Publié le 15/12/2021 par PCF

Parcoursup a intensifié la ségrégation scolaire

La mise en place de Parcoursup a eu un impact sur la répartition inégale des néo-bacheliers dans les formations de l’enseignement supérieur, d’après le portrait social 2021 de l’Insee. Cela constitue la première étude des effets de Parcoursup sur la ségrégation scolaire, sociale et genrée des néo-bacheliers. Ces derniers se répartissent inégalement « en fonction de leur niveau scolaire, de leur origine sociale et de leur genre ».


Pourquoi l’Insee parle-t-il de ségrégation ?
En premier lieu, on constate une forte surreprésentation des bacheliers qui ont obtenu une mention bien ou très bien dans les formations où ils sont admis. À l’inverse, ils sont sous-représentés dans les formations accessibles aux bacheliers moins bien notés. Cette « ségrégation scolaire » est au centre de la compétition scolaire entre des formations d’excellence et sélectives, et des formations dévalorisées et sous-financées.
L’Insee repère également une « ségrégation sociale ». En effet, les étudiants à l’origine sociale favorisée ou très favorisée sont admis dans les formations où ils sont majoritaires. Les étudiants d’origine moyenne ou défavorisée sont admis dans des formations où les étudiants favorisés sont minoritaires (40 %). Pourtant, 46 % des néo-bacheliers admis sont favorisés ou très favorisés.
La « ségrégation femmes-hommes » s’opère directement entre les filières d’études au sein des catégories de formations. Les femmes sont admises dans des filières où elles sont largement majoritaires (66 %), quand les hommes le sont dans des filières où elles sont fortement minoritaires (39 %).

Un problème d’orientation et de sélection
En amont, ces ségrégations se jouent dans la formulation des vœux, c’est-à-dire dans l’orientation.
Les choix des candidats sont différenciés selon leur origine sociale et leur genre. Le Mouvement jeunes communistes de France, qui combat Parcoursup depuis sa mise en place, revendique à ce titre un service public de l’orientation. Les jeunes savent eux-mêmes que l’orientation est laissée à leur seule responsabilité et leur capacité de s’investir dans les études supérieures compte tenu de leur situation sociale. Les choix d’orientation des candidats participent pleinement à la reproduction des inégalités sociales.
Néanmoins, les classements entre les candidats contribuent aussi à ces phénomènes de ségrégation, mais plus faiblement. Depuis Parcoursup, les candidats les mieux classés dans les formations non sélectives sont davantage ceux qui sortent vainqueurs de la compétition scolaire.
« La part des néo-bacheliers ayant obtenu une mention bien ou très bien au baccalauréat a presque doublé entre APB 2017 et Parcoursup 2018 parmi les candidats les mieux classés en licence ».
On retrouve en même temps une progression des inégalités pour l’origine sociale. En effet, la part des néo-bacheliers favorisés ou très favorisés parmi les candidats les mieux classés a pris 7 points de 2017 à 2018. Ainsi, les filières en tension, qui manquent de capacité d’accueil, ont vu leur niveau de ségrégation scolaire, sociale et genrée augmenter. Pour éviter d’augmenter les capacités d’accueil dans ces filières, Parcoursup en a exclu des candidats moins bien notés et moins favorisés.

Des inégalités supplémentaires
À la ségrégation sociale et genrée s’ajoutent des inégalités territoriales. En effet, les établissements non sélectifs les plus demandés par les candidats ont bénéficié des meilleurs résultats des étudiants admis.
C’est dû au fait qu’ils ont admis les néo-bacheliers les mieux classés, c’est-à-dire les mieux notés et les plus favorisés socialement. La concurrence entre établissements s’est donc accrue au détriment des établissements les moins demandés, en particulier en Île-de-France. Certains territoires sont ainsi plus attractifs que d’autres, et par conséquent plus performants dans la compétition.
Parcoursup n’a pas non plus amélioré le taux d’admission des néo-bacheliers. Il était de 74 % en 2015, puis de 73,5 % en 2019, soit un an après sa mise en place. Les bacheliers souhaitant poursuivre leurs études, abandonnés par l’enseignement supérieur, sont plus nombreux qu’auparavant.

L’éducation est-elle encore un droit ?
Malgré ses qualités, l’étude de l’Insee fait l’impasse sur la satisfaction des candidats par rapport à la formation obtenue. L’étude confirme la forte différenciation sociale et genrée de leurs vœux, mais on n’apprend pas si l’admission correspond à leurs premiers vœux. Pour cause, Parcoursup ne permet pas de hiérarchiser les vœux, ce qui empêche toute évaluation possible de la correspondance entre la vocation et l’admission.
Il aurait été pertinent que la République se donne les moyens d’évaluer la ségrégation scolaire, sociale et genrée sur cette dimension-là également. Le débat démocratique sur l’orientation scolaire et professionnelle serait plus éclairé si l’on savait quel type de néo-bacheliers obtiennent ou non leur véritable choix d’orientation.
Le nombre d’étudiants en réorientation a bondi depuis 2015 : de 346 000 jusqu’à 492 000 étudiants en 2019. Difficile de ne pas y voir l’échec de Parcoursup à satisfaire les aspirations des jeunes. Sans augmentation des capacités d’accueil des formations post-bac, l’enseignement supérieur se trouve dans une impasse.

Amado LEBAUBE