International publié le 02/04/2021

Qatar : La coupe du monde de football aura aussi le goût du sang

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La « grande fête » de la coupe du monde de football au Qatar en 2022 avait déjà un parfum de corruption, elle aura aussi le goût du sang.

Depuis son attribution controversée en 2010, les scandales se sont multipliés puisque les procédures judiciaires engagées évoquent les associations de malfaiteurs, les trafics d’influence, les pots de vin… A cela s’ajoutent des coûts exorbitants avec la construction de sept nouveaux stades surdimensionnés et climatisés, d’un aéroport, de routes, d’hôtels…

Ces travaux pharaoniques ont mobilisé des milliers de travailleurs migrants venus pour la plupart du sous-continent indien (Sri Lanka, Bangladesh, Népal, Pakistan, Inde) mais aussi des Philippines ou du Kenya. Tous vivent dans des conditions épouvantables, en dépit des promesses récentes des autorités qataries. Conditions de travail indignes notamment sous des chaleurs accablantes, absence de respect des droits humains, méthodes barbares des employeurs, racisme, discriminations, xénophobie, intolérance, violences… tel est le sort quotidien de ces milliers d’ouvriers qui constituent à eux seuls 95% de la main d’œuvre totale du pays, soit deux millions de personnes. Les violations du droit de la rémunération sont constantes : retard de salaires, non-paiement des heures supplémentaires alors que les journées dépassent les 10h, refus de paiement. Nombreux sont ceux qui n’ont pas de quoi s’acheter à manger et qui s’endettent. Ce sont désormais les jeux sans le pain. Le système de kafala (sorte de parrainage) rend les travailleurs migrants totalement dépendants de leur employeur d’autant qu’ils doivent, au préalable, s’acquitter de lourds frais de recrutement.

Si bien qu’en dix ans de chantiers plus de 6500 ressortissants étrangers ont trouvé la mort dans ces bagnes. Cela fait douze morts par semaine pour les seuls travailleurs du sous-continent indien. Leur situation est si choquante qu’une entreprise néerlandaise, habituée des marchés fructueux du mondial, a refusé de donner suite à son contrat afin de dénoncer les conditions de travail des migrants. Quant à la FIFA, au service de ce régime liberticide qui compte sur le football pour exister sur la scène internationale, elle reste muette face à cette aberration politique, sociale, économique et écologique. Le discours de pacotille sur la beauté de la compétition ne gommera pas l’ignominie de la situation ni le gigantisme de ces investissements qui accroissent les inégalités.

Les mobilisations de solidarité ont franchi un nouveau cap avec l’engagement des footballeurs norvégiens, allemands, néerlandais ou danois qui se sont indignés publiquement de cette situation allant jusqu’à évoquer un boycott pour certains.

Ce type d’événement, avec son armada de thuriféraires, oublieux des déshérités, place la compétition, chère aux néo-libéraux et aux chauvins, au centre des valeurs là où la coopération serait la bienvenue. Ce sont les hommes et les femmes qui en paient le prix cher, au sens propre comme au sens figuré.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient