé aggrave les inégalités, les insécurités humaines et le sentiment d'humiliation. Il attise les violences, les guerres, les logiques de puissance et de domination à la source de l'interventionnisme et des opérations militaires. Il provoque le rétrécissement démocratique, hypothèque la biodiversité et les conditions de vie sur terre.

Idéologies et logiques guerrières

Pendant longtemps, les relations internationales ont été dominées par des rapports de puissances dont la militarisation est le fondement. La domination de la puissance ne permet plus de résoudre les problèmes économiques, sociaux ou écologiques. Partout elle aggrave les problèmes généralisant la violence et les dégâts environnementaux.
Les conflits actuels s'enracinent moins dans les rivalités de puissance mais dans les conséquences de la mondialisation capitaliste qui enrichit les classes dominantes, lamine les couches moyennes et appauvrit les plus pauvres. Les guerres naissent de la décomposition des sociétés et des États. Les nouveaux conflits sont d'extractions sociales mobilisant des milices, des seigneurs de guerre plus que des armées. Cela contribue à la fragmentation et à l'émergence de sociétés guerrières.

Parallèlement se multiplient la bataille idéologique pour re-légitimer l'idéologie guerrière. Il faudrait se préparer à la guerre, multiplier les dépenses d'armement, les conflits préventifs à l'extérieur afin de défendre notre sécurité menacée notamment par le terrorisme.
La droite et l'extrême droite nourrissent un discours fondé sur la manipulation, les peurs, le ressentiment, l'exaltation de l'identité. Ils exaltent le culte de la force contre le droit et la démocratie.
Cela se nourrit d'une vision hiérarchisée du monde dans laquelle une petite oligarchie de puissances, organisée dans des clubs (G7, G20), décide pour les autres, hors des Nations Unies.

Une nouvelle vague de militarisation

Sous l'impulsion des orientations ultralibérales, notamment depuis la crise de 2008, s'est développée une dynamique de re-militarisation intensive pour peser dans le rapport de forces entre puissances. Elle vise à renforcer le monde occidental qui concentre l'essentiel des dépenses militaires.
Corrélativement, un vaste mouvement de désengagement des accords internationaux s'amplifie notamment de la part des États-Unis de Trump: nucléaire iranien, traité de non-prolifération, des Forces nucléaires intermédiaires, de l'Anti Balistic Missile, de la COP 21... Le commerce des armes bat son plein attisant et alimentant les guerres.
La France n'est pas en reste. Macron fait de la défense européenne le coeur de la renaissance du projet européen en augmentant le budget militaire à 2% du PIB comme l'exige l'OTAN. Paris est le 3ème vendeur d'armes au monde.

Le Moyen-Orient et le Maghreb dans la tourmente

Depuis le combat anticolonial, le Maghreb et le Moyen-Orient sont assommés par des guerres sans fin et la perpétuation des ingérences étrangères qui poussent ces régions dans une souffrance infinie: conflits Palestinien, Kurde, Sahraoui; guerres en Afghanistan, Irak/Iran, au Liban, guerre du Golfe.
- L'échec du modèle de l’État-nation, qui a été imposé par les forces coloniales, constitue un facteur de déstabilisation majeur de la région alors que des peuples comme les Palestiniens, les Kurdes et les Sahraouis ont été privés de leurs droits politiques.
- Dans les années 80, le triomphe du néolibéralisme ont imposé le consensus de Washington et les plans du FMI qui se sont traduits par le saccage des services publics et la dilapidation des ressources et richesses nationales. Les élites arabes regardaient vers Washington trahissant le nationalisme et le soutien à la Palestine. Les libertés n'y ont rien gagné. Le néo-libéralisme s'est révélé désastreux pour les peuples. Le Maghreb et le Moyen-Orient constituent l'espace le plus inégalitaire du monde.
- la répression des forces révolutionnaires par des régimes autoritaires soutenus par les puissances occidentales a constitué une formidable appel d'air pour un islamisme politique qui a imposé partout où il était en situation de pouvoir des politiques ultra-libérales ainsi que des orientations régressives, obscurantistes écrasant toutes les libertés.

FAIRE GRANDIR LA CULTURE DE LA PAIX

Une nouvelle phase de la mondialisation

Pendant 40 ans le néolibéralisme a imposé ses lois catastrophiques. Depuis la crise de 2008 une nouvelle phase a débuté marquée par la volonté de faire payer au peuple la crise en réactivant partout l'instabilité, les logiques de guerre et les conflits armés. Ces politiques suscitent des rejets si bien que l'on peut considérer que nous sommes entrés dans un temps mondial de la contestation... même si celle-ci n'est pas toujours progressiste (néo-natioalisme, populisme). Des luttes portent l'aspiration à des transformations sociales en rejetant le néo-libéralisme ainsi que les systèmes de représentation politique. Ces luttes constituent des points d'appui pour faire prévaloir la démocratie, le respect des droits humains et la construction d'alternative dans un monde paix.

"Les printemps arabes" ont provoqué la chute des dictatures en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen. Elle conduit aussi à l'ébranlement de Bahreïn et de la Syrie sans parler des contestations au Maroc, en Algérie, en Irak ou au Soudan.

Certaines de ces révolutions ont accéléré la fragmentation des États (Yémen, Syrie). D'autres pays ont connu des contre-révolutions sanglantes (Égypte) avec un mélange de répression, d'injection d'argent en provenance des pays du Golfe et des concessions plus ou moins formelles alors que l'épouvantail des guerres civiles agissait comme une mise en garde faite aux contestataires.

Une deuxième vague de contestation débute en 2019. Ceux qui se faisaient des illusions sur la «stabilité retrouvée» dans la région ont déchanté. Le Soudan a abattu la dictature d'Omar Al-Bachir; une vague de protestation massive, exceptionnelle par sa durée, sa créativité et sa radicalité se poursuit en Algérie. Le peuple irakien s'insurge comme les Iraniens et les Libanais en dépit d'une sauvage répression. On retrouve les mêmes mots d'ordre: «qu'ils partent tous». Même les Égyptiens ont repris la rue en septembre. Tous exigent plus de démocratie, de liberté, de dignité, d'égalité témoignant de leur capacité à se penser comme une société de citoyens.

Pendant ce temps, l'état de violence se poursuit en Libye, au Yémen, en Syrie. L'alliance stratégique qui lie l'Arabie saoudite, les États-Unis, l’Égypte et Israël n'est pas prête de se dissoudre même si elle n'a plus la solidité d'antan. Les États-Unis après avoir rompu unilatéralement l'accord sur le nucléaire iranien et imposé des sanctions économiques drastiques à l'Iran provoque une dangereuse escalade et de nouvelles menaces de conflits. Le plan Trump pour la Palestine jette de l'huile sur le feu en voulant enterrer l'existence d'un État Palestinien.

Quant à la Turquie, tout en apportant son soutien actif aux organisations djihadistes, elle mène une politique répressive sans précédent. Elle a relancé la guerre ouverte contre le peuple kurde et poursuit son expansionnisme en Irak, en Syrie plus particulièrement au Rojava, et maintenant en Libye ouvrant un nouveau front en Méditerranée orientale. Elle occupe illégalement le nord de Chypre. La Turquie caresse des projets hégémoniques tout en s'estimant porteuse d'une mission historique.

Si les mouvements de 2011 et celle de 2019 marquent dans les pays en lutte un recul des forces djihadistes, la brutalisation des sociétés, les guerres continuelles ne peuvent que susciter leur résurgence et affaiblir les processus révolutionnaires.

Délégitimer la guerre et combattre le fatalisme

Il nous faut reprendre la bataille idéologique pour délégitimer la guerre. La course aux armements ne permet pas d'assurer la sécurité des citoyens. Depuis 2001, les guerres se sont multipliées (Libye, Syrie, Yémen, Sahel...) et la solution militaire est un échec total. Il faut donc concevoir des politiques alternatives.

Les anciennes puissances ne peuvent plus imposer leurs lois au reste du monde car celui ci a profondément changé. Les États-Unis après avoir semé partout voit leur influence au Moyen-Orient se réduire. Les tensions avec l'Iran, si elles accentuent les souffrances du peuple iranien, ne feront pas plier ce régime qui accentue sa répression contre les forces démocratiques.
Enfin la mondialisation créé en permanence des biens communs de l'humanité, par nature insécables, qui exigent de plus en plus des coopérations et des solidarités.
Il ne faut donc pas avoir une vision unilatérale du monde qui pourrait alimenter le fatalisme. Des efforts existent parmi les États, les mouvements populaires pour trouver des solutions solidaires et pacifiques. (ex: accord nucléaire; Grèce/Macédoine du nord).

