International publié le 16/12/2021

La pandémie n'arrête pas le surarmement

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Alors que les crises économiques, sociales, sanitaires et environnementales s’exacerbent, les dépenses et le commerce des armes affichent une prospérité insolente, véritable défi aux insécurités humaines qui prolifèrent.

Au cours de l’année 2020, les dépenses d’armement se sont élevées à 1981 milliards de dollars soit une progression de 2,6% sur un an et 9,3% sur dix ans. Cette croissance dépend essentiellement des États-Unis (39,2% à l’échelle mondiale) et de la Chine (17,2%) et dans une moindre mesure de l’Inde, de la Russie et de la Grande Bretagne.

Quant aux transferts majeurs d’armes, ils demeurent à son niveau le plus élevé. Les États-Unis et la Russie sont de loin les plus gros fournisseurs suivis de la France, de l’Allemagne et de la Chine. Le classement des importateurs met en évidence la montée des tensions dans l’espace Asie-Océanie (Inde, Chine, Australie) et la persistance des affrontements au Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Égypte).

Les arsenaux nucléaires, dont les données fournies restent peu fiables, connaissent des évolutions contradictoires. Si le stock des ogives tend à diminuer, celles qui demeurent opérationnelles croissent car les États-Unis et la Russie financent de coûteux programmes de remplacement et de modernisation. Les sept autres États déploient quant à eux de nouveaux systèmes. La France a augmenté de 60% son budget nucléaire passant de 3,3 milliards d’euros à 7 milliards dans la loi de programmation militaire. Si la ratification du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) marque une nouvelle étape dans l’élaboration de normes internationales, les États possesseurs de la bombe entravent ce processus en refusant de le signer. La période de la pandémie a également bloqué les discussions et renforcé les impasses diplomatiques. Il en va ainsi du contrôle bilatéral russo-américain, de l’accord sur le nucléaire iranien, du Traité d’interdiction des essais nucléaires (TICE) tandis que la Corée du Nord ne respecte plus les moratoires internationaux.

La situation demeure analogue pour les discussions et les inspections relatives à la Convention sur les armes biologiques et toxiques (CABT). Il n’en demeure pas moins que leur usage semble attesté en Syrie par le régime de Bachar al-Assad et par la Turquie contre les Kurdes d’Irak de la province de Shengal.

En ce qui concerne les armes classiques inhumaines et indiscriminées, l’adoption des conventions sur les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions ont permis des progrès considérables. Pour autant, l’usage d’engins explosifs activés par une victime par des groupes armés non étatiques augmente dramatiquement. De plus, l’Azerbaïdjan a utilisé des armes à sous-munitions dans la sale guerre contre le peuple arménien dans le Haut Karabagh. Il en va de même dans le conflit syrien.

Les évolutions technologiques mortifères rendent urgentes des négociations afin d’obtenir l’interdiction des armes létales autonomes (robots tueurs, drones) ainsi que l’usage d’armes explosives en zone peuplées. Les désaccords persistants entre les États suscitent une immense inquiétude dans ce domaine. Il en va de même sur les risques croissants d’un conflit dans le cyberespace. La politique spatiale unilatérale des États-Unis et les essais antisatellites russes nourrissent les divergences et entravent toutes les négociations en faveur d’une gouvernance globale.

Enfin, l’efficacité du Traité sur le Commerce des armes (TCA) tend à s’estomper en raison des nombreuses violations dont il fait l’objet. Paris est signataire du TCA mais l’usage d’armes françaises dans les atrocités et les crimes de guerre commis contre les populations civiles yéménites est largement documenté. La France doit cesser ses ventes d’armes à la coalition engagée dans la guerre au Yémen.
Alors que la pandémie de Covid-19 plonge le monde dans la tourmente, se faire la guerre est une folie.

Il est temps de délégitimer la guerre. La course aux armements ne permet pas d'assurer la sécurité des citoyens. Les guerres se sont multipliées (Libye, Syrie, Yémen, Sahel, Palestine...) et pourtant la solution militaire est un échec total. Des politiques alternatives sont nécessaires car les anciennes puissances ne peuvent plus imposer leurs lois au reste du monde.

La paix est un projet politique au coeur des luttes émancipatrices. Le politique doit primer sur la force pour que la paix devienne un projet global pour l'humanité. Elle répond à l'urgence climatique et à l'exigence de justice pour bâtir des logiques de coopération, de partage, d'entraide et de solidarité. Cela ne peut pas se concevoir sans démilitarisation du monde et une diminution drastique des dépenses d'armement.

Dans ces luttes, les peuples peuvent s'appuyer sur les Nations Unies, le multilatéralisme et la culture de la paix pour remettre en cause le commerce des armes, dissoudre l'OTAN et mettre en place un cadre de sécurité collective. La France doit ratifier le Traité d'Interdiction des Armes Nucléaire (TIAN) pour un monde sans armes nucléaires.

La paix est au cœur du combat des communistes.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient