Du fait d’une sécheresse qui s’éternise, cette nouvelle édition du Sommet de l’élevage s’ouvre dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des stocks fourragers au plus bas. Pour certains, cette situation devrait être l’occasion de réduire drastiquement la place de l’élevage dans nos territoires. Ainsi, une tribune collective publiée le 11 août dernier dans Le Monde invitait à ce que « la fermeture des élevages intensifs [soit] planifiée rapidement ». Il conviendrait notamment de réfléchir à « rémunérer les personnes investies dans l’élevage extensif pour des activités de restauration des écosystèmes » en vue de « recréer des puits de carbone sur les surfaces entretenues, plutôt que d’y exploiter des animaux pour la viande ou le lait ».
Une telle vision doit être fermement combattue. En effet, l’élevage consiste à produire des denrées alimentaires essentielles à une alimentation équilibrée. Il s’agit également d’une précieuse ressource de matière organique nécessaire à la reproduction de la fertilité de la terre, notamment si l’on souhaite sortir des engrais minéraux et issus de la pétrochimie. Si l’élevage peut rendre de nombreux services écosystémiques, il convient de reconnaître que toutes les formes d’élevage n’ont pas le même impact environnemental. Néanmoins, il serait salutaire d’arrêter de recourir à des expressions floues et sensationnalistes et jeter aux orties des expressions telles que « ferme usine », « élevage industriel » ou « élevage intensif ».
Distinguons plutôt un élevage très consommateur de capital et peu créateur de valeur ajoutée de pratiques quant à elles fortement créatrices d’emplois et de richesse. L’élevage intensif en capital se fonde sur la maximisation du nombre d’animaux par unité de travail et l’accroissement de la production de lait ou de viande par unité de cheptel. Il nécessite des gains de productivité invitant à substituer des quantités de travail par du capital, à accélérer les processus de production et à tendre vers une standardisation manifeste du produit fini. Ces pratiques reposent notamment sur une part importante (si ce n’est la totalité) de l’alimentation animale produite en dehors de l’exploitation et au recours aux antibiotiques préventifs. On y retrouve bien souvent des animaux privés d’accès au pâturage, et de nombreuses opérations sont automatisées telles que la traite ou la distribution de l’alimentation.
Du fait d’une très forte dépendance aux marchands d’aliments, aux firmes phytopharmaceutiques, aux fabriquants d’équipements d’élevage ainsi qu’aux banques, cette logique s’avère particulièrement intégrée au complexe agro-industriel capitaliste qui participe à l’exploitation des agriculteurs. En revanche, l’élevage créateur d’emplois et de richesse renvoie à des pratiques dites « autonomes » et « économes » reposant davantage sur l’autofourniture de moyens de travail. Les animaux d’élevage sont nourris à partir de fourrages provenant de l’exploitation agricole et l’on observe de plus faibles niveaux d’investissement. Ces unités de production ne visent pas l’accroissement des volumes, mais bien la valeur ajoutée créée par unité de cheptel ou de travail. Cet élevage répond volontiers au qualificatif d’élevage agroécologique, dans la mesure où il se fonde d’abord sur le développement des capacités humaines via l’observation, l’échange des savoirs et l’adaptation perpétuelle des pratiques à l’environnement.
Jonathan Dubrulle
membre du Conseil national du PCF
co-animateur de la commission Agriculture Pêche Forêt
Article publié dans CommunisteS, numéro 1103 du 7 octobre 2026