La paix un projet politique

Comme le soulignait Jean Jaurès: "L'affirmation de la paix est le plus grand des combats".
La paix est donc un projet politique au cœur des luttes émancipatrices. Cela passe par l'affirmation du primat du politique sur la force comme condition de la paix.
La paix est un élément incontournable de tout projet global pour l'humanité. Elle répond à l'urgence climatique et à l'exigence de justice. Elle exige de bâtir des logiques de coopération, de partage, d'entraide et de solidarité.
Cela ne peut pas se concevoir, notamment au Moyen-Orient et au Maghreb sans démilitarisation, une dénucléarisation et une diminution drastique des dépenses d'armement. Cela passe par la dissolution de l'OTAN et contrecarrer l'ambition de Trump de bâtir une OTAN "arabe". Le TIAN est une perspective crédible d'un monde sans armes nucléaires. Il crée une nouvelle dynamique ratifiée par 122 pays en complément du TNP. Malheureusement la France et les EU ont pris la tête de la croisade anti TIAN.
Dans un monde plus inclusif, plus interdépendant, plus mobile, un nouveau multilatéralisme qui permet d'intégrer les États Nations dans l'espace mondial à égalité dans une ONU démocratisée est la seule perspective d'avenir. C'est dans ce cadre que l'on peut traiter la résolution des conflits, les questions climatiques, du développement et de la paix

C'est cela qui fait notre engagement internationaliste articulé sur les enjeux de notre temps.


A DANGEROUS WORLD

The multiplication of crises

The international situation is marked by crises which threaten humanity. Globalized capitalism aggravates inequalities, human insecurities and the feeling of humiliation. It fuels violence, wars, the logic of power and domination at the source of interventionism and military operations. It causes democratic shrinkage, jeopardizes biodiversity and living conditions on earth.

War ideologies and logics

For a long time, international relations have been dominated by power relations. Militarization was the foundation. The domination of power no longer makes it possible to solve economic, social or ecological problems. Everywhere it aggravates the problems that generalize violence and environmental damage.
The current conflicts are rooted less in power rivalries but in the consequences of capitalist globalization which enriches the ruling classes, laminates the middle strata and impoverishes the poorest. Wars arise from the decomposition of societies and states. The new conflicts are of social extraction mobilizing militias, warlords more than armies. This contributes to the fragmentation and the emergence of a warrior society.

At the same time, the ideological battle is multiplying to re-legitimize the war ideology. It would be necessary to prepare for war, to multiply the expenses of armament, the preventive conflicts abroad in order to defend our security threatened in particular by terrorism.
The right and the extreme right feed a discourse based on manipulation, fears, resentment, exaltation of identity. They extol the cult of force against law and democracy.
This is nourished by a hierarchical vision of the world in which a small oligarchy of powers, organized in clubs (G7, G20), decides for the others, outside the United Nations.

A new wave of militarization

Under the impulse of ultraliberal orientations, especially since the 2008 crisis, a dynamic of intensive re-militarization has developed to weigh in the balance of power between powers. It aims to strengthen the Western world which concentrates the bulk of military spending.
Correlatively, a vast movement to disengage from international agreements is growing, notably on the part of the United States from Trump: Iranian nuclear, non-proliferation treaty, the Intermediate Nuclear Forces, the Anti Balistic Missile, the COP 21. .. The arms trade is in full swing, fueling and fueling wars.
France is not to be outdone. Macron makes European defense the heart of the renaissance of the European project by increasing the military budget to 2% of GDP as required by NATO. Paris is the 3rd largest arms seller in the world.

The Middle East and the Maghreb in turmoil

Since the anti-colonial struggle, the Maghreb and the Middle East have been stunned by endless wars and the perpetuation of foreign interference which pushes these regions into infinite suffering: Palestinian, Kurdish, Sahrawi conflicts; wars in Afghanistan, Iraq / Iran, Lebanon, Gulf War.
- The failure of the nation-state model, which was imposed by the colonial forces, constitutes a major destabilizing factor in the region when peoples such as the Palestinians, the Kurds and the Sahrawis have been deprived of their rights policies.
- In the 1980s, the triumph of neoliberalism imposed the Washington consensus and the IMF plans, which resulted in the sacking of public services and the squandering of national resources and wealth. The Arab elites looked to Washington betraying nationalism and support for Palestine. Liberties have gained nothing. Neo-liberalism has proven disastrous for the people. The Maghreb and the Middle East constitute the most unequal space in the world.
- the repression of the revolutionary forces by authoritarian regimes supported by the Western powers constituted a tremendous appeal for a political Islamism which imposed wherever it was in power ultra-liberal policies as well as regressive, obscurantist orientations crushing all freedoms.

