Et si le mouvement social changeait la donne à l’approche de la présidentielle ? À l’évidence, le pouvoir Macron a fait un choix simple et clair avec le budget de classe Lecornu : Servir jusqu’à la dernière minute les intérêts du capital. L’imprévu dans son agenda réside dans les mobilisations sociales qui se multiplient. Le 15 septembre, les énergéticiens CGT ont relevé des niveaux de grève atteignant souvent 75 % des présents pour défendre leurs conquis sociaux. En une mobilisation ils gagnent sur leurs revendications. Le 8 octobre, les salariés de Total sont en grève pour les salaires après que le PDG Pouyanné a annoncé foncer tête baissée dans la poursuite de la rémunération du capital, ne proposant que la portion congrue aux travailleurs.
Voilà pourquoi le PCF a choisi d’organiser à cette date une semaine d’action sur la nationalisation de TOTAL, que Fabien Roussel est parvenu à faire surgir dans le débat politique. Une revendication par ailleurs partagée par le syndicat CGT de l’entreprise. Le 14 octobre, les retraités CGT manifesteront devant le siège de l’AGIRC-ARRCO pour la revalorisation des retraites sur l’inflation. Le 30 octobre, la fédération CGT des Ports et Docks appelle à une journée d’action et de grève contre la guerre et la militarisation des ports, pour la paix et la défense des conquis sociaux en coordination avec d’autres organisations syndicales européennes.
Le 5 novembre plusieurs fédérations CGT appellent à la grève pour une industrie forte dans les territoires et pour des droits nouveaux. Prix du carburant, vie chère, travail qui paye mal… Les ingrédients de la colère sociale sont réunis tandis que Lecornu propose un budget d’austérité qui s’attaque aux services publics, aux collectivités locales, aux retraités. Les forces syndicales de la fonction publique ne s’y sont pas trompées en organisant une journée de grève et d’action le 29 septembre dans un cadre intersyndical large (CGT, CFDT, FSU FO, Solidaires, UNSA, CFE CGC) pour les salaires et la défense de la fonction publique. « Nos organisations syndicales réaffirment que d’autres choix sont possibles, fondés sur une meilleure répartition des richesses, sur la justice sociale et fiscale », affirmaient-ils.
300 000 manifestants en France, un chiffre en hausse par rapport au dernier repère comparable de 2024. Et c’est aussi à cette occasion qu’a débuté dans les lycées puis les universités un mouvement revendicatif sur les moyens de l’Éducation nationale d’une ampleur inégalée depuis longtemps, auquel le gouvernement répond par des mesures inédites de répression et de fermetures d’établissements. Tout en apportant leur soutien aux mobilisations de la jeunesse, les organisations syndicales continuent de construire un arc unitaire large dans une situation qui évolue vite.
Ainsi le 5 novembre, à l’appel des principales organisations syndicales dans un cadre similaire au 29 septembre, les travailleuses et travailleurs seront appelés à la grève et à l’action pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. Et contre le budget d’austérité Lecornu. L’irruption des revendications sociales, dans une précampagne présidentielle médiatiquement dominée jusque-là par les thématiques imposées par la droite et l’extrême droite, est une bonne nouvelle. Elle invite les communistes à l’action au cœur des mobilisations sociales comme y invitait Fabien Roussel lors de son meeting à la Fête de l’Humanité : « Je vous propose de passer à l’action maintenant. Je vous propose de faire la révolution maintenant dans la rue, avant les urnes. Parce que c’est maintenant que l’on souffre et c’est maintenant que l’on doit agir. » Agir. Maintenant. C’est l’agenda du mouvement social au cœur d’un automne bien plus chaud que ne s’y attendait le pouvoir Macron en faillite. Et oui, ça peut changer la donne !
Aymeric Seassau
responsable national à la relation avec les syndicats
Article publié dans CommunisteS, numéro 1103 du 7 octobre 2026