Dans les entreprises et les services publics, les premières mobilisations de cette rentrée montrent des travailleurs déterminés à ne pas subir une nouvelle cure d’austérité. Dans l’énergie notamment, la mobilisation est forte. Ailleurs, dans la santé, l’action sociale, la recherche ou la fonction publique, les appels à l’action se multiplient. Les revendications partent de réalités très concrètes : les salaires qui ne suivent plus, les emplois supprimés, les conditions de travail qui se dégradent, les services publics que l’on affaiblit, le sentiment de ne plus pouvoir faire correctement son travail.
Ces mobilisations ne forment pas encore un mouvement d’ensemble. Mais elles témoignent d’une combativité qui grandit et d’un refus de plus en plus net de voir les travailleurs payer une nouvelle fois les choix d’austérité. C’est cette dynamique qu’il faut maintenant aider à élargir, à renforcer et à faire converger.
C’est un enjeu décisif alors que s’ouvre la bataille des budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour 2027. Derrière les milliards et les tableaux comptables, ce sont des choix de société qui se jouent : une classe qui ferme, un service hospitalier qui manque de personnels, des collectivités empêchées d’investir, des salaires et des pensions qui décrochent, des investissements écologiques repoussés. Et toujours la même logique : demander des efforts au monde du travail pendant que sont préservés les revenus du capital, les grandes fortunes et des milliards d’aides publiques aux entreprises sans véritable contrôle.
C’est pourquoi les mobilisations de cette rentrée comptent. Chacune porte ses revendications propres, ses formes d’action et son histoire. Mais toutes posent, d’une manière ou d’une autre, une même question : qui paie, qui décide et pour répondre à quels besoins ?
À la Fête de l’Humanité, Fabien Roussel a lancé un appel qui doit nous servir de fil conducteur : partout, rassemblons-nous dans la lutte. Aux salariés, aux syndicalistes, aux citoyens, il ne propose pas d’attendre 2027 pour changer leur vie. Il les appelle à agir maintenant, dans les entreprises, les services publics, les territoires, pour arracher des avancées. C’est aussi ce qui donne son originalité à la candidature communiste. Une campagne présidentielle n’a de sens que si elle est utile aux combats d’aujourd’hui. Elle doit contribuer à donner de la force aux salariés qui se mobilisent, faire connaître leurs luttes, favoriser les rassemblements, mettre les élus au service de leurs batailles et aider à transformer des colères parfois isolées en conscience d’intérêts communs. Comme le souligne l’intervention d’Igor Zamichiei, chaque bataille gagnée pour l’emploi, les salaires ou les services publics, chaque personne qui retrouve confiance dans l’action collective, contribue à modifier le rapport de forces dans le pays.
Car derrière chaque conflit apparaît aussi une question de pouvoir.
Qui décide qu’une usine doit fermer alors qu’elle est utile au pays ? Qui décide des investissements d’une entreprise ? Qui décide de l’organisation du travail quand celles et ceux qui connaissent le métier n’ont pratiquement aucune prise sur ces choix ? Qui décide de l’utilisation des milliards d’euros d’argent public versés aux entreprises ? Qui décide enfin de ce que nous produisons et de la manière dont nous répondons au défi climatique ? Nous voulons faire entrer ces questions dans le débat public. Augmenter les salaires et les pensions, défendre les services publics, sécuriser l’emploi et la formation sont des batailles immédiates. Mais nous voulons aller plus loin : conquérir de nouveaux pouvoirs pour les travailleurs, leur permettre d’intervenir sur les choix de gestion et d’investissement, orienter l’argent vers l’emploi, la formation, les services publics et la transformation écologique de notre appareil productif.
C’est cette articulation entre répartition des richesses, production et conquête de nouveaux pouvoirs que les communistes veulent porter.
Voilà pourquoi nous devons être partout où le monde du travail se met en mouvement.
Non pour nous substituer aux organisations syndicales, dont nous respectons pleinement l’indépendance, mais pour demander simplement : comment pouvons-nous être utiles ? Quelle lutte devons-nous faire connaître ? Quelle intervention politique ou institutionnelle peut aider ? Quel obstacle faut-il lever ? Quel rassemblement pouvons-nous contribuer à construire ? C’est précisément la démarche proposée aux communistes pour cette rentrée.
Et nous devons aussi aller là où la mobilisation n’existe pas encore.
Aux portes des entreprises, dans les services publics, les quartiers et les territoires ruraux.
Écouter ce que disent les travailleurs de leur salaire, de leur métier, de leur fatigue, de ce qui les empêche de bien travailler.
Partir de leur expérience, parce qu’un ouvrier, une aide-soignante, une enseignante, un technicien connaissent les conséquences très concrètes des choix de rentabilité et savent souvent ce qu’il faudrait changer.
Faire de cette expérience une force politique est l’un des enjeux de notre campagne.
Il y a dans notre pays beaucoup de colère.
Mais la colère ne devient pas mécaniquement une force de transformation.
Elle peut conduire au découragement, au repli, à l’abstention ; elle peut aussi être détournée par l’extrême droite contre d’autres travailleurs.
Notre responsabilité est de contribuer à ouvrir un autre chemin : celui de l’action collective, de la solidarité et de la conscience que nous avons des intérêts communs.
Les mobilisations de cette rentrée peuvent constituer une étape. Faisons-les grandir. Aidons à remporter des victoires. Faisons circuler les expériences et les luttes. Et construisons, bataille après bataille, cette conviction essentielle : lorsque le monde du travail se rassemble, s’organise et intervient sur les choix qui déterminent son avenir, ce qui semblait impossible peut devenir possible.
Frédéric Mellier, membre du CEN
Article publié dans CommunisteS, numéro 1101 du 23 septembre 2026