GROWING THE CULTURE OF PEACE

A new phase of globalization

For 40 years neoliberalism has imposed its catastrophic laws. Since the 2008 crisis, a new phase has started marked by the desire to make the people pay for the crisis by reactivating instability, the logic of war and armed conflict everywhere. These policies arouse rejection so that we can consider that we have entered a world time of protest ... even if it is not always progressive (neo-natioalism, populism). Struggles carry the aspiration to social transformations by rejecting neo-liberalism as well as the systems of political representation. These struggles constitute points of support to prevail democracy, respect for human rights and the construction of alternatives in a peaceful world.
"The Arab Spring" caused the fall of dictatorships in Tunisia, Egypt, Libya and Yemen. It also leads to the shock of Bahrain and Syria, not to mention the disputes in Morocco, Algeria, Iraq or Sudan.
Some of these revolutions have accelerated the fragmentation of states (Yemen, Syria). Other countries have experienced bloody counter-revolutions (Egypt) with a mixture of repression, injection of money from the Gulf countries and more or less formal concessions while the scarecrow of civil wars acted as a warn

A second wave of protests began in 2019. Those who had illusions about the "found stability" in the region were disillusioned. Sudan has overthrown the dictatorship of Omar Al-Bashir; a massive protest wave, exceptional in duration, creativity and radicalism continues in Algeria. The Iraqi people rise up like the Iranians and the Lebanese despite savage repression. We find the same watchwords: "let them all go". Even the Egyptians took to the streets in September. All of them demand more democracy, freedom, dignity and equality, testifying to their ability to think of themselves as a society of citizens.
Meanwhile, the state of violence continues in Libya, Yemen, Syria. The strategic alliance that links Saudi Arabia, the United States, Egypt and Israel is not about to dissolve even if it no longer has the solidity of yesteryear. The United States after having unilaterally broken the Iranian nuclear agreement and imposed drastic economic sanctions on Iran provokes a dangerous escalation and new threats of conflicts. The Trump plan for Palestine adds fuel to the fire by burying the existence of a Palestinian state.

As for Turkey, while actively supporting the jihadist organizations, it is pursuing an unprecedented repressive policy. It has relaunched the open war against the Kurdish people and continues its expansionism in Iraq, in Syria more particularly in Rojava, and now in Libya opening a new front in the eastern Mediterranean. It illegally occupies the north of Cyprus. Turkey caresses hegemonic projects while considering itself carrying a historic mission. R.T. Erdogan is crime! R.T. Erdogan is war!
If the movements of 2011 and that of 2019 mark in the countries in struggle a retreat of the jihadist forces, the brutalization of the societies, the continuous wars can only cause their resurgence and weaken the revolutionary processes.

De-Legitimize war and fight fatalism

We must resume the ideological battle to delegitimize the war. The arms race does not ensure the safety of citizens. Since 2001, wars have multiplied (Libya, Syria, Yemen, Sahel ...) and the military solution is a total failure. Alternative policies must therefore be devised.
The old powers can no longer impose their laws on the rest of the world because it has changed profoundly. The United States, having sown everywhere, sees its influence in the Middle East diminish. Tensions with Iran, if they accentuate the sufferings of the Iranian people, will not cause this regime, which accentuates its repression against democratic forces, to bend.
Finally, globalization permanently creates common goods of humanity, by nature indivisible, which increasingly require cooperation and solidarity.
So we must not have a unilateral vision of the world that could fuel fatalism. Efforts exist among states, popular movements to find united and peaceful solutions. (e.g. nuclear agreement; Greece / North Macedonia)

Peace a political project

As Jean Jaurès emphasized: "The affirmation of peace is the greatest of battles".
Peace is therefore a political project at the heart of emancipatory struggles. This requires asserting the primacy of the political over force as a condition for peace.
Peace is an essential element of any global project for humanity. It responds to the climate emergency and the demand for justice. It requires building logics of cooperation, sharing, mutual aid and solidarity.
This cannot be imagined, especially in the Middle East and the Maghreb without demilitarization, denuclearization and a drastic reduction in expenditure on armaments. This involves dissolving NATO and thwarting Trump's ambition to build an "Arab" NATO. The TIAN is a credible prospect for a world without nuclear weapons. It creates a new dynamic ratified by 122 countries in addition to the NPT. Unfortunately France and the US have taken the lead in the anti TIAN crusade.
In a more inclusive, more interdependent, more mobile world, a new multilateralism which enables the integration of Nation States into the world space on an equal basis in a democratized UN is the only prospect for the future. It is within this framework that we can deal with conflict resolution, climate, development and peace issues.

This is what makes our internationalist commitment articulated on the challenges of our time.

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